AFFICHEL'armée des ombres - Jean-Pierre Melville (1969), avec Lino Ventura (Philippe Gerbier), Simone Signoret (Mathilde), Paul Meurisse (Luc Jardie), Jean-Pierre Cassel (Jean-François Jardie), Paul Crauchet (Felix Lepercq), Christian Barbier (Guillaume Vermesch, dit Le bison), Claude Mann (Claude Ulmann, dit Le masque), Alain Libolt (Paul Dounat), Alain Decock (Legrain, le communiste), Serge Reggiani (Le coiffeur), Marco Perrin (Octave Bonnafous, un prisonnier), Hubert de Lapparent (Le pharmacien Aubert), André Dewavrin dit Colonel Passy (lui-même), Jeanne Pérez (Marie, la bonne), Nathalie Delon (La petite amie de Jean-François), Adrien Cayla-Legrand (Charles de Gaulle)...

Juin 1940, les troupes allemandes défilents place de l'Etoile et sur les Champs-Elysées. Deux ans et demi plus tard, un fourgon cellulaire conduit Philippe Gerbier dans un camp d'internement. Ingénieur soupçonné de sympathies communistes et de pensées gaullistes, Gerbier est un indésirable dans la France occupée. Livré à la Gestapo, Gerbier parvient à prendre la fuite et gagne Marseille où l'attendent les membres de son réseau de résistance. Reprenant son combat, Gerbier emploie les services du jeune Jardie qu'il présente à une parisienne, Mathilde...

Tiré d'un récit de Joseph Kessel, L'armée des ombres est un scenario auquel le cinéste Jean-Pierre Melville ajoute ses propres souvenirs de résistant, c'est-à-dire qu'il a connu directement cette époque et son ambiance, et qu'il sait merveilleusement en reconstituer l'ambiance. Jean-Pïerre Melville, lui-même résistant, n'hésite donc pas à faire de Luc Jardie une sorte de composite entre Pierre Brossolette (que Melville a connu) et Jean Moulin, de Mathilde un avatar de Lucie Aubrac.

Mais ce qui fait de L'armée des ombres un grand film captivant, c'est le style Melville que l'on retrouvera dans son film suivant, Le cercle rouge, à savoir son art du silence, des plans longs et posés, un certain rythme et une certaine couleur qui donnent une ambiance particulière: les personnages de Melville sont souvent des personnages rentrés et secrets, plus encore dans L'armée des ombres que pout tout autre film, sujet oblige. On ne partage pas les états d'âme des personnages de Melville, rarement en tout cas, sauf quand ils les verbalisent. Et c'est bien ce qui fait l'ambiance épaisse de L'armée des ombres: le silence qui est une règle et une sécurité pour les personnages, est un élément destabilisant pour le spectateur à qui échappe beaucoup d'explications. Anecdote significative: Simone Signoret demanda à l'assistant de Melville si Mathlide avait trahi ou non les membres de son réseau; SIGNORETla réponse fut: "c'est toi qui le sais"... Le traitement du sujet est d'ailleurs original, on passe d'un résistant à l'autre, chacun avec son histoire parce que les réseaux sont cloisonnés. Bref, L'armée des ombres est un film d'ambiance, une ambiance grave et froide.

Pour le reste, L'armée des ombres est un film sur la Résistance, des histoires de résistants avec son lot de trahison, d'exécutions, d'épuration des traitres, ses missions ses planques, ses débutants et ses vieux habitués, le tout sur fond de doute, de peur, de courage, d'arrestations et d'évasions... un film sur des lâches et des héros qui sont parfois les mêmes.

Mal reçu par la critique lors de sa sortie, L'armée des ombres souffre à l'époque de deux handicaps: très gaullien dans sa vision de la France résistante, il vient sur les écrans cinq mois après la démission de De Gaulle de la présidence de la République, en plein désamour post 1968 entre l'opinion et le Général; de plus, il est d'une facture très académique, ce qui ne manque pas d'attiser les sarcasmes des tenants de la Nouvelle Vague, François Truffaut en tête.

A découvrir.