AFFICHEMaigret voit rouge- Gilles Grangier (1963), avec Jean Gabin (Commissaire divisionnaire Jules Maigret), Françoise Fabian (Lily), Michel Constantin (Cicéro), Vittorio Sapinoli (Pozzo), Edward Meeks (Bill Larner), Paul Frankeur (Commissaire Bonfils), Guy Decomble (Inspecteur Lognon), Paulette Dubost (La patronne de l'hôtel), Laurence Badie (Lucienne), Marcel Bozuffi (Inspecteur Torrence), Armontel (Docteur Fezin), Jacques Dynam (Inspecteur Lucas), Harry Max (Curtis), Albert Michel (le concierge)...

Paris, Xe arrondissement, dans les années 1960. Un inconnu est blessé au cours d'une agression menée par des automobilistes. L'inspecteur Lognon, qui passait par hasard, tente de rattraper les fuyards, en vain, mais lorsqu'il revient près de la victime, celle-ci a disparu. Conduit par son enquête de proximité dans un bar du XVIIe arrondissement, il interroge Pozzo, le patron. Mais lorsqu'il quitte l'établissement, Lognon est enlevé et sévèrement passé à tabac. Le divisionnaire Maigret décide alors de prendre l'affaire en main...

Réalisé par Gilles Grangier, cette aventure  tirée du roman de Simenon Maigret, Lognon et les gangsters est d'un ton très différent de Maigret tend un piège et Maigret et l'affaire Saint-Fiacre, réalisés en 1958 et 1959 par Jean Delannoy. L'histoire est avant tout un polar basé sur une affaire obscure de trafic international, d'espionnage et de gang d'émigrés italo-américains en relation avec des personnages haut placés de l'administration américaine.

Neuvième film du réalisateur avec Jean Gabin, Maigret voit rouge évite la légèreté et les effets comiques de certains films comme Le cave se rebiffe ou encore Le gentleman d'Epsom. Volontairement grave, la patte de Gilles Grangier que l'on retrouve déjà dans Gas-Oil ou Le rouge est mis se ressent tout particlièrement dans ce film dur, froid et feutré.

Contrairement aux deux précédents Maigret signés Delannoy, il n'y a pas dans celui-ci de dialogues signés Michel Audiard qui viendraient nuancer la noirceur de l'ensemble. Sombre et dur, le film est à l'image du milieu dans lequel il évolue, un monde de gangsters sans scrupule, un milieu étranger aux habitudes criminels bien françaises du Milieu et des bas-fonds, en quelque sorte, une plongée pour Maigret dans un domaine qui le dépasse presque et dont il n'a pas les clefs.

Jean Gabin semble par ailleurs assez fatigué dans cet opus, cela est visible tant physiquement que dans la nature de son jeu, pour le coup très en dessous de ses performances habituelles. Il faut préciser, toutefois, que le film est tourné à une période difficile pour le comédien. En proie à la colère paysanne qui a tenu le siège de sa propriété normande pour manifester contre les difficultés du monde agricole, Jean Gabin doit aussi faire avec un revers de popularité marqué par l'échec commercial du film Le gentleman d'Epsom en 1962 et qui est quasiment passé inaperçu auprès du public.

Film à l'ambiance nocturne très bien travaillée, Maigret voit rouge manque, toutefois, du souffle qui fait les grands films noirs à la française, comme La vérité sur bébé Donge ou Maigret tend un piège et reste, comparé à l'ensemble des grands films de style français et de la carrière, tant de Gabin que de Grangier, un  film mineur.

Fameux mais pas le meilleur.