Disjecta membra

mercredi 8 août 2018

LES FOUS MENENT LE JEU

AFFICHELa dame d'onze heures - Jean Devaivre (1948), avec Paul Meurisse (Stanislas Octave Seminario dit S.O.S.), Micheline Francey (Muriel Pescara), Gilbert Gil (Charles Pescara), Pierre Renoir (Gérard Pescara), Jean Tissier (Guillaume, le majordome), Pierre Louis (Paul), Junie Astor (Hélène Tassin), Jean Debucourt (Docteur Vermeulen), Jean Brochard (Raoul, le juge d'instruction), Georges Bever (Baptiste, le greffier), Pierre Palau (Le chasseur à l'hôtel), Marcel Pérès (Le cantonnier-fossoyeur de Vimy) ...

16 juin 1947, dans le paysage mélancolique du Nord: Geneviève meurt à l'asile de Vimy, dans l'indifférence de tous. Au même moment, Stanislas Seminario, dit S.O.S., rentré de cinq années passées au Gabon, s'apprête à séjourner quelques temps chez ses amis les Pescara à Bagnoles-de-l'Orne. Dans cette résidence triste où vivent 27 chats, il est accueilli par le nonchalant mais fort curieux Guillaume, majordome d'une famille qui compte un père (Gérard) par ailleurs chef d'une prospère entreprise pharmaceutique, un fils (Charles), une fille (Muriel) et le fiancé de celle-ci (Paul). Or, S.O.S. apprend que des lettes anonymes sont déposées dans la propriété depuis un an et que la femme de chambre est convaincue de voir passer quelqu'un dans le parc la nuit, et sans faire aboyer les chiens. Quand Charles décide de mener l'enquête, il meurt brutalement dans un taxi et n'a que le temps de prononcer ces mots: la dame d'onze heure...

S'il est un ovni cinématographique dans la production française des années d'après-guerre, La dame d'onze heures l'est bel et bien! Tiré d'un roman de 1938 écrit par Pierre Aspetéguy, il est scénarisé par Jean-Paul Le Chanois et est le deuxième film du réalisateur Jean Devaivre; des noms qui aujourd'hui parlent bien peu au public, à moins qu'il soit cinéphile averti. Or, La dame d'onze heures mérite bien qu'on le sorte de l'oubli dans lequel il est plongé depuis les années 1950 et c'est sont inventivité, son originalité qui en fait la valeur plus que le scénario qui, aussi solide soit-il, n'est pas d'une grande originalité.

Le film s'ouvre pas une scène assez unique en son genre: la bande annonce de... La dame d'onze heures. Avec un effet visuel recherché pour l'époque et qui évite l'éternel flash-back avec raccord flouté, le film bascule alors dans le récit, mais un récit qui déroute le spectateur: une sorte de mise en condition à la Hergé, une succession d'éléments qui placent l'intrigue, situent l'ambiance, cadrent les personnages - cette maisonnée au comportement étrange dans laquelle l'oginiral S.O.S. fait figure d'homme parfaitement normal - pour mieux en sortir quelques minutes plus tard avec la mort d'un des protaganistes. Sans sa musique tonitruante et superflue, tout serait parfait pour nous guider vers le mystère. Ce jeu de fausses pistes ponctué de rebondissements inattendus - encore qu'un peu rocambolesques - devient même captivant dans sa seconde partie où la manipulation et les secrets révélés viennent étayer une intrigue inquiétante.

Un valet qui écoute aux portes, un prestidigitateur inquiétant, une clinique de fous, des poisons, des morts, des lettres anonymes, le cadavre d'une inconnue, des faits étranges et presque paranormaux, le tout sur un rythme assez soutenu à la Tintin, La dame d'onze heures nous réserve pas mal de surprises. La forme originale de son montage et les séquences montrant les témoins s'exprimant directement face caméra ont fait de ce film une oeuvre remplie d'originalité en 1948, raison de son succès auprès du public. Succès qui pourtant ne l'empêcha pas de tomber dans l'oubli.

A redécouvrir.

