AFFICHEUn drôle de dimanche - Marc Allégret (1958), avec Bourvil (Jean Brévent), Danièle Darrieux (Catherine Brévent), Arletty (Juliette Armier), Cathia Caro (Caroline Armier), Jean-Paul Belmondo (Patrick), Roger Hanin (Robert Sartori), Jean Wall (Le Président de l'agence), Jean Ozenne (Le représentant de Galbar), Colette Richard (Mireille, la secrétaire du Président), Jean Lefebvre (Le concierge), Fernand Sardou (Le gendarme), Jean Carmet (Le pompiste)...

1958 à Paris. Jean Brévent est publicitaire. Mais depuis quelques temps, il est en panne sèche côté inspiration, et ce n'est pas la ligne de vêtements pour hommes Galbar qui le sortira de ses difficultés créatrices. Logé chez mademoiselle Armier, Jean Brévent est un homme brisé: cinq ans auparavant, lors d'une soirée entre amis, sa femme Catherine l'a abandonné. Mais aujourd'hui, alors qu'il circule dans Paris, il croise la route de Catherine qui est en France pour le week-end. Jean découvre alors qu'elle l'avait quitté pour un copain de régiment, Robert Sartori. Décidé à tuer celle qu'il aime toujours, Jean propose à Catherine de divorcer et l'invite à en discuter à la campagne...

Bon petit film de la fin des années 1950, Un drôle de dimanche brille plus pour son casting que pour son audace de caméra. Ceci étant dit, regardons de près qui se croise dans ce récit d'apparence facile où les acteurs se révèlent touchants: Bourvil, impécable; Darrieux, majestueuse et juste; Arletty, efficace, tout en gouaille légendaire et en gentillesse désintéressée; Belmondo, quasiment à ses débuts, drôle et beau; Hanin, égal à lui-même, c'est-à-dire parfaitement à sa place; ARLETTY BOURVILCarmet et Lefebvre, lunaires à souhait, et l'enesmble  sur une musique de Paul Misraki tout en jazzy fifties.

En fait, ce drôle de dimanche n'est pas drôle du tout, il est même plutôt grave. Cette journée d'un homme désemparé devant ses sentiments, devant la futilité de sa femme, toujours belle et rayonnante, devant le vide de sa propre vie, est la permanente oscillation d'un mari entre le vouloir et le pouvoir: épater son ex, lui montrer que sans elle il a fait son chemin, lui prouver que les défauts qu'elle avait pu lui reprocher sont évanouis... ou se faire mielleux et bonace, ami-ami avec le nouveau jules de sa femme, et éliminer l'infidèle pour lui crier que l'amour ne se partage pas.

Jean Brévent, c'est l'ancien militaire, celui qui a fait le Tchad, le Sahara, l'Italie puis la campagne de France jusqu'à août 1944, la Libération, période où il rencontre une jolie pharmacienne, Catherine. Catherine Brévent, c'est la petite bourgeoise excessivement femme - la femme des années 1950 - qui déteste la médiocrité (parce que la médiocrité tue tout), qui aime l'argent, être belle, désirée et regardée car elle sait qu'au fond elle n'aura jamais la liberté dont jouit l'homme des années 1950; alors Catherine compense.

Jean et Catherine, c'est l'histoire d'une incompréhension. Elle le quitte quand elle prend 30 ans par peur de n'avoir rien vu ni vécu au jour où elle sera vieille et laide. Elle veut du neuf, du fou... Jean est un homme de confort et d'économie. ARLETTY DARRIEUXBref, ces deux là s'aiment mais ne se comprennent pas.

Voilà pour le fond. Dans ce terreau déjà sombre, Marc Allégret cultive une histoire non pas comique comme on pourrait le croire, mais fragile et triste. Et c'est ici que Bourvil étonne le plus, même si depuis longtemps l'on sait que le comédien n"était pas doué que pour camper les benêts bonaces. Non! Drôle, triste, grave, sérieux, touchant... Bourvil réussit le pari d'être tout cela à la fois, d'être l'homme qui souffre en permanence, qui fait rire parce qu'il a envie de pleurer, qui aide les autres parce qu'il ne sait pas comment s'aider lui-même, qui aime parce qu'on ne l'aime plus.

Film gentil à voir en famille, Un drôle de dimanche est, malgré une réalisation sans relief, un bon moment de cinéma.