ASSASSINL'assassin habite au 21 - Henri-Georges Clouzot (1942), avec Pierre Fresnay (Commissaire Wems), Suzie Delair (Mila Malou), Jean Tissier (Lallah-Poor, illusionniste), Pierre Larquey (Monsieur Colin, artisan), Noël Roquevert (Docteur Linz, médecin colonial en retraite), Raymond Bussières (Turlot) …

Un assassin mystérieux commet une série de crime dans le Paris montmartrois sous le nom de Monsieur Durand. Le commissaire Wems est conduit par son enquête jusqu’à la pension Les Mimosas où se cache le coupable. Il doit démasquer l’assassin parmi les pensionnaires.

Premier film de Clouzot, cette adaptation d’une nouvelle policière de Stanislas-André Steeman présente peu d’intérêt pour son intrigue policière. Elle présente en revanche la plupart des éléments qui feront le style Clouzot : noirceur, misogynie latente et dénonciation des petitesses humaines. La nouvelle originale est profondément remaniée par Clouzot. S’il cède aux exigences antibritanniques des producteurs de la Continental-Films (firme française financée par des capitaux allemands et créée par Joseph Goebbels) en transposant l’histoire de Londres à Paris, il ajoute sa patte personnelle. D’une part Wems et Mila vivent en union libre, situation dénoncée par Vichy. Ceci n’empêche pas Mila, qui entend devenir chanteuse de Music-Hall, de corrompre un impresario : "Vous êtes comme le petit tas de crottin qui réchauffe les jeunes pousses et moi je suis la plante grimpante qui va s’élancer vers le ciel; j’ai besoin d’un tuteur!"
D’autre part, les dialogues sont tantôt marqués par une philosophie singulière, tantôt par des allusions grivoises aux mœurs légères de certains pensionnaires des Mimosas : "Dans les rues de Montmartre, on trouve moins de pasteurs que de poufiasses", explique la tenancière.

La pension est dirigée par Mme Point, grosse femme fumeuse de pipe, et par le valet Armand, fana d’imitation qui ponctue ses dialogues de sifflets d’oiseaux, chante comme le coq en ouvrant la porte et cancane en apportant les apéritifs. Avec Mademoiselle Cuq, vieille fille écrivain qui passe du roman d’amour au roman policier, ils sont les éléments comiques du film. Les autres pensionnaires sont mystérieux, menteurs, colériques et délateurs, séducteurs même comme l’infirmière du boxeur aveugle Kid Robert ("Lorsqu’il retirait son peignoir sur le ring, les femmes prenaient leurs jumelles.") qui vampe Wems. Celui-ci n’est pas dupe :
-    "Vous devriez vous couvrir, vous allez attraper un rhume de cerveau.
-    Par les cuisses ?
-    Ca dépend où vous placez votre cervelle.
"

Tout le regard de Clouzot sur la société pointe déjà dans cette première œuvre, innocente qu'en apparence. La première séquence de meurtre par Monsieur Durand – génie du réalisateur qui cadre l’action du point de vue du tueur et non de la victime – s’ouvre par l’intérêt soudain d’une demoiselle du monde pour un clochard lorsqu’elle découvre que celui-ci a gagné à la loterie. Pour certains Monsieur Durand est un exemple. L’impresario proclame : "Le public réclame des noms ! Monsieur Durand, en voilà un nom ! Avec un nom comme ça on remplit une salle… ", Colin explique qu’il fabrique des pantins "Durand qui poignardent, qui fusillent… c’est horrible… mais ça rapporte !" tandis que le Docteur Linz est plus direct : "Monsieur Durand est un grand homme (…) parce qu’il supprime de temps en temps quelques unes de ces larves qui se prennent pour des hommes. (…) Ce n’est pas moi, c’est vous qui justifiez Durand du seul fait que vous existiez."