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mercredi 18 juillet 2018

PERSONNE N'EST IRREMPLACABLE

FILMLe deuxième souffle - Jean-Pierre Melville (1966), avec Lino Ventura (Gustave Minda dit Gu), Paul Meurisse (Commissaire Blot, de Paris), Christine Fabréga (Simone Melletier dite Manouche), Raymond Pellegrin (Paul Ricci), Marcel Bozuffi (Jo Ricci), Paul Frankeur (Commissaire Fardiano, de Marseille), Denis Manuel (Antoine Ripat), Michel Constantin (Alban), Pierre Zimmer (Orloff), Louis Bugette (Théo), Raymond Loyer (Jacques Ribaldi dit Le notaire), Albert Michel (Marcel, dit Le stéphanois), Jean-Claude Berq (l'adjoint de Blot)...

Castres, le 20 novembre, vers 1950. Gustave Mindat s'évade de prison avec deux comparses. Depuis 10 ans, Mindat, ex ennemi public, connu sour le nom de Gu dans le Milieu, purge sa peine pour l'attaque d'un train d'or avant la guerre. Gu veut se mettre au vert, trouver une planque et quitter la France. Or, les circonstances sont contre lui: Jacques Ribaldi, dit le Notaire, se fait refroidir dans son restaurant de Paris, or sa veuve est une ancienne amie de Gu, Manouche, et le Commissairee Blot entend bien profiter de la situation pour retrouver Gu. En parallèle, à Marseille, Paul Ricci, un petit caïd enrichi dans les trafic de cigarettes est heureusement rencardé par un mystérieux inconnu. Il monte avec son frère, patron d'un bar à danseuses dans Paris, un gros coup contre un fourgon de métal précieux. Il a dans les pattes le commissaire Fardiano et, surtout, un associé en moins: Jacques le notaire. Il décide alors, sur les conseils d'Orloff, une figure du Milieu, de proposer le coup à Gu, ce qui permettrait à ce-dernier d'obtenir les fonds nécessaires à son départ vers l'Italie. Tout ce petit monde se retrouve donc pris dans le cercle vicieux d'une affaire aux multiples visages...

Attention, ambiance! Pour qui a déjà vu les grands films de Jean-Pierre Melville, Le deuxième souffle s'avèrera être dans la veine - à vrai dire un devancier - de ses oeuvres comme Le Samouraï et surtout Le cercle rouge. PMEURISSEersonnages taciturnes, musique jazzy à la Michel Magne, noir et blanc magnifié par les cadrages et la photo, figures typiques du Milieu, courage et sens de l'honneur, policiers au caractère singulier etc. le style Melville au service d'un scenario signé José Giovanni, ex-caïd du Milieu reconverti dans le roman à qui l'on doit notamment Le trou, Classe tous risques, Le clan des siciliens ou Le ruffian.

Dans ce récit sinueux pour lequel Melville ne fait aucune économie de narration (le film dure 2h30) afin de ménager tant l'atmosphère si particulière que la limpidité de l'histoire, les hommes se croisent et s'entrechoquent au point d'agir, volontairement comme involontairement, sur la destinée des autres.

D'abord écrit pour Serge Reggiani, Simone Signoret, Lino Ventura en commissaire Blot, Roger Hannin et Raymond Pellegrin, Le deuxième souffle bénéficie, dans sa version finale, d'un casting tout autant préstigieux: Lino Ventura est l'évadé en cavale, le solitaire parmi les loups, tandis que Paul Meurisse donne une toute autre épaisseur au personnage de Blot - un brin d'élégance à l'anglaise, un rien d'ironie et beaucoup de sens de la manipulation. Peut-être que le personnage de Jo Ricci aurait été un peu plus en relief sous les traits de Roger Hannin, même si Marcel Bozuffi se montre fort bon; en tout cas, le choix de Christine Fabréga en Manouche apporte une touche sensuelle et suave au personnage qui aurait perdu un peu de ses effets dans le corps de LINOSimone Signoret. Vedette populaire de la télévision au moment du tournage - il y avait une vie aux Chiffres et Lettres avant le mythique Patrice Laffont ! - Christine Fabréga se montre douce, grave et sombre et, en définitive, parfaite. Pour le reste de la distribution, c'est un sans faute: Michel Constantin, Raymond Pellegrin et Denis Manuel y sont plus qu'à leur aise.

