AFFICHESigné Furax - Marc Simenon (1981), avec Bernard Haller (Edmond Fouvreaux, commissaire à la DDT), Jean-Pierre Darras (Jean-Jacques Socrate, commissaire de Police Judiciaire), Mylène Demongeot (Malvina, la maîtresse de Furax), Jean Le Poulain (Klakmuf, le gourou des Babus), Michel Constantin (Grougnache, homme de main de Klakmuf), Michel Galabru (détective privé Black), Paul Préboist (détective privé White), Gérard Hernandez (Asti Spumante, tireur d'élite), Gérard Loussine (Jacques, agent de la DDT), Dany Saval (Mlle Fiotte, la secrétaire de Fouvreaux), Fred Pasquali (professeur Hardy-Petit), Fanny Cottençon (Carole Hardy-Petit), Xavier Gélin (Théo Courant, l'assistant du professeur), Roger Carel (Grigor Sokolodovenko, l'espion), Coluche (098 099, agent double), Pierre Desproges (Le présentateur télé), Jean-Marc Thibault (Le ministre), Patrick Préjean (le plombier / le commerçant), Maurice Rich (l'homme saoul à l'Obélisque), Pierre Tchernia (un agent de police), Pierre Tornade (un agent de police), Maurice Chevit (monsieur Léon, obéliscologue), Pierre Mondy (Amédée Gonflard, chauffeur routier), Daniel Gélin (Broutechoux, le fondateur de poudrilégumes), Claude Villers (le planton à la DDT), Jean-Roger Caussimon (le jardinier de Black et White), Jean-Claude Bouillon (l'aviateur), Jacques Fabbri (le garde champêtre), Henri Virlojeux (l'homme qui cherche son chemin), Mario David (un gendarme), Philippe Nicaud (Le chauffeur de bus), Olivier Lejeune (le passager qui s'est trompé de nez), Jacques Rouland (le facteur), Georges Geret (Fauderche, capitaine de l'ex cargo de Bourgogne), Philippe Castelli (le gendarme à la herse), Jean Richard (Commissaire Jules Maigret)...

Paris, place de la Concorde, une nuit tranquille: pris de boisson, un homme veut s'approcher de l'Obélisque mais, en se prenant les pieds, heurte de la tête le monument. Problème, sa tête s'enfonce dans la pierre comme dans du plâtre humide. Dépêché sur place, Monsieur Léon, spécialiste, découvre que l'Obélisque est bel et bien en plâtre (et sucré). Panique et indignation dans les milieux politiques, la France a été spoliée de ses biens patrimoniaux les plus touristiques et ce d'une bien étrange façon, ils ont été remplacés par des copies: la statue de Jeanne d'Arc à Rouen est en polystyrène, l'Arc de Triomphe d'Orange en baudruche, le lion de Belfort s'avère être de papier-mâché et le musée Beaubourg vient à son tour de disparaître. Pour le commissaire de police Socrate, ces crimes sont signés Furax, ancien ennemi public numéro 1. Mais, pour le commissaire Fouvreaux de la Défense Divisionnaire du Territoire, Furax est mort et quelqu'un utilise son aura pour réaliser ses méfaits. Les deux hommes, rivaux mais unis contre le crime, décident de demander l'aide de ceux qui, par le passé, mirent Furax hors d'état de nuir, les détectives privés Black et White. Bien vite, les deux compères sont contactés par Malvina, la maîtresse de Furax...

S'il y a des films improbables, Signé Furax est bien de ceux-là. Initialement feuilleton radiophonique de la RTF puis de Europe n°1 dans les années 1950, Signé Furax est tiré de la deuxième saison écrite par Pierre Dac et Francis Blanche, Le boudin sacré, qui voit les forces de police aux prises avec la secte des Babus. Mais quid de Furax dans cette aventure incroyable qui pourrait  tourner à "l'erreur judicieuse"? C'est ce que Malvina et Grigor Sokolodovenko vont révéler aux inséparables Black et White.

On est loin du nanar à la Max Pécas malgré la bande de joyeux drilles qui occupe le casting et qui, avec le regard d'aujourd'hui, rassemble effectivement les habitués du navet français. En fait, ce qui sauve largement le film de l'étiquette nanar, c'est qu'il est adapté du scénario original de Blanche et Dac qui savaient manier le français pour en tirer des jeux de mots drôles à force d'être ridicules et tordre les situations fumeuses pour en faire de vrais morceaux de bravoure. TRIOIl n'en demeure pas moins que les loufoques qui incarnent les personnages de cette farce incroyable sont tous très convaincants et que les générations s'y croisent (Coluche et Desproges croisent Roger Carel, Pierre Tornade ou Gérard Hernandez). Un plaisir étrange donc, une forme de satisfaction non pas intellectuelle mais clownesque qui n'est pas désagréable.

Bourré de jeux de mots (à la chaîne), de non-sens, de situations poussées à l'extrême et étayé d'un humour visuel assez cocasse, Signé Furax est certes un peu lourd - parfois très lourd mais n'en demeure pas moins captivant, d'autant plus qu'une question de fond nous taraude pendant toute l'histoire: Furax, ce génie du crime qui est d'autant plus fort qu'il est seul, celui qui pourraît devenir le maître du monde, est-il vraiment mort ou non?...  Au final, Malvina trahira-t-elle son souvenir? Et si Furax est vivant, est-il le fauteur de trouble?

On ne notera deux clins d'oeil, l'un amusant: Pierre Tornade, voix officielle du personnage d'Obélix, s'exclamant que les Romains étaient quands même forts (devant l'obélisque); l'autre, plus poétique et mignon lorsque Jean Richard, dans son costume et son attitude du commissaire Maigret (version télévisée), apparaît pour quelques instants, clin d'oeil évident du réalisateur à son père, Georges Simenon, le créateur de Maigret.

Grotesque, mais pour la bonne cause. Crétin, mais pour nous distraire. Signé Furax, un drôle de zèbre cinématographique en tout cas.