Disjecta membra

Mes lectures, mes mots d'humeur, les films que j'ai aimés et tout le reste.

samedi 28 janvier 2012

LE DEVOIR, C'EST LE DEVOIR

GRANDILLULa grande illusion – Jean Renoir (1937), avec Jean Gabin (Lieutenant Maréchal), Pierre Fresnay (Capitaine De Boëldieu), Marcel Dalio (Lieutenant Rosenthal), Eric Von Stroheim (Commandant Von Rauffenstein), Dita Parlo (Elsa), Julien Carette (Cartier), Jacques Becker (l’officier anglais qui piétine sa montre)…

"La peinture de ce milieu me permettait d'insister sur une théorie qui m'a toujours été chère, que les hommes ne se divisent pas en nations mais peut-être en catégories de travail. C'est ce que l'on FAIT qui est notre véritable Nation." Jean Renoir

France, fin 1914. A l’occasion d’une mission, le Lieutenant Maréchal, ouvrier à Paris, et le Capitaine De Boëldieu, de vieille famille aristocrate, sont abattus par les troupes allemandes et internés dans un camp de prisonniers. Là ils font la connaissance du Lieutenant Rosenthal, né d’une riche famille de banquiers juifs et de Cartier, un acteur de cabaret. Très vite, ils participent à la préparation de l’évasion du camp mais le jour même de l’opération, ils sont transférés, avec Rosenthal, dans une forteresse isolée dans les montagnes du Reich. Là, ils sont placés sous la garde du rigide Commandant Von Rauffenstein.

Film considéré comme l’un des plus importants du patrimoine mondial, La grande illusion est avant tout un film social, plus qu’un film militaire ou patriote. Alors qu’il prétend défendre l’uniforme mais critiquer la guerre, Jean Renoir réalise ici une fresque hautement symbolique des rapports de classe, théories en vogue depuis le milieu des années 1930. Après avoir réalisé Le crime de Monsieur Lange, plaidoyer pour le communisme ouvrier, Partie de campagne qui se veut un hymne au plein air (thème du Front Populaire), mais surtout La vie est à nous financé par le Parti Communiste Français en 1936 et Les bas-fonds tirés de Maxime Gorki, Renoir poursuit l’illustration des théories sociales de la gauche de l’époque en opposition avec les principes fascistes également très à la mode : la masse et la classe, deux notions qui s’opposent par nature ou s’opposeront bientôt en Europe et dans le monde.

Dès les premières minutes du film, deux mondes semblent effectivement s’opposer. Gabin, au mess des officiers écoute le disque de Frou-Frou ; plus loin, dans la vieille Allemagne impériale, les officiers écoutent une valse viennoise de Strauss. Deux univers en opposition, certes, mais qui n’annoncent finalement pas ce que sera le film : ce ne sera pas l’Allemagne contre la France, la République contre le Reich, 1789 contre l’Empereur… FRESNAYGABINCe sera, plus exactement, l’oppostion de la classe bourgeoise à la classe ouvrière, non pas sur le champ politique, mais sur le champ des valeurs, du mode de vie, de la vision du monde et de l’Homme ; et puis l’opposition des parvenus, incarnés par le Juif Rosenthal, des bourgeois qui font de l’argent, des patrons, face aux aristocrates issus de grandes familles oisives et aux petit peuple industrieux.

