Disjecta membra

mercredi 25 août 2021

UN ARBRE EMPOISONNE

FILMLe corps de mon ennemi - Henri Verneuil (1976), avec Jean-Paul Belmondo (François Leclercq), Bernard Blier (Jean-Baptiste Beaumont-Liégard), Marie-France Pisier (Gilberte Beaumont-Liégard), Claude Brosset (Oscar, dit Jeannine), Nicole Garcia (Hélène Mauve), François Perrot (Raphaël di Massa), Elisabeth Margoni (Karine Lechard), Daniel Ivernel (Victor Verbruck, le maire), Yvonne Gaudeau (madame Beaumon-Liégard mère), René Lefebvre (Pierre Leclercq), Michel Beaune (l'ami d'enfance), Jacques David (Gérard Torillon, avocat général), André Reybaz (le juge Kelfer), Charles Gérard (le chauffeur de taxi qui aime les jeux de mots), Jean Turlier (le député La Roche-Bernard), Suzy Prim (la marquise de Chanteloup), Bernard-Pierre Donnadieu (l'homme de main blond), Monique Mélinand (Germaine Mauve), Françoise Bertin (la buraliste de la gare), André Thorent (le directeur de la prison), Pierre Forget (le directeur de l'hôtel du commerce), Serena (Frida de Dusseldorf)...

"Au matin je vis avec plaisir. Mon ennemi gisant au pied de l'arbre." (William Blake)

Le nord de la France, vers 1975. Dans cette France louis-philipparde des années Giscard, la ville de Cournai vit sous la bonhomme autorité de l'empire Beaumon-Liégard. Propriétaire des "Lainières de Cournai", la famille a fait fortune et assis son honorabilité, reçoit magistrats, politiques et hommes influents. Or un homme revient à Cournai après sept ans d'absence : François Leclercq, l'ancien petit ami de Gilberte Beaumont-Liégard. Après être resté sept ans en prison pour l'assassinat de la star de football locale Serge Cojak et de sa maîtresse Karine Lechard, Leclercq a décidé de retrouver le véritable assassin et surtout le cerveau de la machination qui l'a conduit à être condamné pour ce double crime. Car François l'a bien compris : tout a été fait, à l'époque, pour qu'il devienne, aux yeux de l'opinion, un monstre et la proie de la haine populaire ; et s'il a été emprisonné, c'est parce qu'il devenait gênant. Alors, de retour dans cette ville, François se souvient peu à peu, remet les éléments dans l'ordre, fait les liens et tirent les fils de la pelotte : petite bourgeoisie de province, politicards, brasseurs d'argents, hommes liés à des affaires louches, tout un monde s'était ligué contre François Leclercq, mais à la demande de qui ?...

Consacré à l'international dans les années 1960, avec notamment sa trilogie tournée avec Jean Gabin (Le Président, déjà avec Bernard Blier, Un singe en hiver, déjà avec Jean-Paul Belmondo, et Mélodie en sous-sol avec Alain Delon), Henri Verneuil, dans les années 1970, décide de donner un ton plus politique à ses films. Auréolé du phénoménal succès populaire de Peur sur la ville (deux mois en tête du box-office) dont il vient tout juste de sortir, le réalisateur met en chantier l'adaptation d'un roman de l'académicien Félicien Marceau : Le corps de mon ennemi. Avec l'aide du romancier et de Michel Audiard - qui bien entendu signe aussi les dialogues - Henri Verneuil cisèle un film acide contre la bourgeoisie de province qui, sous son masque de respectabilité, trempe dans les magouilles les plus basses, et contre la lutte de cette classe pour l'honorabilité, lutte qui va jusqu'au crime.

Presque chabrolien, le scenario montre une classe ridicule, enfermée dans le paraître et les rites de son milieu, qui a fait de la manipulation et du silence une règle d'or. Beauamont-Liégard, c'est l'homme tout puissant de la ville - sa femme est surnommée La Reine Mère - et le clef d'un milieu dans lequel François n'avait aucune chance de pénétrer, lui issu d'un milieu modeste et né d'un père défenseur des idées de Jean Jaurès et du progrès social.

