GENDARMELe gendarme... - suite cinématographique de Jean Girault (1964-1982), avec Louis de Funès (Maréchal des Logis-Chef Ludovic Cruchot), Geneviève Grad (Nicole Cruchot 1964-1968), Claude Gensac (Josépha Lefrançois 1968, puis Josépha Cruchot 1970 et 1982), Maria Mauban (Josépha Cruchot 1979), Michel Galabru (Adjudant Alphonse Gerbert 1964 et 1982, Jérôme Gerbert 1965-1979), Jean Lefebvre (Lucien Fougasse 1964-1970), Christian Marin (Albert Merlot 1964-1970), Guy Grosso (Gaston Tricard 1964-1970), Michel Modo (Jules Berlicot 1964-1970),  Maurice Risch (Beaupied 1979-1982), Jean-Pierre Rambal (Taupin 1979), Patrick Préjean (Perlin 1982), Nicole Vervil (Cécilia Gerbert 1964-1965, Gilberte Gerbert 1968), Micheline Bourday (Simone Gerbert 1979, Germaine Gerbert 1982), France Rumilly (Soeur puis Mère Clothilde), Yves Vincent (le Colonel 1968-1970), Jacques François (Le Colonel 1979-1982), Dominique Davray (La professeur de danse 1968, la soeur forte 1970), Claude Piéplu (André-Hugues Boisselier 1964), Maria Pacôme (Emilie Lareine-Leroy 1964), Patrice Laffont (Jean-Luc 1964), Daniel Cauchy (Richard 1964), Fernand Sardou (Le paysan faisant la sieste 1964), Jean Droze (Lucas 1964, un gendarme italien 1965), Alan Scott (Franck Davis 1965), Dominique Zardi (Un gendarme italien 1965, un candidat à l'examen 1968, le braconnier 1970), Pierre Repp (Le pompiste 1979, La victime du voleur 1982), Jean-Pierre Bertrand (Un ami de Nicole 1965), Pierre Tornade (Le médecin de bord 1965), Viviane Méry (La dame du YWCA 1965), Mario David (Frédo le boucher 1968, le voleur de bidon d'huile 1979), Nicole Garcia (La jeune fille à la contravention 1968), Bernard Lavalette (Le professeur de danse 1968), Rudy Lenoir (Un candidat à l'examen), NICOLEPaul Préboist (Le palfrenier 1970), Paul Mercey (Le curé 1970), Cris Georgiodanis (James, le majordome 1970), Jean-Roger Caussimon (L'évêque 1979), Lambert Wilson (Un extraterrestre 1979), Henri Genès (Le propriétaire du Cabanon 1979), Babeth Etienne (Marianne Bennet 1982), Nicaise Jean-Louis (Yo Macumba 1982), Catherine Serre (Christine Roncourt 1982), Sophie Michaud (Isabelle Leroy 1982), Jean-Louis Richard (Le cerveau 1982), Max Montavon (Le pharmacien 1982)...

On dit souvent que le cinéma est le regard porté sur un moment d'une société donnée. Le cinéma populaire n'échappe pas à la règle, dans la mesure où il s'inspire voire s'empare, de façon immédiate et instantanée, des codes en vogue au moment de sa réalisation. Parfois la chose est visible en surface, d'autres fois elle baigne l'oeuvre totalement et y donne une saveur qui dépasse l'intrigue du film même.

La série comique du Gendarme avec Louis de Funès n'échappe pas à ce principe, elle est même un exemple assez rare dans le cinéma français d'une suite NEWYORKde photographies de la société moyenne des années 1960, 1970 et 1980.

Tout commence en 1964 par Le gendarme de Saint-Tropez. Le Maréchal des logis Ludovic Cruchot, militaire zélé qui ne connaît que l'ordre et le respect de l'ordre, est nommé à la brigade de Saint-Tropez avec un grade supplémentaire. Il y découvre un groupe de gendarmes un peu pépères et surtout ayant adopté le mode de vie de cette bourgade encore peu mondaine: soleil, plage, pèche, sieste et pastaga.

