DVDAimez-vous Brahms... - Anatole Litvak (1961), avec Ingrid Bergman (Paula Tessier), Yves Montand (Roger Desmaret), Anthony Perkins (Philip Van der Besh), Jessie Royce Landis (Theresa Van der Besh), Pierre Dux (Maître Fleury), Michèle Mercier (Maisie 3), Jackie Lane (Maisie 1), Jean Clark (Maisie 2), Diahann Caroll (La chanteuse), Jean Ozenne (Un invité chez les Van der Besh), Uta Taeger (Gaby, la bonne de Paula), Germaine Delbat (L'ouvreuse, salle Pleyel), Henri Attal (Un spectateur à Pleyel), Dominique Zardi (Un spectateur à Pleyel), Marcel Achard (Un client de l'Epi Club), Yul Brynner (Un client de l'Epi Club), Jean-Pierre Cassel (Un danseur à l'Epi Club), Sacha Distel (Un client à l'Epi Club), Maurice Druon (Un client à l'Epi Club), Moustache (Un danseur à l'Epi Club), Françoise Sagan (Elle-même, à l'Epi Club)...

Paris, 1960. La nuit tombe sur la place de la Concorde, les rues se remplissent, le trafic de densifie, c'est l'heure où Paula Tessier quitte son atelier de décoratrice d'intérieur. A quarante ans, elle mène une vie bourgeoise et mondaine, assez rangée, avec Roger Desmaret, vendeur de tracteurs en gros, dont elle est l'amante depuis 5 ans. Ce soir-là, anniversaire de leur liaison, Roger téléphone à Paula: il est pris par ses affaires et doit annuler leur dîner; une habitude. Quelques jours après, Paula se rend chez Theresa Van der Besh dont elle doit refaire l'appartement: elle y croise Philip, étudiant en droit de 25 ans, qui tombe immédiatement amoureux d'elle. Plus réticente, Paula essaye de résister aux multiples tentatives de Philip pour la conquérir...

Tiré du roman du même nom de Françoise Sagan publié en 1959, Aimez-vous Brahms... est la troisième adaptation d'un roman de l'écrivain à l'écran, après Bonjour tristesse et Un certain sourire en 1958, trois films réalisés par des américains, celui-ci constituant le préféré de l'auteur. DANSEPeu de choses sont changées de l'histoire originale, une histoire très Sagan: le coup de foudre d'un homme pour une femme qui n'est pas libre mais pas heureuse et les hésitations d'une femme triste entre le tumulte d'un passion et le confort d'une vie, certes incomplète, mais dont elle a l'habitude. En revanche, le rythme donné par Anatole Litvak peut laisser perplexe: beaucoup de dialogues, peu de scènes d'action - d'accord, l'histoire s'y prête peu - et justement on aurait pu souhaiter que, en adaptant le roman, le scénariste cherche à retravailler le déroulement de l'action pour la ramasser au lieu de l'étendre à deux heures parfaitement répartie: moitié la séduction, moitié la liaison. D'ailleurs, dans son autobiographie, Ingrid Bergman laisse entendre qu'elle le trouve le scenario un peu mou et que l'ambiance du roman de Françoise Sagan y est dilluée, y perd de sa substance.

Est-ce à dire que cette version d'Aimez-vous Brahms... est à réserver aux seuls adorateurs de Françoise Sagan? Non pas. D'abord, le coeur de l'histoire est bien rendu, déshabillé de sa fibre existentialiste en effet, mais très clairement exposé: Roger est un homme à femmes, il aime séduire les jeunes filles, paraître jeune, vivre jeune alors que Paula, JEUNEpourtant libre, n'a pas envie de tromper son amant et, de ce fait, se complait dans une solitude qui la rassure mais ne la satisfait pas. Ensuite, l'histoire en elle-même est digne de la Sagan des premiers temps: la critique américaine ne s'y est pas trompée qui a complètement assassiné le film, par conséquent le public le boudant. L'histoire était immorale pour les Etats-Unis encore marqués par 8 années de présidence Eisenhower: une femme d'âge qui vit maritalement avec un homme à femmes et qui s'éprend - et pas que platoniquement! - d'un garçon qui pourraît être son fils, voilà de quoi choquer le puritanisme conservateur. Si ce thème nous semble un peu délavé au XXIe siècle, il ne faut pas oublier que le scandale Sagan depuis Bonjour Tristesse en 1954 est de créer un remue-ménage dans la bien-pensanse bourgeoise française et la réception de ce film est bien la preuve que sa modernité faisait mouche au-delà de nos frontières.

Enfin, on aimera ce film parce qu'il donne une ambiance typique du Paris de la fin des années 1950 (petit moment Léo Ferré) et de sa classe bourgeoise qui ignore encore que, dans quelques temps, la jeunesse fera - ou tentera - exploser les frontières de classes consacrées par une France gaullienne dans laquelle elle ne se reconnaîtra pas. VIEUXOn l'aimera aussi pour son casting, au-delà d'une Ingrid Bergman, splendide en Christian Dior et qui sait nous toucher intimement, d'un Yves Montand merveilleusement doué en amant insupportable, et d'un Anthony Perkins fort crédible en jeune amoureux de femme mâture: une série de petits rôles tenus par les meilleurs seconds rôles du cinéma français de l'époque et la présence fort charmante de célébrités, figurants dans la scène de boite de nuit, dont Yul Brynner, Sacha Distel, Jean-Pierre Cassel, Marcel Achard et Maurice Druon, et, dans son propre rôle, en clin d'oeil, Françoise Sagan elle-même.

N'oublions pas la musique de Johannes Brahms, très présente, dont le devenu incontournable 3e mouvement de la symphonie n°3 en fa majeur Opus 90, adapté à l'envi par Georges Auric, dont Yves Montand tirera une chanson promotionnelle sur des paroles de... Françoise Sagan.

Nommé pour la palme d'or à Cannes en 1961, récompensé pour Anthony Perkins lors du même festival, Aimez-vous Brahms... est une curiosité assez agréable mais loin d'être parfaite que l'on découvrira pour l'amour de Sagan, de Paris et pour l'amour de l'amour.

"Toujours, ça n'existe pas."