Pour incarner son François Leclercq, Henri Verneuil se tourne vers Jean-Paul Belmondo, le comédien français alors populaire et capable d'incarner l'ambiguité humaine, un jour l'escroc de haut-vol Alexandre Stavisky pour Alain Resnais (1974), un autre un voyou sympathique chez Philippe de Broca, encore un autre un flic sans peur pour Henri Verneuil. Il faut admettre que le rôle va comme un gant à Belmondo : le rôle de Leclercq nécessite de passer du mutin au musclé, du léger au grave et du comique au tragique, et l'acteur sait englober tout cela dans sa composition, convaincant dans chaque situation.

Autour de lui, une liste de comédiennes et de comédiens - des gueules connues, des célébrités etc. - tous crédibles, au premier rang desquels Bernard Blier, acteur alors en perte de vitesse depuis Le grand blond avec une chaussure noire (1972).

Scenario implacable, conception captivante (sous forme de flash-back), réalisation réussie : Le corps de mon ennemi est un Belmondo de bonne facture où le comédien ne donne pas trop dans le registre Bébel qu'on lui connaît, et qui fonctionne à plein. Cerise sur le gâteau, Michel Audiard se surpasse et compose des dialogues très efficaces, sans trop de bonnes formules à la Audiard, mais parfaitement à leur place et parfaitement ajustés à ceux qui les déclament.

Un bon film.


mercredi 18 août 2021

UN TIGRE DANS LA JUNGLE

FILMLe samouraï - Jean-Pierre Melville (1967), avec Alain Delon (Jef Costelo), François Périer (le commissaire),  Nathalie Delon (Jane Lagrange), Cathy Rosier (Valérie, la pianiste du Martey's), Michel Boisrond (Wiener), Robert Favart (le barman du Martey's), Catherine Jourdan (la vestiaire du Martey's), André Salgues (le garagiste)...

Vendredi 4 avril, dans les années 1960. Un homme seul occupe une chambre quasi vide, presque froide, où seul le chant d'un canari qui s'ébroue meuble le silence. Cet homme, c'est Jef Costelo, un tueur à gage, et ce vendredi-là, il attend l'heure H. Imperméable, chapeau mou, il vole une DS dont il fait changer les plaques avant de se rendre chez sa maîtresse, Jane Lagrange. Elle doit lui servir d'alibi, ainsi que quelques camarades de poker qui ont leurs habitudes dans un hôtel. Jef, en vérité, doit se rendre au club Martey's et abattre le patron. Il a été payé pour ça. Sauf qu'en sortant du bureau de sa victime, Jef croise la jolie pianiste, Valérie. Le lendemain, confronté aux témoins dans les locaux de la police, Jef est innocenté par le témoignage de Valérie. Très surpris, il ne l'est pas moins quand on tente de le tuer sur le pont de la gare d'Ivry, boulevard Masséna. Pourchassé par le comissaire de police qui est convaincu de sa culpabilité, Jef doit retrouver ses commanditaires et démêler cette intrigue étrange afin de sauver sa peau...

Jean-Pierre Melville aime les solitaires, les taiseux, les impassibles, les silencieux. Son art du film froid sur des héros sombres trouvera son sommet en 1970 avec le cultissime Cercle rouge, précédé du non moins remarquable et non moins melvillien L'armée des ombres en 1969. Mais en 1967, Jean-Pierre Melville, qui vient de réaliser Le deuxième souffle, avec Lino Ventura, film dans lequel il pose les premiers jalons de son style inimitable, en 1967 donc Jean-Pierre Melville prend le tournant définitif de sa carrière de réalisateur en écrivant puis réalisant Le samouraï.

Le Samouraï, en l'espèce Jef Costelo, c'est un drôle de type: il ne vit que la nuit, il ne vit que de crime, et il vit en solitaire. Une vie désolante, organisée, sans relief, un métier de tueur, l'argent, une maîtresse, le souci permanent de ne laisser aucune trace, aucun souvenir. Bref, Jef Costelo est de ces êtres qui se veulent un rouage essentiel mais invisible des machinations criminelles ourdies pour des raisons qu'il ne tiennent pas à connaître. C'est un exécuteur, froid, doué, vif quand il faut, mais jamais complice de personne. C'est un métal, il n'accroche rien.

