AFFICHELes inconnus dans la maison - Henri Decoin (1942), avec Raimu (Maître Hector Loursat de Saint-Marc), Juliette Faber (Nicole Loursat), Jean Tissier (Ducup, juge d'instruction), Jacques Baumer (Rogissart, procureur de la République), Noël Roquevert (Binet, commissaire de police), André Reybaz (Emile Manu), Marcel Mouloudjy (Ephraïm / Amédée Luska), Marc Dolnitz (Edmond Dossin), Jacques Denoël (Marcel Destrivaux), Pierre Ringel (Daillat), Tania Fédor (Mme Dossin), Héléna Manson (Mme Manu), Jacques Grétillat (Le Président des Assises), Gabrielle Fontan (Fine, la bonne de Loursat), Raymond Cordy (L'huissier du tribunal), Paul Barge (Le gardien de prison), Martine Carol (Une spectatrice aux Assises), Pierre Fresnay (Le narrateur)...

Moulins, 1940, dans le quartier bourgeois de la cathédrale, une grosse et froide averse sévit depuis la tombée de la nuit. Il est 23h15, Hector Loursat de Saint-Marc dîne, silencieux, en compagnie de sa fille présumée, Nicole. Depuis 20 ans, Hector Loursat, avocat de renom, a sombré dans l'alcool et n'exerce plus son métier. Depuis 20 ans que sa femme est partie sans prévenir, Hector Loursat est une épave indifférente à tout. Mais cette nuit là, à minuit, Maître Loursat est tiré de son hébétement par un coup de feu tiré dans sa maison: alors qu'il aperçoit une silhouette quitter les lieux, il découvre, au grenier, le corps d'un inconnu, mort assassiné. Très vite, l'enquête conduit à Emile Manu, le prétendant de Nicole qui, jurant son innoncence, demance à Maître Loursat de le défendre...

Réalisateur prolifique de la France des années 1930, 1940 et 1950, Henri Decoin est passé à la postérité cinématograhique pour son grand sens de l'image et de la mise en scène, et pour des films comme Abus de confiance, Premier rendez-vous, Entre onze heure et minuit, La vérité sur Bébé Donge ou Razzia sur la chnouf. ENQUETESachant sublimer des scenarii simples quoi qu'efficaces par son sens de la photographie et du jeu, Decoin est avant tout un créateur d'ambiance et un talentueux réalisateur qui a su utiliser le meilleur et le plus fort de ses comédiens.

Réalisé avec les crédits allemands de la Continental-Films d'Alfred Creven, Les inconnus dans la maison est tourné en pleine Occupation dans les studios parisiens de la Tobis Klanfilm Eurocord. Si Henri Decoin a été peu inquiété à la Libération, son film dut essuyer les foudres de la censure qui, en 1947, fit changer le prénom du personnage joué par Marcel Mouloudjy en Amédée Luska, le prénom original d'Ephraïm prêtant à une confusion antisémite. Raimu, décédé, n'ayant pu effectuer la post-synchronisation, Mouloudjy a donc deux prénoms dans la version finale disponible de nos jours.

Côté scenario, du simple mais de l'efficace: d'abord Georges Simenon, auteur du roman dont est tiré le film, talentueux écrivain qui sait ciseler ses personnages et dépeindre la province comme personne; PLAIDEensuite  Henri-Georges Clouzot qui adapte le roman et qui, la même année avec son Assassin habite au 21, se rêvelera un maitre du suspens policier au cinéma.

Mais le principal intérêt de Les inconnus dans la maison, au-delà d'une intrigue solide et d'une ambiance captivante, c'est l'interprétation de Raimu. Son Hector Loursat, blasé, indolent, insensible tant à sa propre fille qu'au crime qui a eu lieu chez lui, se révèle inquietant, désabusé et froid, d'une efficacité redoutable qui égale ses performances de L'étrange monsieur Victor et L'homme au chapeau rond.

Rendu brillant par le quator Simenon-Clouzot-Decoin-Raimu, Les inconnus dans la maison est l'histoire d'un homme qui découvre une vérité qu'il n'avait jamais soupçonnée et qui affronte, dans un combat silencieux, la mesquinerie des familles, la scelérité d'une justice qui tient absolument à trouver rapidement un coupable et les frasques d'une jeunesse en rupture avec la bourgeoisie familiale.

Bon sujet, écriture pointue, interprétation efficace... bref, un bon film.