AFFICHEL'assassin est dans l'annuaire - Léo Joannon (1962), avec Fernandel (Albert Rimoldi), Edith Scob (Jenny, la jeune femme mystérieuse), Georges Chamarat (Henri Leclerc, le directeur de la banque), Maurice Teynac (Levasseur, l'assureur de la banque), Robert Dalban (Le commissaire), Henri Crémieux (Le juge d'instruction), Marie Déa (Edith Levasseur), Bernard Lavalette (Martel, un collègue d'Albert), Jacques Harden (Bertrand, le convoyeur de fonds), Noël Roquevert (Un militaire en retraite), Colette Régis (La logeuse), Paul Faivre (Le patron du café), Dominique Zardi (Un joueur de billard), Claire Olivier (Mme Levasseur mère)...

Rouen, au début des années 1960. Albert Rimoldi  est employé au Crédit Central de Rouen. Timide, il est régulièrement la victime des blagues de ses collègues hommes et femmes; modeste, il refuse l'avancement et l'augmentation de salaire proposée par son protecteur, le directeur Henri Leclerc. En fait, Albert est un célibataire en manque de tendresse. Or, un jour, Albert reçoit une lettre: c'est la déclaration passionnée d'une inconnue, Jenny, qu'il a séduit sans le savoir. Mais la belle joue à cache-cache et compromet le naïf Rimoldi dans une attaque à main armée doublée d'une série d'assassinats énigmatiques...

Adapté d'un roman de 1960 signé du prolifique Charles Exbrayat - à qui l'on doit la série des Immogène, L'assassin est dans l'annuaire porte en sous-titre une indication très explicite sur son héros: Cet imbécile de Rimoldi (le roman original s'intitulant Cet imbécile de Ludovic). Il s'agit bien là d'une histoire d'imbécile et, comme il se doit, d'un imbécile qui ne l'est pas vraiment et que l'aventure criminel va transfigurer en enquêteur de génie dans les dernières scènes du film. Pourtant, le film ne donne pas dans la pure comédie, il s'agit plutôt d'un polar léger - CADAVREambiance idoine mais ton sans gravité, ou d'un film policier sage, à la papa, rôle idéal pour un Fernandel qui a déjà campé ce genre de personnage chez Duvivier en 1957 dans L'homme à l'imperméable.

C'est à Jean Halain, fils du réalisateur André Hunnebelle et scénariste de grands films populaires (dont beaucoup pour Louis de Funès) et à Jacques Robert (entre autre scénariste de films noirs) qu'est confiée l'adaptation du roman original, sur une idée du réalisateur Léo Joannon. Mis en retrait du cinéma par la commission d'Epuration pour son activié pendant l'Occupation et ses sympathies fascistes, Léo Joannon signe ici un de ses derniers films, d'une facture sobre et sans grande recherche - sans pour autant devoir en rougir - qui touche parfois, dans les scènes de crimes, à l'inquiétante atmosphère des films d'Alfred Hitchcock ou aux Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot.

On retrouve dans L'assassin est dans l'annuaire un Fernandel capable de jouer autre chose que les benêts de ses débuts ou les français moyens à la faconde méridionale et à la mine rusée que la postérité retient de lui. Sans être un comédien de l'épaisseur de certains de ses contemporains - Bourvil, Jean Gabin et Raimu pour ne citer qu'eux - ARRESTATIONFernandel a pourtant prouvé à plusieurs reprises qu'il n'était pas voué à uniquement jouer le marseillais gentillet d'une pagnolade ou l'imbécile débrouillard d'une comédie bon-enfant. Avec les années 1950, le comédien entame un virage significatif dans sa carrière cinématographique. C'est le film Meurtres? qui ouvre le changement de registre, changement marqué dans le mémoire populaire par les performances de Don Camillo et qui s'achève par une étonnante performance à contre-emploi dans Le diable et les dix commandements en 1962 et trois films beaucoup plus sérieux, Le voyage du père, L'homme à la Buick et Heureux qui comme Ulysse.

On retiendra surtout de L'assassin est dans l'annuaire qu'il offre un ambiance soutenue, pas vraiment poisseuse mais sans temps mort. Avec une intrigue où l'impression dominante est que tout le monde manipule tout le monde - sauf le brave imbécile de Rimoldi - et des scènes nocturnes qui, même si sont loin de provoquer la frayeur, contribuent à créer un climat suffisant pour nous emporter dans cette histoire cousue de fil blanc, le film divertit comme un bon roman policier, honnête et confortable, malgré un commissaire vraiment trop bon enfant

Rouen la nuit, une succession de crime presque téléphonée, Fernandel en imbécile pas si idiot que ça, une affaire de machination déjouée par un innocent sans épaisseur... c'est trop? Oui, peut-être, et c'est bien pour ça que ça marche!