Tiré d'un roman de Goan MacLeod, Le samouraï devient, avec Meville un polar très noir, un polar sublime à force d'être épuré. Tout y est Melville, ou plutôt tout Mélville naît dans ce film devenu incontournable : acteur minéral (Delon, à sa place), dialogues ramenés à 8 minutes sur 1h45 de film, économie des gestes et des expressions des visages. Une grande puissance se dégage de cette ambiance étrange, neutre, en apparence neutre. Et pour sublimer cette atmosphère magnétique, les décors de François de Lamothe (la série Les cinq dernières minutes, des films avec Julien Duvivier, Robert Enrico, Robert Hossein, Roger Vadim et Philippe de Broca) teintés de gris, de triste, de délavé, et beaucoup de couloirs, de grilles, de portes, d'escaliers. Bref, des obstacles qui mettent les protagonistes à distance les uns des autres, qui isolent les personnages. Autour d'Alain Delon, François Périer, impécable flic opiniâtre et manipulateur, parfois violent, ainsi que deux jolis venins, Cathy Rosier et Nathalie Delon.

Remarquable pour sa forme et son ton, couronné d'une scène dans le métro parisien fort réussie, Le samouraï est un Melville incontournable, un Delon remarquable - à dire vrai, l'économie de jeu du comédien est telle qu'on hésite entre un réel talent ou un absence de talent, Delon établissant sa carrière essentiellement sur son jeu sévère et ascétique - et, en définitive, un film indispensable dans toute cinémathèque en tant que prélude parfait au sommet que sera Le cercle rouge.

Du grand.

mercredi 11 août 2021

UN PEU DE FINESSE

AFFICHENe le dis à personne - Guillaume Canet (2006), avec François Cluzet (docteur Alexandre Beck), Kristin Scott-Thomas (Hélène Perkins), Nathalie Baye (maître Elisabeth Feldman, l'avocate d'Alexandre), François Berléand (capitaine Eric Levkowitch, du SRPJ de Versailles), Philippe Lefebvre (Lieutenant Meynard, du SRPJ de Versailles), Gilles Lelouche (Bruno), André Dussolier (Jacques Laurentin), Florence Thomassin (Charlotte Berteaud), Jean Rochefort (Gilbert Neuville, président de la Région Ile-de-France), Brigitte Catillon (capitaine Barthas, de la Brigade Criminelle de Paris), Samir Guesni (lieutenant Saraoui, de la Brigade Criminelle de Paris), Olivier Marchal (Bernard Valenti), Anne Marivin (la secrétaire d'Alexandre), Jalil Lespert (Yaël Gonzales), Marina Hands (Anne Beck), Laurent Lafitte (le basque), Mika'ela Fisher (Zak), Jean-Noël Brouté (docteur Dubois), Maxim Nucci (l'assistant de Charlotte), Eric Savin (le procureur de la République), Martine Chevallier (Martine Laurentin), Eric Naggar (maître Ferrault, l'avocar de Certon), Thierry Neuvic (Marc Berteaud), Françoise Bertin (Antoinette Levkowitch), Andrée Damant (Simone, l'amie d'Antoinette), Marie-Josée Croze (Margot Beck), Guillaume Canet (Philippe Neuville)...

