AFFICHELa dame d'onze heures - Jean Devaivre (1948), avec Paul Meurisse (Stanislas Octave Seminario dit S.O.S.), Micheline Francey (Muriel Pescara), Gilbert Gil (Charles Pescara), Pierre Renoir (Gérard Pescara), Jean Tissier (Guillaume, le majordome), Pierre Louis (Paul), Junie Astor (Hélène Tassin), Jean Debucourt (Docteur Vermeulen), Jean Brochard (Raoul, le juge d'instruction), Georges Bever (Baptiste, le greffier), Pierre Palau (Le chasseur à l'hôtel), Marcel Pérès (Le cantonnier-fossoyeur de Vimy) ...

16 juin 1947, dans le paysage mélancolique du Nord: Geneviève meurt à l'asile de Vimy, dans l'indifférence de tous. Au même moment, Stanislas Seminario, dit S.O.S., rentré de cinq années passées au Gabon, s'apprête à séjourner quelques temps chez ses amis les Pescara à Bagnoles-de-l'Orne. Dans cette résidence triste où vivent 27 chats, il est accueilli par le nonchalant mais fort curieux Guillaume, majordome d'une famille qui compte un père (Gérard) par ailleurs chef d'une prospère entreprise pharmaceutique, un fils (Charles), une fille (Muriel) et le fiancé de celle-ci (Paul). Or, S.O.S. apprend que des lettes anonymes sont déposées dans la propriété depuis un an et que la femme de chambre est convaincue de voir passer quelqu'un dans le parc la nuit, et sans faire aboyer les chiens. Quand Charles décide de mener l'enquête, il meurt brutalement dans un taxi et n'a que le temps de prononcer ces mots: la dame d'onze heure...

S'il est un ovni cinématographique dans la production française des années d'après-guerre, La dame d'onze heures l'est bel et bien! Tiré d'un roman de 1938 écrit par Pierre Aspetéguy, il est scénarisé par Jean-Paul Le Chanois et est le deuxième film du réalisateur Jean Devaivre; des noms qui aujourd'hui parlent bien peu au public, à moins qu'il soit cinéphile averti. Or, La dame d'onze heures mérite bien qu'on le sorte de l'oubli dans lequel il est plongé depuis les années 1950 et c'est sont inventivité, son originalité qui en fait la valeur plus que le scénario qui, aussi solide soit-il, n'est pas d'une grande originalité.

Le film s'ouvre pas une scène assez unique en son genre: la bande annonce de... La dame d'onze heures. Avec un effet visuel recherché pour l'époque et qui évite l'éternel flash-back avec raccord flouté, le film bascule alors dans le récit, mais un récit qui déroute le spectateur: une sorte de mise en condition à la Hergé, une succession d'éléments qui placent l'intrigue, situent l'ambiance, cadrent les personnages - cette maisonnée au comportement étrange dans laquelle l'oginiral S.O.S. fait figure d'homme parfaitement normal - pour mieux en sortir quelques minutes plus tard avec la mort d'un des protaganistes. Sans sa musique tonitruante et superflue, tout serait parfait pour nous guider vers le mystère. Ce jeu de fausses pistes ponctué de rebondissements inattendus - encore qu'un peu rocambolesques - devient même captivant dans sa seconde partie où la manipulation et les secrets révélés viennent étayer une intrigue inquiétante.

Un valet qui écoute aux portes, un prestidigitateur inquiétant, une clinique de fous, des poisons, des morts, des lettres anonymes, le cadavre d'une inconnue, des faits étranges et presque paranormaux, le tout sur un rythme assez soutenu à la Tintin, La dame d'onze heures nous réserve pas mal de surprises. La forme originale de son montage et les séquences montrant les témoins s'exprimant directement face caméra ont fait de ce film une oeuvre remplie d'originalité en 1948, raison de son succès auprès du public. Succès qui pourtant ne l'empêcha pas de tomber dans l'oubli.

A redécouvrir.