AFFICHELa française et l'amour - Henri Decoin / Jean Delannoy / Michel Boisrond / René Clair / Henri Verneuil / Christian-Jaque / Jean-Paul Le Chasnois (1960), avec Jacqueline Porel (Madame Bazouche), Sophie Desmarets (Lucienne Martin), Pierre Mondy (Edouard Martin), Valérie Lagrange (Ginette), Marie-José Nat (Line, la jeune mariée), Claude Rich (Charles, le jeune marié), Dany Robin (Nicole, la femme adultère), Paul Meurisse (Jean-Claude, le mari de Nicole), Jean-Paul Belmondo (Gilles, le séducteur), Annie Girardot (Danielle, la divorcée), François Périer (Michel, le divorcé), Denise Grey (La mère de Danielle), Martine Carol (Eliane Girard), Silvia Montfort (Gilberte), Suzanne Nivette (Mademoiselle Mangebois), Robert Lamoureux (Désiré, le séducteur coupable), Darry Cowl (Monsieur Dufieux, enseignant), Simone Renant (L'avocate de Désiré), Annie Sinigalia (Bichette Martin), Paulette Dubost (Madame Tronche), Micheline Dax (Mademoiselle Lulu, la demoiselle du trottoir), Noël Roquevert (Colonel Chappe), Roger Pierre (Le prince charmant de Bichette), Jean Poiret (L'avoué de Michel), Michel Serrault (L'avoué de Danielle), Francis Blanche (Marceroux, l'avocat ami de Danielle et Michel), Yves Robert (Le voyageur à moustache), Jacques Duby (Victor), Pierre-Jean Vaillard (Monsieur Bazouche), Pierre Michael (François, le fiancé de Ginette), François Nocher (Jacques, le bon-ami de Bichette), Simone Paris (La mondaine, amie de Lucienne), Jean Desailly (Le speaker à la radio), Claude Piéplu (Berton-Marsac, le fabriquant de la savonnette qui sent le savon), Nicole Cholet (La mère de Ginette), Jacques Fabri (Le porteur de la  SNCF), Jacques Marin (Le contrôleur de la SNCF), Liliane Patrick (La voyageuse à la cigarette), Albert Michel (Le curé dans le train), Alfred Adam (L'ami de Michel), Georges Chamarat (Le juge de conciliation), Jacques Bernard (Le narrateur)...

La femme des années 1960. La femme et la statistique!... C'est ce qui semble déterminer le comporterment de six jolis filles de la France gaullienne, allant du sexe à l'abstinence, de la séduction aux provocations, du mariage au divorce. Ainsi Gisèle Bazouche qui veut savoir comment on fait les enfants, Bichette Martin qui vit son adolescence en bikini, NATGinette une jeune fiancée qui remet en question sa résolution de ne pas coucher avant le mariage, Line qui vient d'épouser Charles et voyage en train, Nicole qui s'interroge sur sa capacité à l'adultère, Danielle et Michel qui veulent divorcer à l'amiable malgré leurs avocats, et enfin Eliane, Gilberte et mademoiselle Mangebois victiment d'un séducteur professionnel, Désiré...

Long film de 2h15, La Française et l'amour est avant tout une comédie à sketchs dont la distribution compte ce qu'il a de meilleur dans le cinéma français de l'époque: Annie Girardot, Martine Carol, Denise Grey, Micheline Dax, Jean-Paul Belmondo, Claude Rich, Paul Meurisse, Darry Cowl, Roger Pierre, Yves Robert, Jean Poiret, Michel Serrault, Pierre Mondy et Claude Piéplu, pour ne parler que de ceux encore célèbres de nos jours.