Amis d'enfance, Margot Laurentin et Alexandre Beck s'aiment depuis toujours, ou presque. Mariés, ils filent le parfait amour lorsque Margot est assassinée par un tueur en série, Franck Certon, en forêt de Rambouillet. Huit ans plus tard, au début des années 2000, Alexandre a refait sa vie, ou presque : il n'a jamais remplacé son grand amour et entretient des rapports plus ou moins distants avec ceux de ses amis qui ont connus Margot, comme Charlotte, une photographe en vue, ou Hélène, la compagne de la sa soeur Anne, elle-même liée à Gilbert Neuville, homme d'affaire dont le fils a été retrouvé assassiné quelques temps avant la mort de Margot. Chaque année, Alexandre se rend chez les parents de son ex-femme, à la date anniversaire du drame. Or cette année-là, il reçoit un e-mail étrange : la vidéo d'une femme ressemblant fortement à Margot. Or la vidéo est diffusée en direct, et Alexandre se prend à croire que, peut-être, Margot serait vivante. Pour s'assurer qu'il ne se trompe pas, Alexandre entreprend de remonter le fil du drame. Mais il n'est pas le seul : la gendarmerie enquête suite à la découverte de deux corps masculins près du lieu de l'agression de Margot, des cadavres anciens de huit ans. En voulant trouver la vérité, Alexandre réveille un passé dangereux et s'attire les menaces les plus inquiétantes...

Deuxième film de Guillaume Canet, Ne le dis à personne épate tout d'abord - et avec le recul -  par son casting : de grands comédiens déjà célèbres, comme Jean Rochefort, Nathalie Baye (alors en plein regain de popularité depuis Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall, La fleur du mal de Claude Chabrol et Le petit lieutenant de Xavier Beauvois), André Dussolier et François Berléand très en vue depuis le début des années 2000, ou encore l'artiste internationale Kristin Scott-Thomas, qui cotoient la génération montante d'alors, et qui depuis à fait ses preuves, tels Gilles Lelouche, Marina Hands, Laurent Lafitte ou encore Olivier Marchal, et de solides comédiens moins célèbres mais non moins talentueux comme Brigitte Catillon, Florence Thomassin, Jean-Noël Brouté. Au milieu de cette belle affiche, François Cluzet, comédien déjà vu chez Chabrol (4 fois), Becker et Blier que le jeune réalisateur impose et pour lequel il écrit le personnage d'Alexandre Beck.

A la base, il y a un roman de 2001 écrit par l'américain Harlan Coben (qui fait d'ailleurs une apparition dans le film) que Guillaume Canet adapte lui-même, en compagnie de Philippe Lefebvre. Côté moyens, c'est Luc Besson qui produit le film, convaincu de l'originalité du scenario : Guillaume Canet est donc solidement soutenu pour assurer ce qui doit donner à l'histoire tout son souffle et son sel : cascades, effets de caméra assumés, lieux de tournages singuliers (notamment en pleines voies du périphérique de Paris). Bref, Ne le dis à personne est un film ambitieux, et Canet s'en donne les moyens.

Il est toujours risqué de vouloir trop s'attarder sur le contenu narratif d'un polar. En dévoiler les rebondissements revient à gâcher les effets, s'apesantir sur les fils qui s'y nouent et s'y dénouent s'avère inutile. Il convient donc d'en peu dire : sur un canevas d'abord facile (la mort subite et affreuse d'une femme, une enquête qui repart par hasard), embelli d'une subtilité (la morte, ou supposée telle, s'adresse à celui qu'elle aime), Guillaume Canet parvient à conserver toute l'originalité du roman original, préserve les retournements de situation, se montre habile à ménager des pistes qui ne sont ni fausses ni évidentes, BAYEbref à rendre compréhensible une histoire complexe et riche, sans abuser ni du flash-back illustratif ni des scènes dialoguées, souvent lourdes, de résumé des éléments de l'intrigue.

Pour être franc, Guillaume Canet se montre virtuose - et son monteur aussi - puisqu'il parvient à faire oublier le cadre américain original, transpose fort heureusement l'histoire dans la France Paris-banlieue contemporaine et renonce à calquer le style polar américain à gros budget (effets de caméras et effets spéciaux à l'envi) : Ne le dis à personne fait montre d'un sens aiguisé de la gestion du rythme, non seulement narratif (3 parties au film), mais aussi des scènes d'action, tout autant qu'il est riche d'une gestion efficace de la tension. L'ensemble est, en sus, relevé par la distribution impressionnante, grands comme petits rôles, tous parfaitement à leur place, justes dans leur interprétation, efficaces en tout. A la tête de ces comédiens de grand talent, Nathalie Baye parfaite en avocate grisée par le pouvoir, François Berléand absolument irrésistible en flic minutieux jusqu'à la manie, Florence Thomassin et Gilles Lelouche touchants, chacun dans son registre, et André Dussolier tout bonnement incomparable dans un rôle de personnage multifacettes. Quant à François Cluzet, si le choix du comédien peut sembler étonnant, voire rébarbatif pour un tel rôle, il est on ne peut plus à sa place : lunaire quand son personnage s'échappe de la réalité, tourmenté quand la souffrance se fait trop forte, silencieux mais sachant montrer d'un mouvement du visage toute l'étendue du drame intérieur que subit Alexandre Beck.

