DAVID VERROCCHIO 1475

Qu'il fut de Sybaris, l'éveil, mon petit faune!
On aurait cru, voyant nos deux corps mélangés,
Que le vierge avenir écartait le danger
Et sur nos fronts futurs installait ses icônes...

Mais quelle souple ardeur, quels cris mangés tout bas,
Quel hymne, Ô ma Lumière, où jaillit comme un trille
Ce parfum de seize ans, imprégné de vanille,
Tous ces trésors soyeux dont le désir flamba!

Le goût qu'avait alors ta lèvre - Ô ma blessure -
L'haleine que j'ai bue - et ce lait - je le jure
Que je sentais en moi longtemps s'ensevelir,

Tout ces rêves sculptés dans l'or de mon désir,
Tout cela je le garde, et si pur, chère Idole,
Que pour vaincre, un instant, la douleur qui m'isole,

Je hume de la neige avec ton souvenir!

 

Jacques d'Adelwärd-Fersen - La neuvaine du petit faune, 5e poème (1920)

Illustration: Andrea del Verrocchio, David (1472-1475), Florence, Musée du Bargello