AFFICHEMax et les ferrailleurs - Claude Sautet (1971), avec Michel Piccoli (Max, un policier de Paris), Romy Schneider (Lily, une prostituée), Georges Wilson (Le commissaire), Bernard Fresson (Abel Maresco), François Périer (Rosinsky, un policier de Nanterre), Boby Lapointe (P'tit Lu), Michel Creton (Robert Saidani), Henri-Jacques Huet (Dromadaire), Philippe Léotard (Inspecteur Losfeld), Dominique Zardi (Baraduch)...

Paris, au début des années 1970. Max est un policier intègre et intransigeant, ancien juge d'instruction écoeuré des complaisances concédées aux gros bonnets. Riche, il n'a qu'une occupation: traquer les malfaiteurs. Quant à son obsession, elle est simple: faire tomber les cerveaux plutôt que les lampistes. Mais il lui manque une occasion, un bon flagrant délit. C'est alors qu'il croise un ancien camarade, Abel, qui lui confie être à la tête d'une petite bande de demi-sels de Nanterre reconvertis en pilleurs de chantiers et trafiquants de métaux. Max tient enfin sa grande affaire: convaincre Abel de monter un hold-up dans une banque et les prendre sur le fait. Sans en référer à sa hierarchie, il monte son opération en se faisant passer pour un banquier auprès de la petite amie d'Abel, la magnifique Lily, une prostituée allemande, qui devient, à son insu, la pièce maîtresse du jeu d'échec de Max...

Cinquième film de Claude Sautet qui s'était tardivement mis à la réalisation sous l'influence de son ami Lino Ventura, Max et les ferrailleurs contient, a priori, tous les ingrédients du film policier noir que la France des années 1970 saura produire, en particulier avec des metteurs en scène comme Jean-Pierre Melville: esthétique glacée, ambiance sombre, intrigue tirée au cordeau et violence maîtrisée. Pourtant, le film de Sautet est bien plus que ça. A priori, l'argument est faible, tiré d'un roman de Claude Néron adapté par Jean-Loup Dabadie. Mais c'est justement toute la force de ce film allié au génial sens du découpage de Claude Sautet: faire petit à petit monter la pression, nous conduire sans jamais nous ennuyer dans une histoire intime et féroce.

Dans ce monde singulier du crime organisé, dans ce Paris des indics, des putes et des casses, DUOMax fait bande à part. Inflexible, apparemment incorruptible, il ne se mêle que du bout des gants à cette faune qui le rebute profondément. Malgré le charme pétillant de Lily, il reste au bord, à la marge, absent à tout, d'une froideur implacable... ou peu s'en faut. Comme ces objets de verre si purs et si parfaits qui se brisent au moindre choc sur leur point de faiblesse, Max est une fêlure d'amour propre dont le talon d'Achille s'appelle Lily. Manteau long, costume trois pièces, chapeau élégant, Max est dur, jusqu'auboutiste et même excessif en définitive, calculateur génial mais sans nuance qui s'attaque à bien plus faible que lui, ce gang de ferrailleurs composé de grands enfants, criminels sans beaucoup d'envergure et sans grand avenir.

Au milieu de tout ça, Lily. Beauté fatal qui renferme un coeur chaleureux, la jeune femme n'a qu'un désire: qu'on l'aime, qu'on la regarde, qu'on la traite simplement avec considération et amour. L'argent? D'accord, elle aime ça et c'est pour cela qu'elle se prostitue. Mais pour peu qu'elle puisse sortir de ce monde certes joyeux et spontané mais peu reluisant du crimé organisé et du pavé, Lily sait qu'elle s'attachera à l'homme qui saura l'accepter telle qu'elle est, comme une vraie nature. D'un côté la bande de copains, Abel et les clients; de l'autre le banquier qu'elle croit réel, un monde agréable et feutré, sans sexe ni violence, un monde facile où l'inquiétude du matériel s'est envolée mais où la joie de vivre a un goût un peu fade... ROMYNBA choisir, Lily ira au drame comme la chèvre au poteau attend le tigre qui la dévorera.

Claude Sauter réussit avec Max et les ferrailleurs à composer un film agréable et habile magnifiquement servi par un scenario captivant, un Michel Piccoli hypnotisant et une Romy Schneider irradiante. Préssentis au départ, Yves Montand et Alain Delon qui sortent du Cercle rouge de Melville ne peuvent accepter le rôle, l'un étant embarqué sur l'aventure de La folie des grandeurs de Oury, l'autre ayant accepté de tourner rien moins que quatre films dont un avec Simone Signoret. C'est donc Michel Piccoli qui avait tourné avec Claude Sautet un an auparavant Les choses de la vie qui hérite du rôle de Max, un rôle auquel il donne sa pleine mesure et pour lequel il semble être plus qu'inspiré.

Quant au personnage de Lily, si le réalisateur avait pensé à Marlène Jobert pour l'incarner, la jeune femme refuse tout net de jouer une prostituée. Catherine Deneuve hésite deux longs mois avant de se rétracter. C'est alors qu'il se tourne vers son héroîne des Choses de la vie, Romy Schneider. Celle-ci accepte sans avoir lu l'intégralité du scénario, avec l'enthousiasme qu'on lui devine, ce rôle qu'elle habite à la perfection. Car on le répétera sans s'en lasser, Romy Schneider était de ces comédiennes plus que brillantes dont chaque prestation nous coupe le souffle. Belle comme jamais, ou plus justement belle comme elle le fût dans chacun de ses films, la comédienne est ici sublimée par son rôle. Physiquement irréprochable, Romy Schneider est une fois encore, comme elle le fut souvent avec Claude Sautet, comme elle le fut toujours, au sommet de son art, capable de faire passer des émotions avec l'aisance de son talent et la grâce merveilleuse de sa resplandissante beauté.

Pour Romy, pour Piccoli, pour Sautet, pour le scenario... Max et les ferrailleurs est un film majuscule, une concentration de virtuoses.