On dit que José Giovanni s'est inspiré de personnages réels, ses connaissances des années 1930-1940, pour tisser son récit: anciens de la Gestapo Française, anciens de la Collaboration avec la polide allemande, anciens du milieu marseillais d'avant 1940, tout ce petit monde se retrouve détricoté pour mieux façonné une série de personnages assez sombres et surtout sans aucun scrupule, à la fois traitres et amis, bref des gens recommandables comme on les adore dans ce style de production cinématographique et qui en constituent le genre. Confrontation entre deux monuments d'un ancien monde, le commissaire Blot, un tantinet désabusé, face à un grand du Milieu qui sent qu'il a fait son temps, Le deuxième souffle est tout autant une évoquation de la pègre française à une de ses époques les plus fastueuses, époque hautement magnifiée par les différents films qui traitent de cette histoire des années d'après-guerre, qu'il est le récit d'un parcours en solitaire, d'une fuite en avant à marche forcée, entre la mort et l'oubli.

Du grand oeuvre !

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mercredi 11 juillet 2018

LE BESOIN DE LEUR FAIRE DU MAL

AFFICHELe dos au mur - Edouard Molinaro (1958), avec Jeanne Moreau (Gloria Decrey), Gérard Oury (Jacques Decrey), Philippe Nicaud (Yves Normand), Claire Maurier (Ghislaine, la barmaid), Jean Lefebvre (Mauvin, détective privé), Gérard Buh (Mario), Micheline Luccioni (La postière), Jean Michaud (Le ministre invité chez les Decrey), Albert Michel (Le concierge chez Yves Normand), Colette Renard (Josiane Mauvin), Robert le Béal (Maître Lombard, invité chez les Decrey), Pascal Mazzoti (Jérôme, le domestique des Decrey), Bernard Musson (Le client impatient à la poste), Paul Mercey (Un invité chez les Decrey), Pierre Mirat (Monsieur Lacourt, voisin de Yves Normand), les girls de La Nouvelle Eve...

Paris, la nuit. Une homme quitte sa propriété et se rend dans un immeuble. Cherchant la discretion, il se dissimule aux regards des passants et du concierge. Il s'agit de l'industriel Jacques Decrey qui s'est rendu chez Yves Normand, comédien sans engagement qui gagne sa vie comme pianiste de bar. En fait, Yves est l'amant de Gloria, la femme de Jacques. Trois mois avant ce soir fatal, un dimanche qu'il était rentré plus tôt de la chasse, Jacques avait découvert la liaison de Gloria avec Yves et, avec l'aide du détective privé Mauvin, avait ourdi une manipulation implacable destinée à reconquérir son épouse. Mais un grain de sable et toute la belle mécanique élaborée paer Decrey s'est grippée...

Tiré d'un roman de 1957 signé du célèbre Frédéric Dard, Le dos au mur est un film noir oublié et qui pourtant mérite qu'on s'y attarde. Il y a d'abord le contexte de sortie de ce film: premier long métrage d'Edouard Molinaro (Oscar, Hibernatus, La cage aux folles, L'emmerdeur, Mon oncle Benjamin, Le souper, Beaumarchais l'insolent etc.) - au passage assisté de C02laude Sautet qui, quelques mois plus tard se lancera dans son premier film, Classe tous risques, autre film noir, Le dos au mur est adapté pour le cinéma par l'auteur lui-même, qui co-signe le scénario avec Jean Redon (Les yeux sans visage). Ambiance polar assurée donc. C'est que l'histoire tient  vraiment bien la route. Sur un argument assez simple - l'éternel trio mari / femme adultère / amant plus jeune mais pas bien malin, Frédéric Dard a ciselé une histoire de machination à rebondissements qui nous entraîne dans une série de péripéties dénouées à rebours de ce que le spectateur attend.