Ainsi, tout le film repose sur cette confrontation, pacifique et intellectuelle, de mondes éloignés, à tel point que Von Rauffenstein et De Boëldieu entretiendront des rapports aimables et même complices, patriotisme mis à part. Car dans La grande illustion, les Allemands parlent français, invitent les officiers à leur table, sont serviables, affables, respectueux du patriotisme français et du courage militaire. On aimerait les détester, mais c’est impossible. Aucun des prisonniers, d’ailleurs, ne manifeste d’animosité à leur égard, si ce n’est quelques éclats de patriotisme (on chante la Marseillaise) tandis que les gardiens de cellule ont un peu de compassion pour leurs prisonniers. La Nation, d’accord, mais dans le respect du genre humain.
C’est donc tout naturellement que De Boëldieu, véritable officier de classe, gentleman élégant, respectueux des privilèges que confèrent le grade et l’origine sociale s’entend avec Von Rauffenstein. Glaçant et inquiétant, rigide et sec, l’officier allemand est avant tout un homme de grande famille qui fait la guerre pour le service de sa patrie. Et c’est tout naturellement que ces hommes ne peuvent totalement comprendre le Juif immigré, l’ouvrier manœuvre ou l’artiste de cabaret qui, FRESNAYSTROHEIMbien qu’officiers, n’auront jamais l’égalité de droit et de classe, vertus naturelles et héréditaires que même 1789 n’aura pu totalement supprimer.
Pour les autres, en revanche, l’égalité sociale ne se théorise pas : il sont tous égaux face à la guerre, face au statut de prisonnier, situation qui efface toutes les origines (sociales, ethniques) et tous les patrimoines. Ainsi ironisent-ils sur la guerre qui, heureusement, se charge de mélanger les microbes et permet d’abolir les classes médicinales (le cancer aux riches, les maladies de foie au bourgeois, la vérole aux gens aisés…); ainsi s’émeuvent-ils en silence en découvrant un jeune soldat naïf travesti en femme, émotion emplie de désir refoulé, qui transgresse toutes les barrières de la société d’ordre; ainsi Maréchal tombera-t-il amoureux d'une jeune veuve allemande qui lui porte secours.

De ce film, Louis-Ferdinand Céline a fait un symbole de l’immoralité sociale dans laquelle versait la France du Front Populaire -  "D'habitude les films pro-juifs (ils le sont tous) opèrent, trafiquent, trifouillent l'opinion publique par allusions, suggestions, comparaisons, bafouillages, ils ne nous présentent guère le Juif tel quel, positivement juif, dans son rôle guerrier ou "social". La grande illusion vient brusquer les choses.... Ce film prend date ll fait passer le Juif de son ombre, de son travesti, au premier plan, au plan "social" en tant que juif, nettement juif. La grande illusion complète admirablement l'exposition juive, la grande Youstricade 37. Avènement du petit Juif au rôle de messie officiel. Parfaitement millionnaire ce petit Rosenthal... Mais parfaitement "populaire"... Ah! mais populaire encore bien plus que millionaire! Il est riche ! Richissime... remarquez ce petit Youtre. Au départ, il a tout contre lui ce petit nabab pour jouer les rôles de rédempteur: dégaine, verdiage, figure....ll a tout du "puant" .... I'exact produit surconcentré de la classe abominable.... Tout pour être honni, sifflé, pendu recta par le peuple. Parasite absolu, torve produit superjuif, c'est un enfant Stavisky, un cousin Barmat. Il représente intégralement l'abject gibier de réverbére." (Bagatelles pour un massacre, 1937) – tandis que le même film était apprécié, secrètement, par Mussolini et Hitler.


La grande illusion n'en fut pas moins interdit dans l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie tout comme dans la France occupée pour ses propos pacifistes. Il fut en revanche projeté à la Maison Blanche et resta 36 semaines à l’affiche à New-York. Il est entré dans les collections permanentes du MoMA de New-York et reçu un prix à Venise en 1937 et le prix de la critique américaine 1938.

Majeur!

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.4 - INTIMATE CLOSE-UP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , ,


samedi 21 janvier 2012

IL LE FAUT

ASCENSEURAscenseur pour l'échafaud - Louis Malle (1958), avec Jeanne Moreau (Florence Carala), Maurice Ronet (Julien Tavernier), Georges Poujouly (Louis), Yori Bertin (Véronique), Lino Ventura (Le commissaire Cherrier), Jean Wall (Simon Carala), Hubert Deschamps (Le substitut), Charles Denner (L'inspecteur), Jean-Claude Brialy (un client)...

Paris, rive gauche. Florence Carala téléphone à l'homme qu'elle aime, Julien Tavernier, ancien de l'Indochine. Passionnément amoureuse, Florence, fiévreuse, attend que son amant réalise le crime parfait, l'assassinat de son mari, l'homme d'affaire Carala. Et Julien réussit son coup, mais alors qu'il part pour rejoindre son amie au Royal Camée, il reste coincé dans l'ascenseur. Tandis que la voiture de Julien est volée par Louis et Véronique et impliquée dans une trouble histoire de double assassinat, Florence entame une nuit d'errance dans Paris, une nuit à fuir ce qu'elle croit être une trahison de Julien, fuir sa folle passion et son amour enflammé, fuir le monde en cherchant vainement le repos.

