LIVREUn crime - Georges Bernanos (1935)

"Le cadavre reposait sur le flanc. Tout autour le sol était nu, soit que l'homme se fût débattu dans son agonie, soit que - plus vraisemblablement - son meurtrier eût tenté de le traîner plus loin, sans y réussir. La tête disparaissait presque dans un coussin de feuilles mortes ramenées en tas sous les épaules. Le sang, déjà figé parle froid, faisait à la hauteur des reins une large et hideuse plaque de boue noirâtre, hérisée d'aiguilles de pin."

France, dans les premières décennies du XXe siècle, quelque part en montagne. Par une nuit venteuse, le nouveau curé de Mégère, village isolé, s'annonce au presbytère. Seulement voilà, quelques heures à peine après, le curé est réveillé par des coups de feu. Dans les collines, on découvre un cadavre... dans le château qui les surplombe, la veuve Beauchamp a été assommée et ne s'en remettra pas. Dépêché sur place, le juge Frescheville entâme une enquête difficile et surprenante, d'autant plus pénible qu'il a la grippe et que le principal témoin, le nouveau curé, s'évanoui dans la nature avec le jeune André, un adolescent qu'il avait pris d'affection à son arrivée...

"Voyez-vous, dès le commencement de cette sacrée affaire, j'ai eu l'impression d'une porte qui s'est refermée derrière moi - pan! - me laissant dans le noir. (...) Je n'ai pas eu le temps de vérifier si la place n'était pas déjà occupée par un autre. Alors, j'écarquille les yeux, j'allonge le bras, je tâte par-ci, par-là, mais prudemment, trop prudemment."

Dans la France des années 1930, le policier est le polar sont à la mode. Vraisemblablement en difficultés matérielles, Georges Bernanos se lance dans ce genre littéraire très éloigné de son précédent ouvrage, Sous le soleil de Satan. Simenon en herbe, l'écrivain décide donc de nous perdre dans les méandres d'une affaire compliquée, obscure et fausse où le mensonge est la meilleure arme et où la vraisemblance n'a pas voix au chapitre.

Court roman écrit dans un style aride, baigné des thèmes religieux chers à l'auteur, Un crime est certes une aventure policière à tiroirs, mais la confusion y est si bien maintenue que le lecteur mal concentré s'y perdra. Point de rebondissement dans ces pages, point de psychologie, ou si peu, juste la chronique d'une ténébreuse affaire qui ne s'éclaire qu'à demi au dernier chapitre.

Un roman sur la face noire de la nature humaine, à lire et sans doute relire pour en découvrir toutes les clefs.

"Ne rencontrerait-il donc, dans cette diabolique aventure, que des visages inclassables, indéchiffrables?"