AFFICHELe dos au mur - Edouard Molinaro (1958), avec Jeanne Moreau (Gloria Decrey), Gérard Oury (Jacques Decrey), Philippe Nicaud (Yves Normand), Claire Maurier (Ghislaine, la barmaid), Jean Lefebvre (Mauvin, détective privé), Gérard Buh (Mario), Micheline Luccioni (La postière), Jean Michaud (Le ministre invité chez les Decrey), Albert Michel (Le concierge chez Yves Normand), Colette Renard (Josiane Mauvin), Robert le Béal (Maître Lombard, invité chez les Decrey), Pascal Mazzoti (Jérôme, le domestique des Decrey), Bernard Musson (Le client impatient à la poste), Paul Mercey (Un invité chez les Decrey), Pierre Mirat (Monsieur Lacourt, voisin de Yves Normand), les girls de La Nouvelle Eve...

Paris, la nuit. Une homme quitte sa propriété et se rend dans un immeuble. Cherchant la discretion, il se dissimule aux regards des passants et du concierge. Il s'agit de l'industriel Jacques Decrey qui s'est rendu chez Yves Normand, comédien sans engagement qui gagne sa vie comme pianiste de bar. En fait, Yves est l'amant de Gloria, la femme de Jacques. Trois mois avant ce soir fatal, un dimanche qu'il était rentré plus tôt de la chasse, Jacques avait découvert la liaison de Gloria avec Yves et, avec l'aide du détective privé Mauvin, avait ourdi une manipulation implacable destinée à reconquérir son épouse. Mais un grain de sable et toute la belle mécanique élaborée paer Decrey s'est grippée...

Tiré d'un roman de 1957 signé du célèbre Frédéric Dard, Le dos au mur est un film noir oublié et qui pourtant mérite qu'on s'y attarde. Il y a d'abord le contexte de sortie de ce film: premier long métrage d'Edouard Molinaro (Oscar, Hibernatus, La cage aux folles, L'emmerdeur, Mon oncle Benjamin, Le souper, Beaumarchais l'insolent etc.) - au passage assisté de C02laude Sautet qui, quelques mois plus tard se lancera dans son premier film, Classe tous risques, autre film noir, Le dos au mur est adapté pour le cinéma par l'auteur lui-même, qui co-signe le scénario avec Jean Redon (Les yeux sans visage). Ambiance polar assurée donc. C'est que l'histoire tient  vraiment bien la route. Sur un argument assez simple - l'éternel trio mari / femme adultère / amant plus jeune mais pas bien malin, Frédéric Dard a ciselé une histoire de machination à rebondissements qui nous entraîne dans une série de péripéties dénouées à rebours de ce que le spectateur attend.

Puis viennent les comédiens, tout aussi remarquables. D'abord Jeanne Moreau dont la carrière s'envole depuis sa prestation dans La Reine Margot et surtout depuis Ascenseur pour l'échafaud tourné l'année précédente et sorti deux mois avant Le dos au mur. Sublime, elle campe une Gloria Decrey ni repentante, ni sournoise: une amoureuse jusqu'au bout des ongles. Dans le premier rôle masculin, Gérard Oury - son 27e rôle - qui  deviendra célèbre comme réalisateur, dont on peut apprécier le jeu mesuré et sobre, capable de cette grande froideur, inquiétante, qui fait mieux ressortir le caractère de son personnage. Autour d'eux, le comédien de théâtre Philippe Nicaud qui a déjà tourné pour Guitry, Clouzot et Grangier, Jean Lefevre, campant un excellent "Sherlock Holmes de la rue Saint-Denis" (il s'est spécialisé dans la filature galante), et Claire Maurier.

Il faut surtout souligne la bonne facture de ce film noir. Edouard Molinaro ouvre son film par une sorte de filiation - voulue ou non - 03avec Les diaboliques de Henri-Georges Clouzot: une ambiance faite de silence et cadrées, mise en lumière de façon remarquable, même si parfois appuyée, bref en tout 15 minutes sans dialogue - sauf deux interventions sans intérêt dramatique, celle du concierge et celle du gardien de l'usine - ni musique, auxquelles succèdent 5 minutes d'action mises en musique et uniquement ponctuées de bruitages. En tout, 20 minutes avant que la voix du protagoniste nous parvienne, en off. On n'est déjà plus chez Clouzot, on est presque chez Jean-Pierre Melville.

Avec son grain et sa facture de grande qualité, dignes d'un polar hollywoodien de la grande époque, Le dos au mur est un film noir particulièrement réussi et qui évite les codes du film de genre que Jean Gabin incarnera sans partage dans les années 1960. Servi par des dialogues réussis dont les répliques font mouche, ce film aujourd'hui quasiment oublié mérite qu'on le découvre.