FALBALASFalbalas - Jacques Becker (1945), avec Micheline Presle (Micheline Lafaurie), Raymond Rouleau (Philippe Clarence), Jean Chevrier (Daniel Rousseau), Gabrielle Dorziat (Madame Solange), Françoise Lugagne (Anne-Marie), Jeanne Fusier-Gir (Madame Paulette), Hélène Duc (une employée), robes de Rochas...

Philippe Clarence est un grand couturier parisien. A dire vrai, il est de ceux dont parle le tout-Paris, mais il est en panne d'inspiration pour lancer sa nouvelle collection de printemps (en plein mois de juin...) Son ami Daniel, fournisseur en soies lyonnaises, essaye de le détendre un peu en lui présentant sa future épouse, Micheline, une jolie provinciale. Dans la nuit qui suit cette rencontre, Philippe dessine toute sa collection en s'inspirant du joli visage et des formes parfaites de Micheline. Amoureux de la jeune fille, il navigue entre sa maîtresse Anne-Marie et des conquêtes plus ou moins sérieuses. Mais Micheline, en croyant les beaux discours de Philippe, se met soudain à douter de son amour pour Daniel et envisage de repousser son mariage. Pourtant, lorsqu'elle découvre que Philippe est un être cynique et froid, la jeune fille se dérobe, pour le malheur du couturier...

PRESLEVéritable drame, construit avec élégance, ce film de Jacques Becker est illuminé par la présence de Micheline Presle, perle grâcieuse au regard envoûtant (la Lauren Bacall française?). Si Michèle Morgan savait séduire par ses pudiques minauderies, gentille en sa candeur, si Danièle Darrieux vampait le public par sa froideur sensuelle et ses intonations timbrées d'ironie et de détachement, Micheline Presle éclate en fausse ingénue au regard franc qui accroche, frappe droit au coeur, souligné d'une assurance qui confine à la hardiesse voire à l'insolente. Sans vulgarité, le sourire mutin et le nez coquet, elle irradie de présence et de beauté.

Autour de Philippe Clarence, c'est un monde de femmes. Mais aucune n'égale la jolie Micheline. Aussi le créateur est-il odieux et remuant, court partout, ne se posant guère plus d'une minute. Mais il est surtout un menteur, un séducteur qui drague au téléphone tout en retouchant, d'un geste silencieux, une robe, débite un discours mécanique pour séduire son entourage, et la franchise de Micheline le perturbe, le déstabilise et le frustre même. FALBALAS_01Homme pragmatique, Philippe, qui a toujours tout organisé, qui, sous un aspect volage, maîtrise toujours le tourbillon de son existence, sans cesse sur la brèche, obsédé par l'apparence, la mode et la mise en scène... Philippe qui conserve dans son armoire secrète la première robe qu'il a dessinée pour chaque femme aimée, avec, épinglée sur le col, une étiquette où figurent le prénom, la date de la rencontre et celle de la rupture... bref, Philippe dans son univers si réglé et insensible, devient une sorte de mécanique déréglée au contact de Micheline. C'est ce qui le conduit à l'irréparable.

Grâce au découpage et aux cadrages de Jacques Becker, à son sens du montage et de la technique, ce film évite largement la mièvrerie et se révèle bien moins léger qu'il n'y paraît. Un rien mélodramatique, certes, le scenario est clair et recherché et mis en valeur par une réalisation maîtrisée.