AFFICHELe miroir à deux faces - André Cayatte (1958), avec Michèle  Morgan (Marie-José Tardivet), Bourvil (Pierre Tardivet), Gérard Oury (Docteur Bosc), Sylvie (Mme Tardivet mère), Elisabeth Manet (Véronique Vauzange), Ivan Desny (Gérard Durieu), Jane Marken (Mme Vauzange mère), Georges Chamarat (M. Vauzange père), Carette (Albert Benoit), Georgette Anys (Margueritte Benoit), Pierre Brice (Jacques), Sandra Milo (Ariane), Renée Passeur (La patiente excentrique), Marcel Pérès (Le bistrotier), Hubert de Lapparent (L'employé des petites annonces), Jacques Marin (Un collègue de Pierre), Bruno Bapl (Un collègue de Pierre), Yves Barsacq (Le concierge de l'école), Robert Rollis (Le stewart), Lisa Jouvet (L'hôtesse de l'air)...

Par une nuit ordinaire, un homme se rend dans un poste de police pour se dénoncer: il a commis un meurtre. C'est Pierre Tardivet, professeur de mathématiques jusque là sans histoire. Devant le commissaire, il raconte: dix ans auparavant, en 1948, il voulait se marier et avait fait publier une petite annonce. Se méfiant des filles trop jolies, il jette son dévolu sur Marie-José Vauzange, une disquaire au visage ingrat mais aux rêves intacts. A l'occasion des fiançailles de Véronique, la jolie et pétillante soeur de Marie-José, pour consoler la tristesse de cette dernière, Pierre se déclare. Dix ans plus tard, Pierre croise le docteur Bosc, chirugien esthétique qui lui propose de transformer le visage de sa femme: il s'y oppose, Marie-José décide de passer outre l'avis de son mari...

Artiste interdit de production par le comité d'Epuration, André Cayatte est célèbre pour ses films de société comme Mourir d'aimer avec Annie Girardot ou Les risques du métier avec Jacques Brel. LAIDEAvec Le miroir à deux faces, le réalisateur offre une vision sombre du mariage qui place la femme au niveau de servante de la famille et qui, par un petit miracle esthétique, entre dans une nouvelle vie. Il permet aussi à Bourvil d'endosser un de ses meilleurs rôles dramatiques, loin des benêts comiques qu'il campait jusque là, et qui s'était révélé en 1956 dans La traversée de Paris et dans Les misérables de Jean-Paul Le Chasnois, deux films avec Jean Gabin. Bourvil gardera dès lors cette double étiquette même si les rôles de comédie seront très nombreux dans sa carrière, exception faite d'Un drôle de dimanche et du célèbre Cercle rouge. Face à lui, une Michèle Morgan sublime et très convaincante, actrice alors au sommet de sa gloire qui, de Le quai des brumes ou Remorques, de Sacha Guitry à René Clair, est à l'époque sur tous les écrans.

Coupé en deux époques, Le miroir à deux faces montre comment une jeune fille disgracieuse mais sensible, intelligente, romantique et rêveuse se laisse prendre à l'amour et connaît la déception de vivre coincée entre un mari râleur, buté, pingre et parfois mesquin, une belle-mère difficile et deux gosses qui l'occupent quotidiennement, coincée donc dans une vie rangée où BELLEle confort ménager remplace les rêves d'évasion, la culture et où les sentiments de Pierre frôlent la goujaterie, où tout finalement est laideur, déception, où tout ment.

Entre eux deux, Gérard Oury, co-scénariste, habitué des caméras (ici son 25e rôle),  en médecin mi-marron, mi-passionné fort convaincant et qui, anectode au passage, fait ici la connaissance de Michèle Morgan qui deviendra sa compagne l'année suivante.

Loin d'être une comédie, malgré le talentueux numéro de Bourvil en homme pris de boisson, Le miroir à deux faces est un film efficace et agréable, peut-être un rien hésitant et n'allant pas au bout des choses: on aurait sans doute préféré que la nouvelle vie de Marie-José soit mieux exposée et les dix premières années de son mariage avec Pierre plus concentrés afin de mieux mettre en avant le thème principal de ce film: l'apparence du bonheur est, aussi, le bonheur des apparences.

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