b7_052_2Ta rencontre c'était mon drame et mon poème.
Je n'avais donc aimé qu'un peu! (...)
Je suis venu vers toi, malgré l'ombre et le vice,
Pur comme le très pur, naïf et glorieux;
Peuvent-ils, ces voleurs, te rendre le service
Du portrait idéal et du tien dans mes yeux?
(...)
Et j'écoute ton silence
Que je n'avais pas compris. (...)
Ange doux, ange brutal...
Pur, limpide, sans mélange
Fermé comme le cristal.
Dans ce cristal je contemple
Le désespoir évité.
Mon bonheur est un temple
A ta jeune antiquité.
(...)
Tu vivais enfoncé dans un autre toi-même
Et de ton corps si bien abstrait,
Que tu semblais de pierre. Il est dur, quand on aime
De ne posséder qu'un portrait.

Jean Cocteau - Fragments divers à Jean Desbordes et Jean Marais (A Jeannot / Ils / Ton silence / Un ami dort) - 1929-1945