Adapté d'un polar typique de la production française des années 1950, ce film de Louis Malle est, à lMOREAU'époque, une innovation cinématographique qui annonce la Nouvelle Vague bien que son réalisteur ne sera jamais affilié à ce groupe.

Ascenseur pour l'échafaud, c'est un film de présence et d'absence. L'absence de Julien dans le monde de Florence, en ce soir d'été, cause de leurs malheurs; absence de distraction dans la vie de Louis, cause de sa propre perte ainsi que de celle de Florence et Julien.

Et c'est un film de présence: présence de l'inquiétude, présence du doute, présence à l'écran de Jeanne Moreau rayonnante, digne et froide - une anti Brigitte Bardot pour le coup - qui déambule hagarde, intérieurement détruite, dans un Paris tiède et humide, au rythme de la trompette de Milles Davis.

L'ambiance hitchcockienne de certains plans, le scenario ciselé façon machine infernale contribuent à faire de ce film un récit captivant, tandis que la recherche esthétique en fait un produit typique et représentatif du cinéma novateur de l'époque: voix-off, cadrages originaux, héros centrés sur leur propres problèmes, aspiration à la liberté d'aimer et d'exister.

Une oeuvre majeure.

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.4 - INTIMATE CLOSE-UP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

samedi 14 janvier 2012

PAS DE PITIE POUR LES GRUES

MINUITMinuit... quai de Bercy - Christian Stengel (1953), avec Madeleine Robinson (Irène Cazenave), Erich Von Stroheim (Professeur Kiefer), Francis Blanche (M. Boulay, épicier), Mary Marquet (Mme Vignot, habitante de l'immeuble), Germaine Reuver (Mlle Gauthier), Rosy Varte (Ginette Boulay), Louis Seigner (Stéphane Andrieux), Lysiane Rey (Madame Mado, la concierge), Philippe Lemaire (Luc Genevois), Jean Carmet (Merle, l'adjoint de l'inspecteur)...

Au 8 avenue Rimbaud, une ténébreuse affaire se noue. Dans cet immeuble de Montmartre occupé par des habitants hauts en couleur, la concierge Mado est à tous les hommes: les locataires, bien sûr, mais aussi tous ceux qui passent par là où qui la croisent lors de ses nombreuses nuits de bombe. Même l'épicier se laisse séduire. Mais quand, à l'occasion d'un rendez-vous galant, Madame Mado relâche la surveillance d'une enfant qu'on lui avait confié et que la petite fille meurt renversée par une voiture, le drame ne peut être empéché: quelques heures plus tard, Madame Mado est retrouvée assassinée dans sa loge.

Occupant un bel appartement au dernier étage, Irène Cazenave est une amie de l'inspecteur Brénot. Celui-ci lui demande de l'aider dans son enquête: elle devra s'introduire chez les occupants du lieu et lier conversation avec eux, s'attirant  par ce stratagème les confidences que la police ne peut obtenir. Acceptant la mission, Irène va alors plonger dans les petites vies des habitants du quartier: un masseur libidineux et colérique, un épicier vicieux, une épicère ivre de jalousie, une femme d'âge portée sur l'alcool, des jeunes filles en mal d'amour, un prédicateur taciturne ROBINSONet un jeune professeur de Grec qui espionne par le ventail du système d'aération.

Très vite, Irène est mise au parfum: lettres anonymes, coup de fil menaçants, ragots intimes, jugements précipités et rendez-vous nocturne, minuit, quai de Bercy...

Adapté d'un roman policier populaire intitulé La concierge n'est plus dans l'escalier, ce film est caractéristique des comédies policières françaises de l'époque. Sur une intrigue plutôt mince, c'est surtout le caractère des personnages et le talent de leurs interprètes qui font la valeur de la réalisation.

Madeleine de Proust du cinéma policier post-occupation, ce petit film gentillet permet de retrouver les très bons numéros d'acteur de Mary Marquet et Rosy Varte et d'admirer la glaçante raideur de Von Stroheim ou la parfaite présence de Louis Seigner.

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.4 - INTIMATE CLOSE-UP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

samedi 7 janvier 2012

LAMENTABLE BANQUEROUTE D'UNE VIE

LOEUVREL'oeuvre - Emile Zola (1886)

"C'est un roman où mes souvenirs et mon coeur ont débordé."

