AFFICHELa métamorphose des cloportes - Pierre Granier-Deferre (1965), avec Lino Ventura (Alphonse Maréchal, dit Le malin), Charles Aznavour (Edmond, dit Le naïf), Pierre Brasseur (Démuldère, dit Tonton le brocanteur), Irina Demick (Catherine Verdier), Georges Géret (Rouquemoute, dit Le Rouquin), Maurice Biraud (Arthur, dit Le mou), Françoise Rosay (Gertrude), Daniel Ceccaldi (Inspecteur Lescure), Annie Fratellini (Léone, la gagneuse de Rouquemoute), Georges Chamarat (Clancul), Jean Carmet (Un critique d'art), Michel Dupleix (Un maître d'hôtel)...

Paris, fin 1959. Arthur et Rouquemoutte préparent un gros coup avec la complicité d'Edmond, un petit sec un rien teigneux: la cambriole d'un coffre fort dans une boutique. Mais l'opération nécessite du matériel que Gertrude accepte de céder moyennant une large avance. Afin d'obtenir les fonds nécessaires, Edmond décide de convaincre son vieil ami, Alphonse, un caïd du Milieu qui "enjambe les dames au Claridge et les goinfre chez Lasserre", de les aider. Alponse devient le cerveau de l'opération. Mais celle-ci tourne mal et, alors que les trois malfrats se font la malle, Le malin est arrêté et condamné. Début 1965, quand il sort de prison, il décide de retrouver les complices de l'opération qui ont, alors qu'il était aux mains de la police, pillé son appartement. Avec la complicité de Catherine Verdier, la compagne du recéleur Démuldère, il remonte la piste de ces cloportes devenus des nantis...

"Le quatuor, c'est une bonne formation pour orchestre, mais pour un braquage, c'est un peu trop."

Adapté du roman éponyme d'Alphonse Boudard, La métamorphose des cloportes est un film particulier dans la série de "parodies sérieuses" façon polar qui sortent en France dans les années 1960. Scénarisé par un spécialiste, Albert Simonin  - à qui l'on doit entre autre Touchez pas au grisbi, Le cave se rebiffe avec Jean Gabin, Grisbi or not grisbi (adapté sous le titre Les tontons flingueurs), Le gentleman d'Epson ou encore Un grand seigneur avec Louis de Funès - il est dialogué par Michel Audiard, ce qui lui confère un vernis parigot pas désagréable et plutôt léger.

Mais c'est la réalisation qui marque la singularité de ce film. En effet, Pierre Granier-Deferre signe ici son troisième film. Encore peu connu du public à cette époque, il le sera quelques années plus tard avec des pointures comme Gabin, Signoret, Delon et Dewaere en signant des monuments  du cinéma comme Le chat, La horse, La veuve Couderc ou encore Adieu poulet dont FAKIRil faut convenir que la légèreté de ton n'est pas la couleur la plus flagrante. L'ambiance de ces films est plutôt sérieuse, un rien désenchantée, tirant même au tragique et au drame.

Aussi, La métamorphose des cloportes suit-elle une double voie. Celle parodique d'un film noir jazzy avec belles pépées, trahison, mensonges et bons mots; autant que celle plus mélancolique d'un drame humain et personnelle, l'errance d'un homme abandonné qui, pour se reconstruire, ne peut compter que sur son désir de vengeance et sa volonté de justice, une justice qu'il a apprise dans le Milieu.

Flanqué d'une délicieuse Françoise Rosay qui tient un rôle similaire de celui qu'elle tenait dans Le cave se rebiffe, Lino Ventura donne dans le rôle mi-comique mi-sérieux qu'il campe avec brio, déjà éloigné des malfrats effrayants de ses débuts ou des policiers sanguins, pas encore arrivé à l'épaisseur des vieux loups taciturnes et mafiants qu'il incarnera dans les années 1970 et 1980.

Autour de lui, des comédiens de grand talent, Charles Aznavour en tête, et un Pierre Brasseur succulent.

Indémodable!