Puis viennent les comédiens, tout aussi remarquables. D'abord Jeanne Moreau dont la carrière s'envole depuis sa prestation dans La Reine Margot et surtout depuis Ascenseur pour l'échafaud tourné l'année précédente et sorti deux mois avant Le dos au mur. Sublime, elle campe une Gloria Decrey ni repentante, ni sournoise: une amoureuse jusqu'au bout des ongles. Dans le premier rôle masculin, Gérard Oury - son 27e rôle - qui  deviendra célèbre comme réalisateur, dont on peut apprécier le jeu mesuré et sobre, capable de cette grande froideur, inquiétante, qui fait mieux ressortir le caractère de son personnage. Autour d'eux, le comédien de théâtre Philippe Nicaud qui a déjà tourné pour Guitry, Clouzot et Grangier, Jean Lefevre, campant un excellent "Sherlock Holmes de la rue Saint-Denis" (il s'est spécialisé dans la filature galante), et Claire Maurier.

Il faut surtout souligne la bonne facture de ce film noir. Edouard Molinaro ouvre son film par une sorte de filiation - voulue ou non - 03avec Les diaboliques de Henri-Georges Clouzot: une ambiance faite de silence et cadrées, mise en lumière de façon remarquable, même si parfois appuyée, bref en tout 15 minutes sans dialogue - sauf deux interventions sans intérêt dramatique, celle du concierge et celle du gardien de l'usine - ni musique, auxquelles succèdent 5 minutes d'action mises en musique et uniquement ponctuées de bruitages. En tout, 20 minutes avant que la voix du protagoniste nous parvienne, en off. On n'est déjà plus chez Clouzot, on est presque chez Jean-Pierre Melville.

Avec son grain et sa facture de grande qualité, dignes d'un polar hollywoodien de la grande époque, Le dos au mur est un film noir particulièrement réussi et qui évite les codes du film de genre que Jean Gabin incarnera sans partage dans les années 1960. Servi par des dialogues réussis dont les répliques font mouche, ce film aujourd'hui quasiment oublié mérite qu'on le découvre.

mercredi 4 juillet 2018

INNOCENT AUX MAINS SALES

AFFICHEL'inconnu du Nord-Express - Alfred Hitchcock (1951), avec Farley Granger (Guy Haines), Ruth Roman (Anne Morton), Robert Walker (Bruno Antony), Marion Lorne (Mme Antony), Leo G. Caroll (Le sénateur Morton), Patricia Hitchcock (Barbara Morton), Laura Elliott (Miriam Joyce Haines), Alfred Hitchcock (L'homme à la contrebasse à Metcalf)...

Une gare de la côté ouest au début des années 1950. Deux hommes, dont on ne voit que les chaussures, montent dans le train qui se rend à New-York. Il s'agit du tennisman Guy Haines et de Bruno Antony, un dandy aux manières sympathiques. Ce dernier aborde Guy Haines au wagon bar. Très bavard, Bruno se montre aussi très informé de la vie privée de Guy et même intrusif dans ses questions. Haines est en instance de divorce d'avec Miriam Joyce et convole avec la fille du sénateur Morton. Au cours du déjeuner, seul à seul dans le compartiment de Bruno, Guy se voit proposé de réaliser le crime parfait: Bruno tuera Miriam qui cherche à compromettre l'image de son mari dans l'opinion publique et en échange, Guy doit tuer le père de Bruno dont il ne supporte plus l'autorité...

Opus très connu pour son titre,  et peut-être plus que pour son intrigue, L'inconnu du Nord-Express marque l'entrée d'Hitchcock dans sa meilleure période, en tout cas celle que le public apprécie le plus, c'est-à-dire les films qu'il réalise dans les années 1950 et qui, s'éloignant des intrigues d'espionnage qu'il chérissait dans les années 1930 et 1940, fait de la psychologie de ses personnages un ressort dramatique.

