FILMLe Pacha - Georges Lautner (1968), avec Jean Gabin (Commissaire divisionnaire Louis Joss), Danny Carrel (Nathalie Villars), André Pousse (Marcel Lurat dit Quinquin), André Weber (Emile Vergnes dit Le Génois), Serge Sauvion (Inspecteur René), Pierre Koulak (Abdel Schmil dit Le Coréen), Robert Dalban (Inspecteur Albert Gouvion), Maurice Garrel (Léon Brunet), Louis Seigner (Le directeur de la police), Henri Déys (Léon Villars dit Léon de Lyon), Yves Barsacq (Le médecin légiste), Felix Marten (Ernest), Noëlle Adam (Violette, une serveuse du Hippies), Germaine Delbat (Mme Druber), Dominique Zardi (Horst Weiss dit Horst de Hambourg), Véronique de Villèle (La cliente blonde au bar du Hippies), Léon Zitrone (Lui-même), Serge Gainsbourg (Lui-même)...

1967 à Paris. Le commissaire Joss assiste à l'inhumation de son ami d'enfance, l'inspecteur Albert Gouvion qu'il surnommait l'Empereur des Cons. Chargé d'escorter une convoi de bijoux entre Paris et la frontière belge, Gouvion n'était pas parvenu à empêcher le braquage au bazooka du fourgon par la bande de Marcel Lurat, un malfrat froid et dangereux. Alors que Lurat élimine un à un tous les complices et témoins de son braquage, Gouvion est retrouvé mort chez lui. Pour Joss, c'est un assassinat maquillé en suicide. Pour le venger, il décide de nettoyer le Milieu parisien et de remonter jusqu'à Lurat dont il ne veut pas l'arrestation mais la mort...

Jean Gabin, dernière période. Après avoir incarné des policiers et des truands dans de nombreux films, à l'aube des années 1970, Jean Gabin devient le patriache du cinéma français tout autant qu'il incarne de plus en plus la figure du vieux des films, MORThéros patelin mais râleur, esprit fin mais grognard, bref du Gabin empâté et ralenti qui sait parfaitement jouer son âge pour camper une figure bien française.

Ecrit par Michel Audiard - qu'on ne présente plus - et Albert Simonin (le créateur du personnage récurrent des Tontons flingueurs, Touchez pas au grisbi et Le cave se rebiffe), d'après un roman de Jean Delion (à qui l'on devra Adieu poulet), Le Pacha est le premier film avec Jean Gabin en solitaire produit par sa société de production fondée avec son ami Fernandel en 1963. Aujourd'hui présenté comme un Gabin ronronnant, goûteux comme un Audiard de bonne facture, Le Pacha est surtout une perfomance cinématographique dûe autant au talent de ses acteurs principaux qu'à la caméra de Georges Lautner: sur une intrigue qui tient en quelques phrases (la vengeance d'un flic revenu de tout, flanqué d'une jolie pépé, contre un truand qui dézingue à tout va), le film nous tient en haleine de bout en bout par son découpage rapide, ses plans originaux, le masque d'André Pousse et la musique de Serge Gainsbourg.

Censuré en mars 1968 en raison de sa grande violence (beaucoup de meurtres, tabassage d'un nord-africain par Joss), le film est interdit aux moins de 18 ans par la commission du cinéma, jusqu'à ce que Georges Lautner accepte quelques modifications, finalement légères, au terme d'une bataille médiatique. Finalement interdit au moins de 13 ans début avril 1968, FILLELe Pacha inclut la chanson de Serge Gainsbourg, Requiem pour un con, interdite sur les ondes, interdiction qui provoque la colère de Jean Gabin.

Un film qui se bonifie avec le temps? Pas vraiment. On ne peut pas dire que Le Pacha soit un grand film mais il est loin, très loin, d'être un petit film. Certes il est routinier, certes il est un peu déjà vu, certes Audiard excelle - comme toujours - dans des dialogues que Gabin met en musique avec perfection, mais il est aussi le visage d'une société au bord de la crise de mai 1968. Dans cette France modernisée par Georges Pompidou, le public s'amuse des aventures du gendarme Cruchot ou des aspirations sentimentales du jeune Antoine Doinel de François Truffaut mais découvre aussi que les bases bourgeoises de la société peuvent être remises en cause. A l'époque de La bande à Bonnot, de Alexandre le bienheureux ou de La Chamade, Georges Lautner propose un polar limite cliché où l'argent et la fesse sont rois et où ce n'est pas la jeunesse qui veut renverser la table mais le patriarche, le vieux policier bientôt en retraite qui, en cherchant à se venger, plaide pour le retour à l'ordre et à la justice.

Le Pacha, c'est finalement le policier de papa mis en image par un réalisateur qui entend casser les codes. Pour tout dire,  Le Pacha, c'est un peu un film hors norme.

Une curiosité.