Claude Lantier est jeune homme vigoureux, beau et plein de vie. Fils de Gervaise Macquart (voir L'Assomoir; par conséquent Claude est le neveu de Jean Macquart de La Terre), il a grandi à Plassans où ses talents artistiques ont été reconnus et entretenus. Installé à Paris, il est peintre et cherche à produire une oeuvre majeure qui sera non seulement l'expression de son génie novateur, mais aussi une conception moderne, nouvelle et originale qui devra, pour couronner le tout, séduire et captiver le public. Bref, un chef d'oeuvre absolu.  Il a pour ami un écrivain, Sandoz, réputé pour suer sang et eau afin de coucher sur le papier une oeuvre qu'il veut audacieuse et inédite, une oeuvre elle aussi moderne qui devra marquer son temps. La rencontre de Claude avec la jeune Christine qu'il convainc de devenir d'abord son modèle puis sa femme bouleverse sa vie mais ne résoud rien de son mal-être permanent: celui de ne point parvenir à accoucher de son génial talent.

"Et Claude (…) ne fit ensuite que gâter son ébauche. C’était sa continuelle histoire, il se dépensait d’un coup, en un élan magnifique ; puis, il n’arrivait pas à faire sortir le reste, il ne savait pas finir. Son impuissance recommença, il vécut deux années sur cette toile, n’ayant d’entrailles que pour elle, tantôt ravi d’un ciel par des joies folles, tantôt retombé à terre, si misérable, si déchiré de doutes, que les moribonds râlant dans les lits d’hôpital étaient plus heureux que lui."

Ce roman captivant sur le monde des arts expose la vie des artistes qui feront naître les courants impressionnistes et naturalistes en France. Corsetée par les exigences du Salon, ce lieu officiel qui fait et défait les artistes, la France des années 1880 voit émerger ce que l'on appelle les Refusés, groupe de résistance à l'art académique qui souhaite, par conviction tout autant que par inspiration, faire bouger les conceptions de l'époque: sujets de plein air, thèmes quotidiens, couleurs se rapprochant de la vérité (cruelle, sublime, flamboyante ou écoeurante) CEZANNE UN DEJEUNER SUR L'HERBE Orsay 1871et rejet des évocations antiques, religieuses ou historiques.

"Est-ce que, en art, il y avait autre chose que de donner ce qu’on avait dans le ventre ? est-ce que tout ne se réduisait pas à planter une bonne femme devant soi, puis à la rendre comme on la sentait ? est-ce qu’une botte de carottes, oui une botte de carottes ! étudiée directement, peinte naïvement, dans la note personnelle où on la voit, ne valait pas les éternelles tartines de l’Ecole, cette peinture au jus de chique, honteusement cuisinée d’après les recettes ? Le jour venait où une seule carotte originale serait grosse d’une révolution."

Mais L'Oeuvre est surtout le roman de la difficile création. Peintre génial et fou, Claude est emporté par sa passion, brûle et se consume, quatorze années durant, de talent contenu et, finalement, vite exaspéré de ne pouvoir accoucher son génie sur la toile. A cela, s'ajoute la cruauté de la vie pour qui n'a pas le sou: après avoir fui Paris suite à l'échec de sa première production (Plein air, que Zola tire du Déjeuner sur l'herbe de son ami Paul Cézanne), Claude s'installe à la campagne et devient le père d'un petit Jacques, enfant hydrocéphale et fragile qu'il finira par perdre de même que sa compagne, Christine, tentera de détruire sa passion pour la peinture et son obsession du chef d'oeuvre absolu.

"Sa rancune grandissait avec son admiration, elle s’indignait d’assister à cette diminution d’elle-même, à cet amour qui la souffletait dans son ménage. (…) Jalouse ! Oui, elle l’était, et à agoniser de souffrance. Mais elle se moquait bien des autres femmes, tous les modèles de Paris pouvaient retirer là leurs jupons ! Elle n’avait qu’une rivale, cette peinture préférée, qui lui volait son amant. Ah ! jeter sa robe, jeter jusqu’au dernier linge, et se donner nue à lui pendant des jours, des semaines, vivre nue sous ses regards, et le reprendre ainsi,  et l’emporter, LES GRANDES BAIGNEUSES RENOIR 1887 Philadelphia m o alorsqu’il retomberait dans ses bras !"