Tiré du premier roman de Patricia Highsmith (la mère de littérature du fameux Tom Ripley) et scénarisé (assez librement) par la gloire du roman noir des années 1930-1940 Raymond Chandler, L'inconnu  du Nord-Express est avant tout l'histoire d'un malentendu, ou plutôt d'un pacte qui repose sur un malentendu. Ce prétendu contrat de mort antre Antony et Haines n'est ni tacite ni scellé officiellement entre les deux hommes. C'est en réalité le passage à l'acte de Bruno qui va placer Guy dans une situation difficile, le poussant à la limite de son ordinaire mode de vie en respect avec les lois et la morale. NUITL'inconnu du Nord-Express repose sur l'opposition entre la part d'ombre du fallot Haines et la part de folie de l'inquiétant Antony, une histoire d'hommes qui, pour s'en sortir, doivent se dépétrer, d'une manière ou d'une autre, des femmes qui les entourent (la mère, la femme adultère, la promise, l'aimée, la désirée etc.) En d'autres termes, l'innocent est coupable et le coupable est innocent dans ce jeux d'apparences où le cadre de l'action est la nuit et où il se passe peu de choses lorsqu'il fait jour, comme dans une double vie.

On appréciera le grand talent d'Alfred Hitchock pour brouiller les pistes, non pas à la façon d'un roman policier, mais comme le maître du suspense dont il n'usurpe pas le titre, et ce dès la scène de l'assassinat de Miriam qui arrive d'un coup, sans prévenir, comme un choc après plusieurs fausses alertes. On trouvera en revanche le casting un peu faible encore qu'aucun des comédiens ne joue mal. En fait, si Farley Granger (déjà vu chez Hitchcock dans La corde en 1948) et Anne Morton sont un peu effacés, c'est parce que l'intrigue est le personnage principal de ce jeu étrange: ce n'est ni la carrière de Haines, ni sa vie sentimentale, ni encore son beau-père sénateur et son exposition à un scandale politique, encore moins le doute dans l'esprit d'Anne sur l'innocence de son aimé qui sont les sujets du film: il n'y a que ce pacte fou, cette relation étrange entre Bruno et Guy, cette liaison dans le crime, qui soit intéressante. En jouant sur l'ambiguïté des personnages, en en faisant l'élément central de la progression de l'intrigue, Alfred Hitchock réussit à nous tenir en haleine avec un argument qui tient en quelques lignes. Du grand art!

Si l'on peut souligner le jeu de Robert Walker, très convaincant en homme étrange, on retiendra également le personnage de Miriam Haines GLACE(Laura Eliott) - sur lequel les avis sont partagés quant à sa façon d'être traité - que le réalisateur a voulu (preuve de sa légendaire mysoginie?) l'inverse total de ses autres personnages féminins souvent froides et inaccessibles pour ne pas dire frigides: Miriam est non seulement odieuse, criarde et méchante, elle est également scandaleuse. Non contente de refuser le divorce à Guy, qu'elle n'aime pourtant plus, elle accepte de sortir avec deux garçons, parle de saucisse à tout bout de champ et lèche sa glace en roulant des yeux de poule provocante, arborant une moue gourmande à en rougir de honte. Bref, au risque d'être caricatural, ce qui lui vaudra les réactions horrifiées d'une partie de son public, Hitchcock en fait un être dont on souhaite la mort, en tout cas dont on ne regrette pas l'assassinat, un avatar de la Lydia Florey de Chaplin (Monsieur Verdoux, 1947)

Grand succès après deux échecs commerciaux, L'inconnu du Nord-Express s'avère un film bien plus riche, bien plus complexe qu'on veut bien le croire et, en tout cas, un divertissement de bonne facture.

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mercredi 27 juin 2018

PETITE TRONCHE ET GROS BRAS

AFFICHEPeur sur la ville - Henri Verneuil (1975), avec Jean-Paul Belmondo (Commissaire Principal Jean Letellier), Charles Denner (Inspecteur Principal Charles Moissac), Adalberto Maria Merli (Pierre Valdeck), Giovanni Cianfriglia (Marucci), Lea Massari (Nora Elmer), Rosy Varte (Germaine Doizon), Catherine Morin (Hélène Grammont), Jean-François Balmer (Julien Dallas), Germana Carnacina (Pamela Sweet), Jean Martin (Commissaire Divisionnaire Sabin), Roland Dubillard (Le psychologue), Gilberte Géniat (La concierge de Germaine Doizon), Roger Riffard (Le concierge de Nora Elmer), Philippe Brigaud (Le commissaire de quartier), Jacques Rispal (Cacahuète), André Valardy (Un journaliste RTL), Pierre Douglas (Un journaliste radio), Jacques Paoli (Lui-même)...

