FILMLe deuxième souffle - Jean-Pierre Melville (1966), avec Lino Ventura (Gustave Minda dit Gu), Paul Meurisse (Commissaire Blot, de Paris), Christine Fabréga (Simone Melletier dite Manouche), Raymond Pellegrin (Paul Ricci), Marcel Bozuffi (Jo Ricci), Paul Frankeur (Commissaire Fardiano, de Marseille), Denis Manuel (Antoine Ripat), Michel Constantin (Alban), Pierre Zimmer (Orloff), Louis Bugette (Théo), Raymond Loyer (Jacques Ribaldi dit Le notaire), Albert Michel (Marcel, dit Le stéphanois), Jean-Claude Berq (l'adjoint de Blot)...

Castres, le 20 novembre, vers 1950. Gustave Mindat s'évade de prison avec deux comparses. Depuis 10 ans, Mindat, ex ennemi public, connu sour le nom de Gu dans le Milieu, purge sa peine pour l'attaque d'un train d'or avant la guerre. Gu veut se mettre au vert, trouver une planque et quitter la France. Or, les circonstances sont contre lui: Jacques Ribaldi, dit le Notaire, se fait refroidir dans son restaurant de Paris, or sa veuve est une ancienne amie de Gu, Manouche, et le Commissairee Blot entend bien profiter de la situation pour retrouver Gu. En parallèle, à Marseille, Paul Ricci, un petit caïd enrichi dans les trafic de cigarettes est heureusement rencardé par un mystérieux inconnu. Il monte avec son frère, patron d'un bar à danseuses dans Paris, un gros coup contre un fourgon de métal précieux. Il a dans les pattes le commissaire Fardiano et, surtout, un associé en moins: Jacques le notaire. Il décide alors, sur les conseils d'Orloff, une figure du Milieu, de proposer le coup à Gu, ce qui permettrait à ce-dernier d'obtenir les fonds nécessaires à son départ vers l'Italie. Tout ce petit monde se retrouve donc pris dans le cercle vicieux d'une affaire aux multiples visages...

Attention, ambiance! Pour qui a déjà vu les grands films de Jean-Pierre Melville, Le deuxième souffle s'avèrera être dans la veine - à vrai dire un devancier - de ses oeuvres comme Le Samouraï et surtout Le cercle rouge. PMEURISSEersonnages taciturnes, musique jazzy à la Michel Magne, noir et blanc magnifié par les cadrages et la photo, figures typiques du Milieu, courage et sens de l'honneur, policiers au caractère singulier etc. le style Melville au service d'un scenario signé José Giovanni, ex-caïd du Milieu reconverti dans le roman à qui l'on doit notamment Le trou, Classe tous risques, Le clan des siciliens ou Le ruffian.

Dans ce récit sinueux pour lequel Melville ne fait aucune économie de narration (le film dure 2h30) afin de ménager tant l'atmosphère si particulière que la limpidité de l'histoire, les hommes se croisent et s'entrechoquent au point d'agir, volontairement comme involontairement, sur la destinée des autres.

D'abord écrit pour Serge Reggiani, Simone Signoret, Lino Ventura en commissaire Blot, Roger Hannin et Raymond Pellegrin, Le deuxième souffle bénéficie, dans sa version finale, d'un casting tout autant préstigieux: Lino Ventura est l'évadé en cavale, le solitaire parmi les loups, tandis que Paul Meurisse donne une toute autre épaisseur au personnage de Blot - un brin d'élégance à l'anglaise, un rien d'ironie et beaucoup de sens de la manipulation. Peut-être que le personnage de Jo Ricci aurait été un peu plus en relief sous les traits de Roger Hannin, même si Marcel Bozuffi se montre fort bon; en tout cas, le choix de Christine Fabréga en Manouche apporte une touche sensuelle et suave au personnage qui aurait perdu un peu de ses effets dans le corps de LINOSimone Signoret. Vedette populaire de la télévision au moment du tournage - il y avait une vie aux Chiffres et Lettres avant le mythique Patrice Laffont ! - Christine Fabréga se montre douce, grave et sombre et, en définitive, parfaite. Pour le reste de la distribution, c'est un sans faute: Michel Constantin, Raymond Pellegrin et Denis Manuel y sont plus qu'à leur aise.

On dit que José Giovanni s'est inspiré de personnages réels, ses connaissances des années 1930-1940, pour tisser son récit: anciens de la Gestapo Française, anciens de la Collaboration avec la polide allemande, anciens du milieu marseillais d'avant 1940, tout ce petit monde se retrouve détricoté pour mieux façonné une série de personnages assez sombres et surtout sans aucun scrupule, à la fois traitres et amis, bref des gens recommandables comme on les adore dans ce style de production cinématographique et qui en constituent le genre. Confrontation entre deux monuments d'un ancien monde, le commissaire Blot, un tantinet désabusé, face à un grand du Milieu qui sent qu'il a fait son temps, Le deuxième souffle est tout autant une évoquation de la pègre française à une de ses époques les plus fastueuses, époque hautement magnifiée par les différents films qui traitent de cette histoire des années d'après-guerre, qu'il est le récit d'un parcours en solitaire, d'une fuite en avant à marche forcée, entre la mort et l'oubli.

Du grand oeuvre !