LIVRELa toile du monde - Antonin Varenne (2018)

"Les expositions apparaissent, de loin en loin, comme des sommets d'où nous mesurons le chemin parcouru."

Paris, printemps 1900. Aileen Bowman, journaliste américaine un tantinet hommasse, obtient de son éditeur de passer 6 mois dans la capitale française. En contrepartie, elle devra livrer une chronique hebdomadaire sur les grands événements qui occupent la grande ville européenne en ces beaux jours de la fin du siècle: l'exposition universelle, les jeux olympiques d'été et l'ouverture du métro parisien. Autoritaire, féministe avant l'heure, passablement lesbienne, affranchie des conventions sociales, un rien sauvage, Aileen a trouvé ce prétexte pour passer du temps en France: née d'une mère française, elle veut retrouver les traces de son passé en Europe. Des rencontres peuvent, peut-être, l'aider: des hommes, mais aussi des femmes...

"Pourquoi, à votre avis, les femmes du monde s'offusquent-elles à l'idée de poser nues, tout en acceptant dans leurs salons des toiles représentant d'autres femmes? (...) Je m'amuse souvent de ce paradoxe, des bonnes maisons aux murs décorés par les corps de prostituées. Mais peut-être que les femmes respectables ne posent pas nues parce qu'on ne leur leur permet pas. Peut-être que si on les laissait choisir, elles aimeraient le faire."

Paris Belle Epoque, le monde entier qui converge vers la ville électrique, des sportifs, des artistes, des ingénieurs, des femmes de la bonne société... bref un mélange qui augure de jolie pages sur cette Toile du monde qu'Antonin Varenne nous dépeint.

Las! Le roman piétine dès le premier quart et ne tient aucune de ses promesses. Un portrait du monde, nous annonce-t-on? Il est assez confus, pas vraiment structuré, il se loge dans les détails mais les détails en question sont noyés dans des considérations et des faits bien trop flous pour nous empêcher de bailler.

Un destin tragique et inattendu... peut-être... sauf que le personnage d'Aileen n'est aucunement attachant tant l'écrivain peine à la rendre crédible. Féministe au petit pied, elle devient, sous la plume de Varenne, une espèce de monstre bourré de clichés - sans parler de l'obsession de l'écrivain pour la transpiration - et au final absolument pas convaincante.

La toile du monde, roman bien parti dans ses premiers chapitres, court trop vite, nous laisse en route, nous perd dans ses circonvolutions intimes qui n'ont rien de touchantes, et nous lasse tellement vite qu'on est tenté de ne pas le finir.

Médiocre et sans intérêt.

"On ne souffre et ne jouit que sur terre, il faut s'avouer ses désirs sans demander pardon."