Nommé neuf fois aux César - sans parler des nombreuses autres prix - Ne le dis à personne a reçu le prix du montage (c'est mérité), de la meilleure musique (signée M), tandis que François Cluzet recevait son premier César en tant qu'acteur de premier rôle et Guillaume Canet le prix du meilleur réalisateur.

Efficace, captivant, plaisant. Un film réussi.

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mercredi 4 août 2021

LA VIE NE REVIENDRA PAS

FILMLe silencieux - Claude Pinoteau (1973), avec Lino Ventura (Clément Tibère), Suzanne Flon (Jeanne), Léa Massari (Maria), Pierre-Michel Le Conte (Boris Korodine), Annie Dejan-Jodry (Tania), Robert Party (le tueur du train), Leo Genn (le chef du MI5), Bernard Dheran (monsieur Chat, de la DST), André Falcon (le commissaire de police), Michel Fortin (le chauffeur routier), Linda Gray (l'espionne soviétique), Pierre Forget (le fumeur dans le train)...

1972, à l'aéroport londonnien d'Heathrow. L'avion venu d'URSS se pose avec à son bord Anton Haliakov, scientifique spécialisé dans la production nucléaire. Dans la soirée, après un concert au Royal Albert Hall, un accident est provoqué en plein Londres et Haliakov enlevé dans une ambulance. Quand les dignitaires soviétiques demandent à voir leur compatriote, on leur apprend qu'il est mort et qu'il a été incinéré sans attendre. Mais Haliakov est, en réalité, conduit au MI5, le service secret intérieur britannique : il est en réalité Clément Tibère, ancien ressortissant français passé au SOE (le service secret anglais pendant la seconde guerre mondiale), physicien reconnu, "emprunté" par les russes en 1957. Passé pour mort, il avait travaillé pour le compte des soviétiques après deux années de rééducation. Le MI5 exige de Tibère qu'il livre deux espions anglais responsablent de fuites. Mais Tibère, officiellement mort, sait trop bien ce qui l'attend s'il trahit l'URSS, sachant qu'il sera pourchassé jusqu'au bout par le KGB...

Premier film de Claude Pinoteau (La gifle, La boum, L'étudiante, La septième cible...), Le silencieux est typique du genre polar français des années 1970. Cinéma très en vogue dans les années 1950-1960, notamment avec Jean Gabin, le genre trouve un nouveau souffle avec Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil et Jacques Deray, dans les années 1960-1970, en particulier avec Le cercle rouge, Le deuxième souffle, Le samouraï, Borsalino ou encore Peur sur la ville. Et pour incarner ces histoires noires et désenchantées, il faut une pointure du cinéma : Yves Montand, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo s'y adonnent, et bien entendu Lino Ventura.

A l'époque, Ventura sort d'un film de gangsters, Cosa Nostra, signé du britannique Terence Young, réalisateur entre autre de trois des quatre premiers James Bond. Coproduction européenne, Le silencieux accueille donc des acteurs français, anglais et italiens. Pour composer son premier long-métrage, Claude Pinoteau adapte le roman du français Francis Ryck, Drôle de pistolet, publié en 1969. Si l'histoire est celle d'un homme contraint, par la fatalité, à fuir, à se cacher et à ne faire confiance à personne, Lino Ventura incarne parfaitement ce héros silencieux, désenchanté, conscient que seule la mort l'attend pour prix de sa double trahison, mais qui envisage une seule issue : faire prendre un grand espion russe infiltré en Europe et le faire échanger avec les russes contre sa survie.

