LIVREConversations avec un enfant curieux - Michel Tremblay (2016)

"Tiens, ton mot favori qui revient. Pourquoi. Pourquoi tu veux toujours savoir pourquoi?"

Michel a 8 ans et dans le Montréal de 1950, il veut tout savoir. Alors il questionne, il demande, il raisonne même, au point de tenir tête: la religion, les croyances, le cinéma, la famille, l'école... tout y passe et c'est auprès de sa mère Réhauna, de son père et de sa tante Bartine qu'il essaye d'avoir des réponses. Pourquoi son père a-t-il acheté un pont, comment parler comme à Montréal, pourquoi la vierge était mère, pourquoi sa maîtresse d'école a un nom de chien, pourquoi Bambi n'a pas de père, pourquoi sa mère mange des sandwich au baloney, pourquoi la reine d'Angleterre est filmée d'en-haut à son couronnement, pourquoi, pourquoi, pourquoi... le petit Michel n'en finit pas d'interroger et de se faire sa propre opinion, pour le meilleur et pour le rire...

"As-tu vu ça? Hein? As-tu ben regardé? Y est aussi gros que le boeuf! Si les anges descendent trop proche de lui, y va leur faire peur! J'fais c'te crèche-là depuis des années, tout le monde dit que c'est la plus belle de la paroisse, le curé est déjà venu la voir parce qu'y en avait entendu parler, pis v'là rend que j'ai un Enfant Jésus géant! J'ai essayé d'éloigner ses parents, les berges, les moutons, j'les ai placés plus loin mais ça change rien, y est toujours trop gros! C't'année, la Sainte Vierge a mis au monde un éléphant!"

Après Bonbons assortis en 2002, Michel Tremblay, prolifique auteur québécois, nous livre ici une nouvelle fournée de ses souvenirs d'enfance où la tendresse pour sa famille se mêle à un humour délicieux fait de mots d'enfants savoureux et de considérations pour le moins amusantes non dénuées de profondeur.

On s'amusera donc à la lecture de ce gentil livre qui joue sur la nostalgie d'une vie de famille où l'enfant veut mener sa propre existence et échaffauder ses propres théories, souvent innocentes, conduire sa propre expérience, FATet se confronte au monde des adultes, parfois moqueurs. Cerise sur le gâteau, la langue - le joual - donne une saveur particulière à ces courts chapitres que l'auteur sait conclure de chutes savamment mises en mot.

"C'est pas que j'aime mieux la télévision anglaise, c'est juste que le lundi soir à huit heures, quant ton père travaille la nuit pis qu'y est pas là pour insister pour qu'on regarde Les belles histoires du pays d'en haut, j'aime mieux regarder Lucille Ball faire ses grimaces que Donalda laver son plancher en prenant des airs de martyre. Lucy, a' me fait rire. Donalda, a' m'énarve! Entre les deux, à huit heures du soir le lundi, j'aime mieux la comique! (...) De toute façon, même au radio a' m'énervait. J'te dis que si ton père avait essayé de me nourrir à la galette de sarrasin pis à la mélasse, au débit de notre mariage, y aurait passé par là! Voyons donc! Comme si ça avait de l'allure! A' travaille comme douze, a'l' a toujours le toupet mouillé dans le front tellement a' se démène, pis est nourrie juste à la galette de sarrasin pis à la mélasse? Dans la vraie vie a' survivrait pas deux mois!"

On pourra repprocher à Michel Tremblay de vouloir rester enfant, sauf que son oeuvre montre bien que ses souvenirs d'antan ne sont pas les seuls sujets de sa production. Un tantinet larme à l'oeil - pour la bonne cause, un rien de bons sentiments, beaucoup de sourires et pas mal de rires attendent le lecteur de ces Conversations avec une enfant curieux qui confirment le talent de Michel Tremblay pour mettre en mots l'enfance et ses mystères.

"Des mystères, c'est pas fait pour être compris, Michel, c'est fait pour... pour être mystérieux!"