AFFICHEAdieu poulet - Pierre Granier-Deferre (1975), avec Lino Ventura (Commissaire Principal Verjeat), Patrick Dewaere (Inspecteur Lefèvre), Victor Lanoux (Pierre Lardatte), Julien Guiomar (Ledoux, contrôleur général et directeur de la police), Claude Rich (Delmesse, juge d'instruction), Pierre Tornade (Commissaire Pignol), Françoise Brion (Marthe Rigaux, la maquerelle), Michel Peyrelon (Roger Portor), Claude Brosset (Antoine Portor), Christine Laurent (La prostituée), Pierre Londiche (Jeanvier, l'indicateur), Michel Beaune (Inspecteur Dupuy), Dominique Zardi (Le blessé hospitalisé), Valérie Mairesse (La fille à la cocarde)...

Rouen, vers 1974. Le commissaire Verjeat, flic plutôt grande gueule mais intègre, conduit une enquête sur une maison close clandestine, flanqué des inspecteurs Lefèvre, foufou imprévisible qui l'admire, et Moitrier. Marthe Rigaux, la tenancière, est connue chez les notables de la ville et, en cette période electorale, n'hésite pas à faire marcher ses relations. Ce soir-là, une bagarre éclate entre colleurs d'affiches électorales et un jeune est battu à mort. Dépêché sur place, Moitrier est pris pour cible par un tireur. Avant de mourir à l'hôpital, Moitrier révèle à Lefèvre qu'il a reconnu son agresseur: Antoine Portor, un homme de main de l'élu local, Pierre Lardatte, alors candidat à l'élection et avec lequel il convient de prendre des gants. Mais quand le père de la jeune victime décide de prendre le personnel municipal en otage, Verjeat se débrouille pour le laisser accuser publiquement Pierre Lardatte, ce qui n'est pas du tout du goût de l'homme politique...

La France de la transition Pompidou-Giscard, les moeurs d'une province tentée par la corruption et tenue par une pègre locale aux ordres de politiciens verreux déguisés en hommes intègres: tel est le tableau de fond d'Adieu Poulet, film culte qui garde toute sa force en dépit de ses multiples diffusions télévisées. Ce n'est pas à un huis-clos chabrolien chez de petits bourgeois de province que nous invite Granier-Deferre, mais bien à une plongée dans l'univers LANOUXpoisseux d'institutions déréglées et fonctionnant dans un ronron rassurant qui se garde bien de toucher aux élites.

Francis Veber adapte ici un polar tiré d'un fait divers authentique de 1971, qu'il transpose dans une ville de province suffisamment en vue à l'époque (Jean Lecanuet, le maire de Rouen depuis 1968, député depuis 1973 est aussi ministre d'Etat du gouvernement Chirac en charge de la justice), peut-être pour en faire le symbole non seulement de son époque mais peut-être une image politique... peut-être. Toujours est-il que le film est un jeu à trois voix: le tueur, issu d'une bande de bandits locaux qui participe au service d'ordre d'un homme public et qui trempe dans des affaires louches; le politicien manipulateur qui ne se salie pas les mains mais dont la moralité semble vite douteuse; et le flic, de ces flics hérités de la tradition Jean Gabin, c'est-à-dire droits, loyaux et honnêtes, de ces policiers qui, dans les années 1970, font la popularité de Jean-Paul Belmondo et Alain Delon.

A la manoeuvre, Pierre Granier-Deferre, cinéaste qui s'est illustré dans le film de tension psychologique avec notamment Le chat et La veuve Couderc et qui parvient à nous entraîner les deux pieds dans cette affaire nauséabonde, pas nette, trouble, qui colle aux semelles. Pour camper son Verjeat, le réalisateur choisit l'hyperpopulaire Lino Ventura, le Tonton flingueur qui vient de se faire remarquer face à Jacques Brel dans L'emmerdeur et face au tandem DUO ROUENAdjani-Girardot dans La gifle. Valeur sûre - 34 films sur les 61 dans lesquels il a joué ont dépassé le million de spectateur au moment de ce tournage - Lino Ventura est idéal dans ce rôle de bourru méfiant. Face à lui, un Victor Lanoux parfait et un Patrick Dewaere surprenant, sorte de bulle d'oxygène prometteuse dans le cinéma de l'époque, qui n'en est poutant pas à son coup d'essai mais qui crève l'écran. Lanoux comme Dewaere seront d'ailleurs nommés tous les deux au César du meilleur acteur dans un second rôle lors de la première cérémonie du genre en 1976. On relèvera également la prestation toujours délicieuse, goûteuse, savoureuse, de Claude Rich en juge d'instruction hyper rigide.

Film qu'on connaît par coeur, Adieu Poulet est de ces films qu'on adore voir, revoir, re-revoire à l'envi - et pas uniquement quand on est rouennais, même si la ville y est bien visible - un très bon polar français typique des années 70 et qui redonne sa noblesse à l'expression aujourd'hui ringardisée de "film comme on en fait plus".

Majuscule!