Non moins célèbres, cinq des six metteurs en scène qui participent à cette expérience, doublés pour beaucoup de scénaristes hors-pair: Henri Decoin (L'enfance) à qui l'ont doit notamment La vérité sur Bébé Donge ou Abus de confiance, Jean Delannoy (L'adolescence) célèbre, entre autre, pour ses adaptations de Maigret, René Clair (Le mariage) à qui l'ont doit A nous la liberté ou Les grandes manoeuvres, Henri Verneuil (L'adultère) qui signa La vache et le prisonnier, Le Président, Mélodie en sous-sol ou encore Un singe en hiver, Chritian-Jaque (Le divorce) fameux pour L'assassinat du Père Noël ou Les disparus de Saint-Agil, et enfin Jean-Paul Le Chanois (La femme seule) dont l'adaptation des Misérables avec Jean Gabin est restée dans les mémoires. Tous ceux-là flanqués de l'académicien Félicien Marceau (L'enfance), Louise de Villemorin (L'adolescence), France Roche et Michel Audiard (L'adultère), Charles Spaak (Le divorce) et Marcel Aymé (Le femme seule) sur des musiques de Paul Misraki, Jean Constantin et Georges Delerue.

De la belle ouvrage donc que cette Française et l'amour, évocation à plusieurs mains de la femme, depuis la petite fille jusqu'à la femme faite, face à la séduction et à ses désirs. GIRARDOTMais il ne suffit pas de donner le casting et l'équipe technique des six sketchs qui composent l'oeuvre pour confirmer que l'ensemble est appréciable, distrayant et touchant. Il faut s'attarder sur chacun d'entre eux pour décliner comment, avec humour et légèreté, chacun des segments compose un ensemble harmonieux qui appelle à la détente et, souvent, au rire.

Ainsi l'aventure des Bazouche, qui ne savent comment expliquer à leur petite Gisèle comment sont conçus les enfants: peur des complexes, peur de choquer, souci d'en faire une femme honnête. Le ton est donné: en 1960, la fillette grandit dans une société qui est encore très marquée par la morale bourgeoise et catholique. Ce préambule rigolo prépare l'aventure de Bichette Martin, scénario pour le coup assez osé et loin d'être pudibond: Louise de Villemorin n'hésite pas à nous montrer une adolescente de 16 ans en bikini, perméable aux provocations de la rue (magazines de charme, couples qui flirtent) et des arts (statues nues), qui aime embrasser son ami Jacques et pas que lui, finalement. Petite perverse, rouée et calculatrice: très drôle et plutôt piquante, cette évocation de l'adolescence faussement sage, à la barbe des parents, trempe sans vergogne dans l'irrévérence, et on en redemande!

Plus tendre et plus poétique, La virginité fait tomber la pression et reste assez sage, moral, sans pour autant éviter la question de la jeune fille et du sexe. Quant au segment sur le mariage, il est sans doute le plus faible de l'ensemble, MEURISSEreposant sur un comique certes distrayant mais qui ne comble pas la facilité du scenario, en dépit du jeu talentueux de Claude Rich et d'une Marie-José Nat belle comme un coeur.

Avec L'adultère, c'est autre chose. Le plat est relevé d'un humour ravageur, épicé des dialogues de Michel Audiard qui sont, dans les bouches de Paul Meurisse et Jean-Paul Belmondo, comme des bijoux au service d'une histoire signée France Roche. Ce jeu de séduction entre une femme mariée et un faux débutant nous donne à jouir d'un Paul Meurisse excellent en balourd manipulateur et s'achève sur une note cocace fort agréable. On se réjouira tout autant du Divorce que Charles Spaak a brossé avec grand talent, tableau vraiment amusant où Denise Grey est plus que parfaite, où Annie Girardot brille, et dont le rythme n'a d'égal que l'originalité du scénario. Clou de ce film, La femme seule où l'on reconnaît la patte moqueuse de Marcel Aymé et achève d'une note aimable un film déjà bien troussé.

Réussite donc pour ce film choral qui est autant un divertissement aimable qu'un regard sympathique mais néanmoins moqueur sur la société française des années 1960 naissante: un rien hypocrite sur les choses du sexe, intensément bourgeoise et bien-pensante, du moins officiellement.

A découvrir!