FILMLes sentiers de la gloire - Stanley Kubrick (1957), avec Kirk Douglas (Colonel Dax), George Macready (Général Mireau), Ralph Meeker (Caporal Paris), Thimoty Carey (Soldat Férol), Joe Turkel (Soldat Arnaud), Adolphe Menjou (Général Broulard), Wayne Morris (Lieutenant Roget)...

1916, pendant la guerre de position. Le Général Broulard et le Général Mireau, installés avec goût dans un château à l'arrière, décident d'une offensive contre un point tenu par l'armée allemande, offensive suicidaire car le point s'avère imprenable. Préparée malgré tout, le commandement échoit au Colonel Dax qui se voit contraint d'ordonner le repli de ses troupes faute d'unités de soutien. Hors de lui, le  Général Mireau exige la convocation d'un conseil de guerre pour trois militaires tirés au sort dans le 701e régiment de Dax. Le hasard désigne le Caporal Paris et les soldats Férol et Arnaud. Révulsé par cette parodie de justice, découvrant par la même occasion l'attitude exécrable de Mireau pendant l'offensive, le Colonel Dax décide d'assurer la défense de ses subordonnés, ce qui ne plaît pas à sa hiérarchie qui est bien décidée à faire un exemple...

Film moins connu que certains grands classiques de Stanley Kubrick (Orange mécanique, 2001 odyssée de l'espace, Spartacus, Shining, Full metal Jacket, Barry Lyndon...), Les sentiers de la gloire mérite néanmoins plus qu'un détour du spectateur. Le sujet peut sembler rebutant, il n'en est rien et le scénario soutient immédiatement l'attention: dans ce film de guerre, on ne verra jamais le soldat ennemi, l'Allemand, COURScar le sujet du film n'est pas la guerre en elle-même mais l'attitude d'un Etat-Major aveugle et finalement cruel autant que lâche. Voilà qui change le regard du spectateur quand s'ouvre, avec la Marseillaise (choix impertinent),  Les sentiers de la gloire.

Dans une esthétique très française (on pense notamment à Max Ophuls, à Jean Renoir ou à Christian-Jaque), Kurbrick nous montre d'abord les vastes salles d'un château confortable où Mireau et Broulard (Adolphe Menjou, très bon en militaire narquois qui - héritage du cinéma muet - sait aussi bien faire passer une nuance de sentiment qu'un tempête intérieure d'un haussement de sourcil quasi imperceptible) sont installés. Table garnie, bal en soirée, chambre chauffée etc. Rien à voir avec la boue, le froid, la pluie et le confort moins que spartiate des tranchées. Et pourtant ces deux généraux décident une offensive impossible et envoie au casse-pipe une compagnie de soldats. Le symbole de la chair à canon dans toute son évidence.

C'est surtout le personnage du Général Mireau qui attire l'antipathie. Sa visite dans les tranchées est aussi grotesque que possible et son discours est bien huilé: aucune place pour la baisse de moral ou l'absence de courage, sentiments qu'il refoule et balaie sans sourciller, avec le même aplomb qu'il envisage froidement la perte de plus de la moitié des effectifs au cours de cette offensive. EXECUTIONAbsurde, l'offensive doit, pour lui, avoir lieu parce qu'il l'a décidé, et qu'elle sera bonne pour son avancement.

Injuste, inconséquente, stupide même, la hiérarchie militaire en prend pour son grade dans ce film réalisé par un antimilitariste convaincu, film qui sera censuré en France jusqu'en 1975 pour atteinte à l'autorité militaire et atteinte aux valeurs de l'armée, de la République et  de la France. C'est tout dire.

On retiendra donc que Les sentiers de la gloire, inspiré d'un roman de 1935 lui-même tiré d'une histoire vraie, n'est pas un film sur l'insubordination de soldats qui auraient "du petit lait dans les veines" et font dans leur pantalon au moment de défendre la patrie, mais sur l'incroyable toute puissance, y compris dans l'injuste, de l'Etat-Major, hauts placés intouchables, d'autant moins responsables qu'ils ne rendent aucun compte aux politiques, et qui voient avant tout leur intérêt. Et après tout, une exécution disciplinaire à "un effet tonique sur les troupes".

Glaçant.