Mourir d'aimer - André Cayatte (1971) pour le cinéma, avec Annie Girardot (Danièle Guénot), Bruno Pradal (Gérard Leguen), Marthe Villalonga (l'assistante sociale)... / Josée Dayan (2009) pour la télévision, avec Muriel Robin (Gabrielle Delorme), Sandor Funtek (Lucas Malzieu), Annie Grégorio (l'amie), Jean-Pierre Bouvier (le mari de Gabrielle), Hélène Vincent (le proviseur), Jeanne Balibar (La mère)...

RUSSIERFrance 2 ayant choisi d'organiser une "grande" soirée avec débat sur le thème: l'amour entre professeur et élève, débat précédé de la diffusion du téléfilm de Josée Dayan Mourir d'aimer, Paris Première s'est empressée de diffuser quelques jours avant le film original d'André Cayatte. Je passe sur le contenu un peu léger du débat animé par le pourtant sans concession Christophe Hondelatte qui n'a fait qu'aborder, faute d'auditoire receptif, le tabou principal, à savoir, les relations sexuelles entre majeur et mineur, pour en revenir aux mises en scène du drame.

GIRARDOT_RUSSIERInspiré de l'histoire vraie de Gabrielle Russier, le film d'André Cayatte, tourné 1 an après les faits, tente de recomposer ce qui a conduit cette jeune professeur de lettres de 32 ans au suicide suite à sa condamnation pour avoir eu des relations amoureuses (et sexuelles) avec un de ses élèves de 17 ans. Le choix des comédiens est intéressant: Bruno Pradal campe un Gérard Leguen au physique très proche de celui du jeune élève de Russier qui paraissait plus âgé que ses camarades de classe. Quant à Gabrielle Russier, elle est incarnée par Annie Girardot, assez ressemblante à l'original.PRADAL

Pour le reste, le scenario fait la part belle à l'acharnement qui s'abat tant sur Danièle (la justice, l'éducation nationale, les parents... la société bourgeoise pompidolienne en lutte contre l'esprit de mai 68) que sur Gérard (l'autorité parentale, la psychatrie). Et c'est finalement cette pression, cet acharnement de la justice surtout, qui conduit Danièle au suicide, à l'abandon complet de tout espoir et de toute forme de lutte. Le film de Cayatte est un drame social où les enjeux de classe dépassent les enjeux moraux: l'autorité, l'institution éducative, le mélange des origines sociales, la révolte contre une France rangée selon l'ordre gaulliste.

 

ROBIN_RUSSIERLa version de Josée Dayan est plus mesurée, centrée autour du drame amoureux et du malaise qui peu à peu envahi tout l'entourage de Gabrielle et Lucas. Pour ce faire, en confiant l'adaptation du scénario de Cayatte à Philippe Besson, Dayan met plus de relief, quitte à déformer la réalité: Gabrielle n'a pas 32 ans mais 42, elle est divorcée, mère du adolescente de 15 ans, elle souffre de la solitude. Lucas n'a pas 17 mais 15 ans, c'est une forte tête, un rebelle des années de fin de règne de Giscard, un jeune inspiré par les idées de François Mitterrand.

C'est Lucas qui drague Gabrielle. Il est jeune, séduisant, et la professeur se laisse basculer dans cette folie parce qu'elle sent en elle une envie de vivre, quitte à prendre des risques, une pulsion de survie, de s'accrocher à ce ballon d'oxygène.FUNTEK L'essentiel du téléfilm raconte la vie amoureuse de ce couple différent, ce qui occulte totalement la réalité des faits: peu de pression, pas d'arrestation, pas de procès. Gabrielle Delorme se suicide pour mettre un terme à son amour et à la souffrance, avant que tout ne dégénère. Pour elle, la mort est la solution à tous les problèmes, elle délivre Lucas comme ses parents du poids de cet amour difficile.

Si le film de Cayatte montre une maitrise du sujet, avec un parti pris pour Danièle et Gérard, il donne moins dans la sensibilité. Muriel Robin, quant à elle, donne tout son talent de jeu et surprend même par sa capacité à effleurer l'émotion, avec justesse et mesure. Une reprise réussie haut la main et qui parvient à nous toucher très profondément.

"Je pense que la liberté, c'est se laisser librement amuser et émouvoir. Comme l'écrit Faulkner: il n'y a rien de mieux que de vivre le peu de temps qui nous est accordé, respirer, être vivant, le savoir. Car la quête du bonheur, c'est peut-être de vivre avec, toujours présente, l'idée de la mort." - Françoise Sagan, Un certain regard (1974-1992)

Illustrations: photo de Gabrielle Russier en 1969; Annie Girardot dans Mourir d'aimer de André Cayatte; Bruno Pradal; extrait du téléfilm de Josée Dayan avec Muriel Robin; Sandor Funtek.