CERCLELe cercle rouge  - Jean-Pierre Melville (1970), avec André Bourvil (Comissaire Mattéi), Alain Delon (Corey), Yves Montand (Jansen), Gian Maria Volonte (Vogel), François Perrier (Santi), Paul Crauchet (le recéleur)...

"Les hommes sont tous coupables, il n'y a pas d'innocents. Même les policiers? Tous."

France, 1970. Le commissaire Mattéi escorte le repris de justice Vogel dans le train qui le conduit vers Paris. Mais celui-ci parvient à lui fausser compagnie à la première occasion. En fuite, il tombe sur Corey, un ex taulard qui vient d'être libéré de la prison de Marseilles et qui remonte aussi sur la capitale. Ce que Vogel ignore, c'est que Corey a quelques comptes à régler avec le milieu parisien, en particulier Santi, un tenancier mêlé à diverses affaires d'argent et de moeurs. Ce que tout le monde ignore également, c'est que Corey, renseigné par le gardien de prison de Marseilles, est sur un coup fabuleux: un casse chez Mauboussin, place Vendôme. Pour ce faire, il a besoin d'un homme d'élite, et c'est Vogel qui le lui présente: Jansen, un ancien policier dépressif, psychotique et alcoolique. Au jour dit, inexorablement, Mattéi, Vogel, Corey et Jansen vont se retrouver dans le cercle rouge, là où les chemins convergent, là où les destins se nouent et se jouent.

Initialement prévu pour Alain Delon, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo et Paul Meurisse, Le cercle rouge est de ces films mythiques finalement peu connus du public actuel. Et pour cause: 120 minutes de film lent, silencieux, à l'ambiance épaisse, poisseuse et triste, presque terne. Mais quelle réussite! Tenu en haleine pendant toute l'oeuvre, le public ne peut se détacher de ce drame humain dont le hasard semble tenir les fils mais qui, finalement, n'est autre que le fruit de la fatalité. Ce qui doit arriver, doit arriver et à ce niveau là, Corey, Jansen, Mattéi et Vogel ne sont que les pions, pièces maîtresses certes, d'une martingale dont ils ne possèdent aucune des règles et qui les conduit à tout coup à leur perte.

Si le film se déroule essentiellement de nuit (ou au petit jour, au crépuscule), c'est pour rendre son ambiance encore plus pesante: BOURVILle silence, le calme apparent, la tension sous-jascente, les nerfs de tous qui se tendent et s'irritent. D'ailleurs, dans ce monde de malfrats, tout est silence, élypse et banalités. L'essentiel est de l'ordre de l'indicible. Alors que du côté de la justice et de la loi, on parle, on s'agite (sauf Mattéi) mais en vain. L'âme humaine révèle en définitive, à mesure qu'elle approche du cercle rouge, toute sa profondeur, toute son ambiguïté, ses maladresses, des drames, ses facettes et ses pesanteurs.

Insectes misérables sans cesse arrêtés dans leur tentative de vivre librement, les personnages du film sont les terribles incarnation de l'impuissance humaine face au destin. Si aux coups du sort ils entendent répondre par la rébellion, le maître du jeu - mais qui? - les remet bien vite à leur place.

Excellent rôle à contre-emploi pour Bourvil (hélas son dernier), Delon et Montand marmoréens au possible, Le cercle rouge, avec ses célèbres 23 minutes non-stop de séquence sans dialogue, n'est rien d'autre qu'un affreux jeu d'échec avec son roi protégé et à l'abri (Vogel), sa reine hypermobile (Corey), sa tour difficilement maîtrisable (Santi), son fou pris entre deux feux (Jansen) et son cavalier menaçant et changeant (Mattéi).

Majeur!