Ce premier opus, à la base destiné à être un exemplaire unique, fait la part belle à la France de l'expansion, la France de De Gaulle et Pompidou, remise de la guerre d'Algérie, en plein essor économique. Il fait surtout une grande place à la jeunesse, groupe social objet de toutes les convoitises à cette époque, cible de la consommation à tout crin et aspirant à remuer la vieille société de papa. Ainsi y retrouve-on la bande des "copains" que chantait Françoise Hardy en 1962 - le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure. Les dancings, l'illusion de la jeunesse qui durera toujours, les quatre-cents coups etc. Face à cela, le sens de l'honneur,  la moralité est incarnée par les adultes et pas n'importe lesquels. JOSEPHAIl y a bien des adultes un peu fantasques dans ce film, mais il y a surtout les adultes-parents, et ceux là, ce sont les gendarmes, Cruchot en tête: il n'y a pas que les craintes vis-à-vis de la jeune Nicole qui les préoccupent, il y a aussi l'extension de l'immoralité, en l'espèce les nudistes qui envahissent les plages. 1964, la France est partagée entre deux visions de la société, entre deux âges, entre deux façon d'envisager l'avenir.

1965, la brigade de Saint-Tropez est envoyée à New-York pour y représenter la France au congrès mondial de gendarmerie (sic!). Grâce au zèle de Cruchot, la méthode d'arrestation des nudistes mise en oeuvre pendant l'été 1964 leur a ouvert les portes du nouveau monde. MARIEMais la jeune Nicole a elle aussi bien envie de connaître l'Amérique, elle embarque comme passager clandestin pour le plus grand malheur de son père.

Cette fois-ci, le contenu social du film est plus facile à identifier: en pleine vague "US go home!", en pleine année d'élection présidentielle, Le gendarme à New-York, sous des dehors de grosse farce montre bien le fossé entre la société franchouillarde héritée de la France gaulliste et cette nouvelle frontière, plus à l'ouest, qui séduit les jeunes et les classes moyennes. De là, la vision étourdissante de New-York que développe le film: ça court, ça fait du bruit, ça éclate de couleur, de musique... dans cette ville où la mixité ethnique est comme une marque de fabrique, nos Français (Nicole mise à part) se réfugient dans les valeurs sûres: camembert, frites, chants patriotiques... avant de s'essayer à diverses activités typiquement américaines, en tout cas à l'époque. Deux mondes face à face.

Trois ans plus tard, la série semble faire une pause. 1968 est l'année de sortie de ce qui est considéré par les amateurs comme le meilleur opus du cycle. Le gendarme se marie laisse entrer une histoire d'amour dans la mécanique ordinaire des films qui reposait sur la confrontation de deux modes de vie opposés. Hors la folie des vacances et de la vitesse indiquant qu'on est bien au tournant de la décennie et que la France a pris le virage de la société de consommation,BALADE le film est l'exception qui confirme ce post. Truffé de bons gags, accompagné d'une musique plus que réussie (sans doute la seule véritable expression contemporaine dans ce film), servi par un casting bien trouvé, Le gendarme se marie est avant tout un film d'intimité et de pouvoir, jouant sur la jalousie et l'ambition.

1970, Cruchot et ses camarades sont mis à la retraite. Catastrophe pour celui qui vouait sa vie à la gendarmerie et au service du droit et de l'ordre. Avec Le gendarme en balade, c'est la société pompidolienne dans toute sa splendeur qui éclate de couleurs et de rythme. Quittant le mode de vie bourgeois dans lequel la retraite l'avait installé, Cruchot part au secours de Fougasse, devenu amnésique, et se retrouve emporté dans une histoire abracadabrante. La société post-soixante-huitarde dans toute sa splendeur prend alors le pas sur la vieille france gaullienne maintenant dépassés: hippies, musique baba, jeunes loups aux dents longues, menace nucléaire.

Le temps d'une longue pause médicale et Louis de Funés revient à la série des gendarmes. Mais cette fois, neuf années se sont écoulées et la France de Giscard n'a plus rien à voir avec celle de De Gaulle. Dans Le gendarme et les extraterrestres, film hautement intellectuel, outre l'omniprésence de la haute technologie et de l'espace (re sic!) babac'est l'imagerie des années 1970 qui s'invite à longueur de film: publicités à gogos, consumérisme, jeux débilisants et surtout des corps... des femmes, ses seins, des croupes! L'explosion sexuelle des années 1970 concentrée comme décors à ce film riche en rebondissements: un signe des temps.

Enfin, Le gendarme et les gendarmettes, en 1982, évoque cette France du changement et le début de l'ère Mitterrand. Le changement, dans cet opus médiocre, c'est la mixité dans les rangs de la gendarmerie, mixité sexuelle mais aussi ethnique - ce qui vaut deux ou trois réflexions racistes dans le dialogue. Dans cette France qui tend à la parité, à vouloir que les femmes jouent à armes égales avec les hommes, Cruchot et ses acolytes y perdent d'avord leur latin, parfois le sens, et au final doivent se faire une raison.