ALBUM02Where the oceans end - Cocoon (2010)

Ce n'est pas souvent que des musiciens contemporains - des chanteurs de variétés - font preuve d'un vrai sens du travail et d'une originalité assumée dans ce monde de production aseptisée, de déodorant musical (l'expression est attestée). Quand en plus ce groupe est français, oh! joie, ce n'est pas seulement un cocorico qu'il faut pousser mais un fort et gros "hourra!" ainsi qu'un tonnerre d'applaudissements et d'encouragements.

Cocoon, c'est un duo auvergnat de 26 et 27 ans qui s'est déjà illustré en 2007 grâce au très bel album My friends all died in a plane crash et avait créé l'événement grâce aux ritournelles de Chupee ou de On my way dont les média nous ont depuis bassiné les côtes.
Seulement, les compositions de Mark Daumail et Morgane Imbeaud ne se réduisent pas à ces plaisantes chansonnettes estampillées dîner-presque-parfait, pas-de-panique-au-jardin ou boisson-gazeuse-aux-fruits-mais-sans-calorie. cocoonIl y a un vrai talent de compositeur chez ces deux garnements et surtout, une précision de chirurgien dans l'utilisation méticuleuse et jamais superflue des instruments. Les auteurs eux-même se réfèrent volontiers à Eliott Smith pour décrire leur univers. Oui, en effet, encore qu'à mes oreilles ils ont une encore plus grande familiarité musicale avec des groupes d'Europe du nord, en tête Peter Von Poehl dont j'ai déjà parlé et même le regretté Girls in Hawaii.

Si l'on peut parler d'effets planants dans les compositions de Cocoon, il y est fort peu question de légèreté. La douceur y est reine, mais elle est plutôt le confort ronronnant d'une mélancolie à peine assoupie et qui ne demande qu'à germer. MarkDaumailEt puis, il y a cette force du duo. Rarement deux timbres de voix se sont mêlés avec autant de grâce et de complémentarité. Avec ce bagage artistique, rien d'étonnant que le groupe se soit déjà produit aux Etats-Unis, en Australie et en Allemagne.

Comme on aime bien mettre des étiquettes, Cocoon se classe dans le courant de la pop-folk, c'est à dire que sa musique s'inspire des musiques traditionnelles et des instruments classiques pour les transposer dans un univers moderne et feutré et surtout poétique. Ajoutons à cela que Mark Daumail s'est inspiré du film de Miyazaki Le voyage de Chihiro pour écrire ses textes, et l'on peut aisément comprendre dans quel univers particulier, singulier et remarquable, beau et inquiétant, baignent les deux larrons. "Je ne suis pas sorti pendant deux mois, j’ai éteint mon téléphone. Je suis resté dans mon appartement et j’ai écrit une histoire, qui a donné son concept à l’album." (Mark Daumail pour Les Inrocks, septembre 2010).

Alors pourquoi signer chez une major "universalement" connue? Pour se donner les moyens de travailler en toute liberté et d'enregistrer en Angleterre un second opus qui déjà est promis à un fort succès. COCOON05Ponctué par les magnifiques Sushi et I will be gone, Where the oceans end, dont la structure est vraiment différente de My friends all died in a plane crash se veut un conte écologique, l’histoire d’un garçon qui rencontre une baleine millénaire prénommée Yum Yum (miam miam) qui avale les cauchemars et les problèmes des gens pour recracher du bonheur. Elle l'emmène sur son dos, pour faire un voyage à travers les océans du monde entier... À la fin de ce voyage le garçon devient adulte.

Très réussi, cet album nous conduit dans un univers un rien celtisant - tant dans la couleur musicale de certaines chansons que dans le visuel de l'album - un monde à part qui prend naissance sur Panda Mountain (là où Mark et Morgane affirment être nés depuis qu'ils ont formé Cocoon) et s'échappe vers la nostalgie, la douleur amie, le regrets et une forme d'optimisme matiné de désenchantement. Quand le capitaine Némo rencontre Miyazaki, quand Moby Dick s'échappe avec Lewis Carroll... ou quand les mondes irlandais, bretons, anglais grandissent sous la pluie et le soleil de l'imaginaire, ils donnent naissance à Where the oceans end.

Le sens de l'harmonie n'est pas donné à tout le monde. Fort heureusement, Cocoon en a largement hérité.