LIVRELa chambre des officiers - Marc Dugain (1998)

Lieutenant mobilisé par le premier conflit mondial, Adrien Fournier, 24 ans, est envoyé sur les bords de la Meuse pour préparer l'installation d'un pont mobile. Le jeune homme n'a pas le temps de commencer sa mission qu'il est fauché par une bombe allemande. Il se réveille quelques temps après, la moitié du visage emportée par l'explosion et est transféré à Paris, à l'hôpital du Val-de-Grâce où un chirurgien va tenter un miracle. Adrien est alors entouré d'autres camarades aux gueules cassées...

"Je me suis longtemps demandé, par la suite, ce qui avait pu réunir dans une telle complicité un aviateur juif, un aristrocrate breton bigot, et un Dordognot républicain laïque. Ce n'était pas notre communauté forcée, puisque la promiscuité aurait pu tout aussi bien nous rendre insupportables les uns aux autres. (...) Ce qui nous avait réunis dès les premières semaines de la guerre, c'était une décision tacite de renoncer à toute introspection, à toute tentation de contempler le désastre de notre existence, de céder à une amertume où le désabusement alternerait avec l'égoïsme du martyr."

Couronné de nombreux prix en 1998-1999, La chambre des officiers a été adapté au cinéma. Premier roman de Marc Dugain, il raconte le drame des soldats défigurés pendant la première guerre mondiale non pas à travers une histoire de tranchée mais en s'appuyant sur l'histoire intime du jeune Fournier. Intime parce que le garçon, sémillant et séduisant - on le devine dès le début du récit - part à la guerre avec en mémoire le visage de Clémence, une femme mariée qu'il a enlevée sur un coup de tête et aimé dans sa garçonnière parisienne. A la question de savoir s'il reverra un jour Clémence, s'ajoute l'horreur de sa situation: 17-mars-1917-a-l-hopital-militaire-du-Grand-Palaisil est laid, son visage est ravagé par la blessure, il est repoussant et il fait peur.

"L'araignée tisse sa toile. Lentement. Sûre de son fait. C'est dans l'ordre des choses. L'araignée attend la mouche. La mouche vient s'échouer sur la toile. La mouche a perdu. Elle ne se plaint pas. Il n'y a pas de drame dans la nature."

Avec une simplicité de plume qui sait trouver les mots juste pour dire, plus que raconter, et n'hésite devant aucune vérité, sans artifice de forme, Marc Dugain parvient à nous accrocher dans cette histoire d'estime de soi, de camaraderie, de peur et de renoncement qui s'avère touchante.

A découvrir.

"Dans cette grande salle sans glaces, chacun d'entre nous devient le miroir des autres."

Illustration: tentative de greffe osseuse sur deux mutilés à l'hôpital du Grand-Palais, 17 mars 1917.