AFFICHELe trou - Jacques Becker (1960), avec Michel Constantin (Géo), Jean Keraudy (Roland), Philippe Leroy-Beaulieu (Manu), Raymond Meunier (Vosselin dit Monseigneur), Marc Michel (Claude Gaspard), André Bervil (Le directeur), Paul Préboist (Le gardien de nuit à l'araignée), Philippe Dumat (L'autre gardien de nuit), Gérard Hernandez (Le détenu à l'infirmerie), Dominique Zardi (Le détenu préposé aux colis)...

Paris, Prison de la santé, en 1947. Claude Gaspard, en détention provisoire pour tentative de meurtre sur sa femme, est changé de cellule pour cause de travaux. Il fait la connaissance de ses quatre compagnons de geôle: Géo, Roland, Manu et Monseigneur qui doivent passer aux Assises et risquent une forte peine de prison si ce n'est la guillotine. Dans cette cellule qui s'est constituée en communauté, tout se partage (les colis, les cigarettes, le passé, les amours...) y compris un secret: les quatre ont décidé de creuser un tunnel pour s'évader. Affranchi, Claude accepte d'aider ses compagnons, mais ont-ils raison de faire confiance à un inconnu...

Sujet classique et limite rébarbatif: le huis-clos dans une cellule de 15 mètres carrés de cinq prisonniers qui creusent un trou puis un tunnel pour échapper justement au trou dans lequel ils ont été jeté. SABLIERIl faut tout de suite lever le doute, Jacques Becker réussit à faire de son film un modèle de genre, non seulement par sa réalisation qui frise l'étude documentaire, mais surtout parce qu'il réalise un tout de force: nous tenir en haleine plus de deux heures grâce au suspens qui baigne toute l'oeuvre avec une efficacité remarquable.

Assistant de Jean Renoir pendant les années 1930 (neuf films ensemble), Jacques Becker est le célèbre réalisateur de Casque d'or (avec Simone Signoret) dont la filmographie touche à tous les genres. Avec Le trou, il s'attaque encore une fois à la vie des bas-fonds, toujours avec un oeil sinon sympathique du moins bienveillant, sur ses protagonistes. Tiré d'un roman de José Giovanni, Le trou raconte une histoire vraie, la tentative d'évasion de la prison de la santé, en 1947, d'un condamné à mort pour collaboration avec les nazis, José Giovanni lui-même (Manu dans le film) avec ses camarades de cellule dont Roland Barbat, joué par lui-même SECRETsous le pseudonyme de Keraudy, le "Roi de l'évasion" des années 1940.

Il y a d'abord l'ambiance quasi mécanique de la prison: rythme de contrôles, le fonctionnement bien réglé, l'austérité du lieu, son manque d'âme, ambiance que les cinq compagnons essaient de briser en s'adonnant à des travaux de cartonnage et en causant filles, sexe, attendant la promenade en fumant des cigarettes. Pour mieux renforcer cette atmosphère glacée et rigide, le film ne propose pas de musique, seuls les bruits de la vie carcérale composent le décor auditif.

Il y a ensuite les nombreux détails montrés par Becker, son souci de rendre la tension palpable, l'inquiétude face au risque que prennent les prisonniers, y compris dans des scènes longues qui prennent le temps de tout montrer, sans montage ni éllipse, pour mieux souligner le difficulté de l'entreprise. Car on y croit, à cette évasion de repris de justice qui, partout ailleurs, seraient passés pour antipathiques. Or Le trou nous attache à eux, nous les rend sympathiques sans pour autant - à souligner - tomber dans le manichéisme à l'emporte-pièce qui voudrait que le personnel pénitentiaire soit antipathique et méchant.

D'une grande sobriété, Le trou est un film prenant qui vaut autant pour ses acteurs que pour sa réalisation. Une réussite majeure, saluée par bon nombres de pairs de Jacques Becker et encore reconnu aujourd'hui comme un des meilleurs films français.

Majuscule!