AFFICHETirez sur le pianiste - François Truffaut (1960), avec Charles Aznavour (Charlie Kholer / Edouard Saroyan), Marie Dubois (Hélène dite Léna), Nicole Berger (Thérésa Saroyan), Michèle Mercier (Clarisse, la prostituée voisine de Charlie), Albert Rémy (Chico Saroyan), Daniel Boulanger (Ernest, l'homme au chapeau), Claude Mansard (Momo, l'homme à la casquette), Boby Lapointe (Le chanteur chez Plyne), Serge Davri (Plyne, le patron de La bonne franquette), Claude Geymann (Lars Schmeel, l'impressario d'Edouard), Richard Kanayan (Fido Soroyan), Alice Sapritch (La concierge)...

En ville, par une nuit de pluie. Poursuivi par deux hommes, Chico Saroyan se réfugie au café A la bonne franquette où joue Charlie Kholer, son frère. Pianiste dans une petite formation, il anime les soirées dansantes sous l'oeil pétillant de Léna, la serveuse. Embarqué dans une histoire de voyous et d'argent, Chico se met au vert sans se douter que ses deux poursuivants, Ernest et Momo, ont décidé de planquer devant l'immeuble de Charlie...

Tout juste sorti de Les quatre cents coups qui lui valu la réconnaissance du public et de ses pairs, François Truffaut décide de changer de registre et de rendre hommage à un cinéma qu'il admire: le polar américain. Adapté d'un roman de 1956, Tirez sur le pianiste se veut donc non pas un film policier mais un film noir qui associera les dogmes de la Nouvelle Vague et la passion de Truffaut pour la facture d'outre-atlantique. PÏANOPar opposition au style français dont Jean Gabin et Lino Ventura sont les figures majeures, Truffaut s'essaye alors à un anti Maigret, un anti Grisbi, une sorte de pastiche donc où l'humour sera très présent et qui reprendra l'esthétique de son ami Jean-Luc Godard dont il admire le style reportage de A bout de souffle, et celle de Louis Malle dont Ascenseur pour l'échafaud vient de marquer la critique.

Assez bizarrement, quand on regarde les éxigences - ou du moins les objectifs - fixés par Truffaut à l'écriture du film, le résultat est déroutant: film léger, Tirez sur le pianiste est plutôt bon enfant, pas vraiment sérieux entre les prestations poétiques de Boby Lapointe en chanteur sautillant et les personnages de voyous qui n'ont rien d'effrayant. C'est qu'en réalité, le polar noir est vite mis de côté pour se concentrer sur la trajectoire de Charlie Kholer: pianiste de nuit dans un bar assez sombre, il est un homme brisé par une histoire personnelle qui le ronge de remords. Timide et passif devant les événements, Kholer n'est pas un héros et ne veut absolument pas l'être.

Autour de lui, des femmes, et exclusivement des femmes, car Charlie ne voit pas les autres: CAFEThérésa, son épouse, cause de la lente dérive de Charlie vers l'indifférence, Léna la douce amie qui l'aime et l'admire, et Clarisse, prostituée à 3 000 francs la passe qui joue les nounous pour le petit Fido.

Film léger qui est plus un voyage vers le passé, Tirez sur le pianiste est la tentative d'un homme dépité de retrouver un sens à sa vie, par l'amour, plan que viendront contrarier les circonstances.

Echec commercial à sa sortie, le film sera eclipsé par d'autres réalisations - à succès cette fois - de François Truffaut mais est sauvé, pour la postérité, par la brillante prestation de Charles Aznavour et la présence, pourtant éphémère, de Boby Lapointe. Il faudra attendre le dernier film du réalisateur, Vivement dimanche, en 1983, pour que le grand public goûte enfin son amour pour le film noir burlesque.

* de la chanson Framboise de Bobby Lapointe (1960)