Supense bien amené, histoire totalement dénuée d'humour, ton lourd et pesant, montage vif et surprenant, Le silencieux tient ses promesses de bout en bout, à la fois captivant et inquiétant.

Pas le film de la décennie, mais loin d'être un navet. Un bon polar de dimanche soir.

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mercredi 28 juillet 2021

LA FAVORITE ET LE MATELOT

AFFICHELe mataf - Serge Leroy (1973), avec Michel Constantin (Bernard Solville dit le mataf), Georges Géret (Basilio Hagon), Adolfo Celi (maître Desbordes), Cathy Rosier (Cathy Mondor), Annie Cordy (Nina), Pierre Santini (Frank Mazier), Billy Kearns (un homme de main de Desbordes), Bob Askölf (Bob), Jacques Rispal (l'infirmier), Pippo Merisi (l'aiguille)...

Six novembre 1972, onze heures du matin. A la gare du nord de Paris, trois hommes s'apprêtent à réaliser un grand coup : le vol d'une malette de diamants transitant par le Trans-Europ-Express. Présents dans la gare, Basilio Hagon et Frank Mazier ont monté le coup avec un cerveau, Bernard Solville dit le Mataf, qui doit s'installer sur le toit surplombant les voies. Ayant neutralisé une jeune fille pour passer par son appartement, le Mataf est prêt à intervenir quand deux inconnus précipitent la jeune fille par le toit. Renonçant à leur opération, les trois larrons se mettent au vert, d'autant que la police ne peut élucider cette mort mystérieuse. Trois mois plus tard, de retour à Paris, le Mataf reçoit des courriers singuliers : l'édition du journal du 6 novembre au soir relatant la défenestration gare du nord, une photo de lui en position sur le toit, une carte postale indiquant que quelqu'un était au courant de son plan. Mais qui ?...

Film aujourd'hui totalement inconnu, Le Mataf fait partie de la longue liste de polars français des années 1960 à 1980, productions assez inégales immitant le genre Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville, qui fait référence, ou encore Peur sur la ville, Solo et Adieu poulet, films à machination, gros bonnets trempants dans la magouille, milieu criminel de marginaux donnant dans tous les interdits (le jeu, la drogue, le sexe), et confrontation de ces univers pour de l'or, des filles ou simplement pour l'honneur.

A la barre, Serge Leroy dont c'est le deuxième film, réalisateur totalement méconnu et qui se rendra célèbre en mettant en scène les séries télévisées à succès Pause-Café et Joëlle Mazart entre 1981 et 1989 sur TF1. Pour camper son héros, Serge Leroy choisit Michel Constantin, acteur vedette de second plan mais véritablement populaire, qui s'est illustré dans des films de bonne facture comme Le trou et Le deuxième souffle ou chez des cinéastes comme Georges Lautner, Yves Boisset et Jacques Deray. Pour le seconder, Georges Géret, acteur prolifique mais loin d'être une vedette et qui vient d'incarner Jean Valjean pour la télévision. Quant à la partie féminine de la distribution, c'est à l'ancienne speakerine de la télévision martiniquaise Cathy Rosier dont c'est le septième film qu'échoit le rôle de la beauté froide et mystérieuse, et à Annie Cordy, alors en plein succès dans la comédie musicale Hello Dolly!, celui de la femme compréhensive, complice et victime à la fois.

Avec une ambiance plutôt réussie, Le mataf s'ouvre donc sur une histoire de vol qui tourne court et qui débouche sur une sombre machination visant les protaginistes de l'affaire. Dans ce monde de la nuit, les tripots, les cercles de jeux, les productions de films pornographiques appartiennent à une sorte de mafia avide d'argent et peu scrupuleuse en matière de vie humaine. Pour autant, Le mataf n'excelle pas dans le récit façon polar : solidement réfléchi, l'argument est mal servi par des scènes lentes et redondantes qui freinent l'enthousiasme.

Assurément une réussite, mais assurément pas un film culte.

A voir.

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