DVDLe talentueux M. Ripley - Anthony Minghella (1999), avec Matt Damon (Thomas 'Tom' Ripley), Gwyneth Paltrow (Marge Sherwood), Jude Law (Herbert Jr 'Dickie' Greenleaf), Cate Blanchett (Meredith Logue), Philippe Seymour Hoffman (Freddie Miles), Jack Davenport (Peter Smith-Kingsley), James Rebhorn (Herbert Greenleaf), Sergio Rubini (Inspecteur Roverini)...

New-York, à la fin des années 1950. Thomas Ripley, jeune homme timide, participe à une réception donnée sur la terrasse d'un appartement de l'Upper East Side. En réalité, Ripley n'est pas un WASP de Central Park, il est pianiste amateur, employé dans un Concert Hall, et vit modestement dans Meatpacking District. Seulement, Thomas a un rêve: être quelqu'un. Et quand on veut être quelqu'un dans la bonne société américaine, il faut un nom et un compte-en-banque. Ce jour-là, le richissime Herbert Greenleaf lui confie une mission consolidée de 1 000 dollars: partir pour l'Italie et ramener son fils Dickie qui mène une vie dissolue. Pris par mégarde pour un ancien camarade "princetonien" de Greenleaf Junior, Ripley débarque à Mongi, dans la baie de Naples, et retrouve Dickie en compagnie de sa petite-amie Marge. Immédiatement, Dickie prend Ripley en amitié; immédiatement, Ripley prend Dickie en admiration...

Film qui fit sensation en 1999-2000 pour ses sous-entendus homosexuels évidents, Le talentueux M. Ripley est tiré d'un thriller de Patricia Highsmith, auteur très souvent adaptée au cinéma par des pointures tels Alfred Hitchcock, Wim Wenders ou encore Claude Chabrol. De l'intrigue, on ne dira que quelques mots, élogieux, forcément élogieux, car le polar de Highsmith réserve pas mal de rebondissements savoureux le tout cuisiné dans une ambiance épaisse de faux-semblants, de tentations, de mensonges et de menaces. DUO 1Un régal!

De la forme, on soulignera la partition musicale particulièrement léchée, signée Gabriel Yared, un habitué des fims d'Anthony Minghella et qui a travaillé avec, excusez du peu, Xavier Dolan, Jean-Paul Rappeneau, Jean-Jacques Annaud, Jean-Pierre Mocky, Robert Altman, Costa-Gavras, Jean-Luc Godard pour ne citer que ceux-là. Donc une ambiance feutrée dans une Italie lumineuse sous le soleil d'automne parfaitement rendue dans ses parfums: l'air salin, les agrumes, les fontaines aux eaux bruissantes, les beaux appartements aux senteurs de riches étoffes et parfums confortables etc. etc.

De la lecture homosexuelle de la relation Tom/Dickie, il serait difficile de n'en rien dire. Si Patricia Highsmith a toujours entretenu le mystère sur l'orientation sexuelle de son héros (Thomas Ripley se retrouve dans plusieurs de ses oeuvres), le réalisateur américain la souligne pour mieux la déjouer. En effet, si dans le roman Marge soupçonne Ripley d'avoir du désir pour Dickie et manifeste sa jalousie, il n'en est rien dans l'adaptation de Minghella: la relation trouble entre les deux garçons est une affaire de garçons. Les autres personnages de ce genre sont tout aussi sur le fil: Freddie et ses manières un tantinet soulignées, Peter et son désir à peine dissimulé de faire de Ripley son compagnon. Ajoutons à cela une ambiance ouvertement érotique où les femmes ne jouent aucun rôle: corps masculins très présents (des torses, des maillots de bain sans pudeur, une pilosité assumée), un Dickie souvent nu ou presque, carré, bronzé et dessiné, un Ripley imberbe et lisse... et le point d'orgue dans une scène de baignoire assez déroutante.

Pourquoi tout cela, demanderez-vous? Tout simplement, m'est avis, parce que Tom Ripley, dans la lecture fin du XXe siècle qu'en fait DUO 2Minghella, est un opportuniste qui a compris que pour faire sa place dans le monde, lui qui n'a ni nom ni fortune, il lui faut séduire ce Dickie vaniteux issu de l'élite, cet être dont le plus gros défaut est d'avoir une vie facile, spontanée bien que superficielle: séduire, plaire et devenir un élément de trouble pour ce personnage dont il rêve d'avoir la vie ou du moins d'en partager le confort matériel.

Mais alors, où est le thriller là-dedans? Il y a bien du sang et des morts autour de ce Talentueux M. Ripley - charge à vous d'aller y voir - mais on se demande si finalement, Thomas a prémédité tout cela, s'il avait calculé ses actes et réfléchi à ses actions. Pour Minghella, la réponse est clairement négative, alors qu'elle était positive chez Highsmith.

N'en demeure pas moins un film plutôt prenant et très bien composé, sensible tout autant que pervers mais bien moins sombre et tourmenté que ce qu'aurait pu en faire un Hitchock ou un Chabrol. Une réussite, donc, mais qui déstabilisera les amateurs du roman originel ou de l'adaptation française avec Alain Delon, plus sadique.

Talentueux, tendre, beau et mystérieux, ce Thomas Ripley est un être double qui perd tellement pied qu'il en retombe toujours sur ses pattes, et c'est là qu'il nous bluffe le plus.

Un classique.