Paris, quartier de La Défense, une nuit de 1975. Nora Elmer est réveillée en pleine nuit par un appel téléphonique. Angoissée, la femme répond: au bout du fil, Minos, un maniaque qui pourfend le vice et la chair facile. Menaçant, Minos annonce qu'il va venir tuer Nora. Prise de panique, elle est saisie par un malaise cardiaque et se défenestre. Révoqué de la Brigade Anti-Gang, le Commissaire Letellier est envoyé sur les lieux, mais l'enquête ne le passionne pas, il veut avant tout mettre la main sur Marucci, un malfrat qui, lors d'un hold-up à Asnières, a tué l'adjoint de Letellier, un passant et sacrifié sa bande pour fuir avec le butin. Pourtant, quand Minos fait savoir qu'il s'en prendra à d'autres victimes, Letellier est contraint à agir et se lance sur la piste de ce tueur en série...

Bébel, troisième époque. Après avoir été une des figures de la Nouvelle Vague puis la vedette bouillonnante de tribulations rocambolesques pour Philippe de Broca, Gérard Oury ou Jean-Paul Rappeneau, Jean-Paul Belmondo trouve avec son complice Henri Verneuil (4 films ensemble quand débute le tournage) un nouveau caractère qu'il incarnera des années durant: le flic gros bras, risque tout et grande gueule, justicier qui ne prend pas de gants. Sorti du Stavisky... CASCADEde Resnais, échec critique autant que commercial, le comédien cherche un nouvel élan. Avec cette histoire de tueur en série traqué par un ancien de l'Anti-Gang, il trouve l'occasion d'être à la fois un acteur au service de dialogues percutants et de se mettre en avant dans des cascades vertigineuses.

Aux manettes donc, Henri Verneuil et Francis Weber qui signe les dialogues, le tout saupoudré d'Ennio Morricone pour la bande originale, de quoi composer une histoire très prenante. A cela s'ajoute l'ambiance particulièrement recherchée du film: la grande ville avec ses immeubles, ses toits, son métro et sa nuit, cette nuit étoilée de milliers de fenêtres éclairées et qui pourtant est l'écrin d'un monde isolé, un monde où les victimes de Minos sont seules, où Minos bénéficie de l'anonymat que confère le nombre.

Film noir, Peur sur la ville est une oeuvre à l'atmosphère mitigée, autant épaisse - Minos semble assez inquiétant - que détendue grâce au personnage de Belmondo qui ne peut que nous séduire dans son grand numéro. Accompagné d'un Charles Denner toujours aussi agréable, Jean-Paul Belmondo est de ces flics à part, de la même veine que le Verjeat de Lino Ventura (Adieu poulet la même année, scénarisé lui aussi par Francis Weber).

Dans ce face-à-face avec le tueur, Belmondo donne toute sa mesure et nous régale de ses cascades étonnante, avec en tête l'epoustouflante scène sur le toit de la ligne 6 du métro, point d'orgue du film - avec peut-être la poursuite sur les toits du Printemps Haussmann - heureusement mise en image par Henri Verneuil qui a su tirer le meilleur parti de l'énergie de son acteur principal. Pour cette scène seule, Peur sur la ville vaut le détour - ah! ce passage de la passerelle de Bir Hakeim. Non, ce ne serait pas être juste de réduire ce film à cette séquence: tout est bon dans ce polar rythmé: le scénario, les dialogues, les comédiens - Varte, Denner, Belmondo, Merli, Balmer etc. - les images et l'ambiance.

Deuxième performance du box-office hexagonal pour l'année 1975, Peur sur la ville est à voir sans hésitation, fan de Bébel ou non. Un des plus remarquables film d'Henri Verneuil dont l'oeuvre éclectique mérite qu'on s'y attarde.

Bravo!

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