Enfin, L'Oeuvre est le récit d'amitiés d'abord puissantes et apparemment inébranlables, qui ne résistent finalement pas aux parcours divergents de ses héros, à l'éloignement des chemins et des aspirations. Si le personnage de Claude Lantier semble être inspiré, sous la plume de Zola, par  un mélange de Paul Cézanne, Claude Monet et Edouard Manet, Sandoz n'est ni plus ni moins qu'une transposition romanesque d'Emile Zola lui-même. Alors que Sandoz s'embourgeoise, les amitiés entre la bande des Refusés (Claude, Sandoz et leurs amis Dubuche, Jory et Mahoudeau) se fissurent et se rompent avant l'éclatement finale: "Ah! la bande lamentable, quel bilan à pleurer après cette banqueroute du coeur."

Roman passionnant, passant, comme souvent chez Zola, de l'exaltation la plus enthousiaste à la décrépitude la plus laide et la plus repoussante, L'Oeuvre, ouvrage plein de couleur de de fureur, est un récit déprimé et sombre, finalement noir, sur les désillutions de toute sorte et le sentiment, écrasant et omniprésent, de l'échec total d'une vie.

 

Illustrations: Paul Cézanne, Déjeuner sur l'herbe (1871), Paris, Musée d'Orsay; Auguste Renoir, Les grandes baigneuses (1886), Philadelphie, Museum of art.

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.1 - LE MOT PRECIS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

vendredi 30 décembre 2011

BARNUM AQUARIUM

Jamais les gens n'avaient été plus laids ni plus drôles.

HOMME_ANIMALCelui-là avec son grand pinceau pisseux de moustache, un petit ventre, un gilet à carreaux, de longues jambes, et une peau de caoutchouc flasque sous le panama. L'autre, un court, à la barbe en bourre à matelas, le nez pâle, un navet, et des anses dans un veston à petit damier.

Les deux dames sèches comme du crottin sur lequel on aurait mis des plumes. Toute une famille en rang d'oignons, des yeux de crapaux à toutes les tailles, du veston fatigué du père aux marins à col bleu repassés de fils en fils, du trop court au trop long. Un clerc de notaire qui s'est mis au cou un mouchoir à fleurs, l'oreille en clef de sol et un nez de rat.

Une marchande de légumes en blanc, avec des chaînes et des bagues d'or, comme une théière sortie aux grandes occasions. Le patron coiffeur de la rue Longue, qui a une tête comme un demi-blonde. Des vieilles demoiselles sur des cochons, des taureaux fatigués, apoplectiques, au-dessous des balançoires et la bousculade, et ceux qui courent, qui dansent, qui crient.

Les confetti sur tout, à la confusion des dignités.

Louis Aragon, Les beaux quartiers (1936)

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.6 - CHRONIQUES DES PASSIONS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :




dimanche 25 décembre 2011

L'AMOUR, LES ILLUSIONS

VDSLes visiteurs du soir – Marcel Carné (1942), avec Arletty (Dominique), Alain Cuny (Gilles), Jules Berry (Le Diable), Marie Déa (Anne), Marcel Herrand (Renaud), Fernand Ledoux (Baron Hugues), Gabriel Gabrio (le bourreau), Simone Signoret (Une demoiselle), François Chaumette (Un page), Jean Carmet (Un page), Alain Resnais (Un page), Jean-Pierre Mocky (Un page), Jacques Prévert (Un homme)…

France, 1485. Deux ménestrels approchent du château du Baron Hugues. Personnage terne, enfermé dans l’adoration idolâtre de sa femme décédée, il célèbre avec faste les prochaines épousailles de sa fille Anne avec Renaud, un homme rude et rustre. Mais Gilles et Dominique ne sont pas de simples poètes, ils ont été envoyés par le Diable pour semer le désespoir autour d’eux. Pourtant, quand Gilles s’éprend sincèrement d’Anne, Messire des ténèbres est obligé de se déranger lui-même au château…

Nouvelle collaboration de Marcel Carné et Jacques Prévert pour une œuvre poétique centrée sur le thème de l’amour et du don de soi, du désir et de la souffrance, tournée dans une France austère dont les moyens de production sont limités, Les visiteurs du soir propose des effets spéciaux d’époque qui donne à l’histoire tout son caractère surnaturel.

