012Ca sent bon, les jeunes gens. Ca a cette odeur de propre, de frais, une odeur d'eau de Cologne ou de gel de douche. C'est intact, net, lisse. C'est un territoire inviolé. Ca offre une image de la pureté.

D'ailleurs, ça offre tout, ça offre, comme ça, sans ambiguïté apparente, sans arrière-pensée, sans retenue. C'est posé là, dans le costume d'une jeunesse qu'on pourrait croire éternelle, ça ne sais pas ce que vieillir veut dire. Ca ignore tout de la dégradation inexorable de l'apparence, de la flétrissure inévitable de la peau, de l'empâtement des traits, du creusement des rides. C'est là, triomphant, et ça ne sait même pas que ça triomphe. C'est une sorte d'innocence, encore, avant que ça ne comprenne tout à fait de quels atouts ça dispose effectivement.

C'est une manière de dernière intégrité, une intégrité qui va se perdre, qui est au plus près de se perdre mais qui subsiste, et cet instant précis, celui des derniers moments de l'intégrité, c'est celui de la beauté absolue, de la beauté inaccessible. On se sent tenu à l'écart de ça, éloigné. C'est presque humiliant, cette distance obligée.

Mais Dieu que ça sent bon, les jeunes gens!

Philippe Besson, Un garçon d'Italie (2003)

Photographie: Thimotée Chalamet dans Call me by your name de Luca Guadagnino (2017)