AFFICHEDu rififi chez les hommes - Jules Dassin (1955), avec Jean Servais (Tony le Stéphanois), Carl Möhner (Jo le suédois), Robert Manuel (Mario Ferrati), Jules Dassin as Perlo Vita (César le milanais), Marie Sabouret (Mado les grands bras), Magalie Noël (Viviane), Janine Darcey (Louise, la femme de Jo), Claude Sylvain (Ida Ferrati), Marcel Lupovici (Pierre Grutter), Robert Hossein (Rémy Grutter), Pierre Grasset (Louis Grutter dit le tatoué), Dominique Maurin (Tonio, le fils de Louise et Jo), Teddy Bilis (Teddy Levantin), André Dalibert (Le jouaillier), Marcel Lesieur (Frédo), Marcelle Hainia (Suzanne, la femme de Frédo), Emile Genevois (Charlie, le dealer), Fernand Sardou (un joueur de poker),  Armandel (un joueur de poker), Moustache (le batteur de l'orchestre)...

Paris, vers 1954. Tony le Stéphanois revient parmi les siens après 5 années à la maison centrale de Clairvaux. Tuberculeux, Tony est un homme usé, apparemment dépassé dont l'ancienne gagneuse, Mado les grands bras, est passée aux mains de Pierre Grutter, tenancier d'un cabaret nu, L'âge d'or, où se produit Viviane, une jeune chanteuse. A l'occasion d'une partie de Poker qui le plume définitivement, Tony retrouve Jo le suédois qui le branche sur un coup fabuleux: le casse nocturne de Mappin & Webb, une jouaillerie de la rue de la Paix suréquipée en matière de sécurité. Tony le Stéphanois va alors prouver qu'il peut encore être le cerveau d'une grosse affaire et, avec ses complices Jo, Tony et César, prépare minutieusement l'affaire qui doit rapporter 240 millions à la bande...

Unique film français de Jules Dassin (le père de Joe), réfugié en Europe depuis 1949 suite à des attaques contre lui aux Etats-Unis pour cause de sympathies communistes, Du rififi chez les hommes est adapté du roman de 1953 d'Auguste le Breton (inventeur du terme rififi, d'ailleurs) qui voit la même année Henri Decoin adapter son Razzia sur la chnouf avec Jean Gabin et Magalie Noël. Les grands ingrédients du polar à la française sont là: cabaret en sous-sol où l'alcool et la drogue rivalisent de charme avec les danseuses plus ou moins habillées, pègre parisienne - métissée d'Italie et de Corse - qui touche à la prostitution, la drogue et l'argent, rivalité et jalousie pour des histoires de dames et d'honneur, bref tous les éléments pour que l'affaire du cambriolage capote rapidement. Pourtant, Jules Dassin donne à son film une patine qui tranche fortement avec les polars français de cette époque: HOSSEIN NOELélève d'Alfred Hitchcock, Jules Dassin sait construire son oeuvre de nombreux détails et composer son image avec le grain hollywoodien plutôt que franchouillard.

Si Jean Servais n'est pas, et finalement tant mieux, Jean Gabin - acteur qui va exceller dans les années 1950 dans le rôle de parrain du Milieu - l'acteur n'a rien a lui envier: dans un autre registre, Jean Servais sait être glacial au point d'être inquiétant, violent ou menaçant, tout dans le masque. Tony le Stéphanois n'est pas un drôle, il a été une légende du Milieu, un caïd, un vrai, un dur: autant dire qu'on le respecte et que son nom en impose. Très bonne composition de Jean Servais donc, les traits marqués, en pointure de la voyoucratie, précis et calculateur, tueur d'occasion, vengeur au besoin, mais jamais sans un mot de trop ni un rictus avant-coureur.

Dans cette atmosphère sombre, le crépuscule d'une légende du crime, malade et sans le sou, ajoute donc à l'ambiance rugueuse et implacable. Pas étonnant que Jules Dassin se soit vu couronné pour Du rififi d'un prix à Cannes en 1955 ainsi que du prix Méliès (le prix de la critique).

Avec des comédiens très performants (Fernand Sardou, Robert Hossein, Robert Manuel), Du rififi chez les hommes est un bon - très - film noir - très - qui mérite le détour ne serait-ce que pour sa scène muette de 25 minutes, celle du casse chez Mappin & Webb, scène sans aucune parole hélas éclipsée par la non moins célèbre scène de vol dans Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville en 1970, mais scène composée comme un vrai ballet avec quelques effets de pantomime qui touchent le burlesque de Chaplin et confère à ce passage un charme indéniable.

Classique certes, mais brillant.