La première partie met en exergue les talents de séduction des deux ménestrels. Leur mission est de désespérer les humains, aussi utilisent-ils toutes les faiblesses des âmes simples pour les torturer d’amour et jeter le trouble. Avant leur arrivée, tout obéit à un ordre posé, cadré et inexorable : Hugues entretient le souvenir de sa défunte, Renaud va posséder Anne, Anne sera soumise et bonne épouse. BERRYMais l’intervention de Gilles et Dominique renverse l’ordre établi : Gilles domine Anne par les sentiments, abusant du baratin courtois tandis que Dominique domine Renaud par le désire, utilisant le langage de l’ironie et de la tentation, puis s’en prend à Hugues en jouant la jeune fille candide qui bat sa coulpe.

A ce point de renversement de la morale médiévale, les choses se grippent. Si Dominique s’en donne à cœur joie, se faisant culbuter par Renaud dans le lit même qui doit accueillir les futurs mariés, Gilles, quant à lui, ouvre les yeux d’Anne qui finit par voir l’amour comme une mort : si elle épouse Renaud, elle ne sera plus libre de rien et elle ne s’appartiendra plus jamais. Aussi se réfugie-t-elle dans l'amour de Gilles, audacieuse jusqu'à tenir tête au Diable.

Dans cet univers de conte cynique et cruel, dans ce château un peu endormi, le jeu de mensonge entre les protagonistes atteint son paroxysme quand le Diable vient surveiller et punir… Surveiller Dominique, femme sans cœur, froide et dure qui manipule Hugues à sa guise ; ARLETpunir Gilles qui renonce à son pacte satanique pour l’amour d’Anne.

Avec ses décors inspirés des Très Riches Heures du Duc de Berry – finalement très modernes à force d’être dépouillés, clairs et sobres, avec la non-présence de la caméra de Marcel Carné dont les mouvements sont imperceptibles au point d’être ramenée à son rang d’objet-vecteur de la contemplation, Les visiteurs du soir, film hautement poétique, conte philosophique désenchanté, au rythme lent et posé, en définitive monotone, est une fable intemporelle et captivante, presque hypnotique.

Mention toute particulière à Arletty, exceptionnelle comme dans bien de ses films, merveilleuse androgyne au profil impérial, immobile et glaciale.

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.4 - INTIMATE CLOSE-UP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mardi 20 décembre 2011

CREATURE

Seule Suzanne, la cadette (...) tenait des Canope une cetaine gracilité, sans cependant avoir la dégaine maternelle: une petite brune tout à fait normale, seulement épouvablement cancanière, et puis tout à coup, quand elle était fatiguée, elle avait une épaule plus haute que l'autre, un vague air de famille avec une mandragore, qui rappelait sa mère. Mais enfin, on pouvait la considérer comme mariable: elle n'avait de sa mère ni la moustache, ni ce petit écoulement de salive à droite, qui rendait Mme de Loménie excessivement désagréable à regarder.

(...)

Suzanne jouait du piano et était fort habile à toutes sortes d'ouvrages de dame. C'était elle qui avait lancé en ville la mode du filet, et le modèle de Cluny dont, pour sa part, elle avait déjà exécuté près des trois quarts. MICHAEL SOWA DINDEElle ne s'entendait pas avec son père qui n'avait pas de religion, mais elle admirait sa peinture. Le plus souvent, elle traînait en ville chez des amies, ou chez les mères de ses amies, parce qu'elle aimait la compagnie des dames. Elle passait pour très serviable sans qu'on eût pu dire pourquoi.

A vingt-deux ans, tout son intérêt dans la vie allait à découvrir les adultères. Qu'il arrivât en ville un nouveau fonctionnaire, par exemple un receveur des postes célibataire, une aubaine! elle n'avait de cesse qu'elle ne sût avec qui il couchait. Elle chiffrait à l'avance. Mme Migeon? Mme Respellière? Mme Migeon était la maîtresse de l'agent-voyer, et Mme Respellière de Lamberdesc, alors... Ca ne s'arrangeait pas toujours tout de suite, Suzanne grillait de curiosité, et puis tout à coup, elle s'entichait d'un ménage, elle ne démarrait plus de chez une dame de la ville, elle la trouvait si charmante, elle n'avait que des éloges pour elle, elle acceptait de tenir le piano à ses soirées. La malheureuse, sans soupçon, se réjouissait de cette amitié nouvelle et subite, elle avait toutes les chances à la même minute: un nouvel amant, une nouvelle amie. Enfin Suzanne acquérait la certitude cherchée, sa nouvelle amie était bien la maîtresse du jeune homme avec lequel elle l'avait aperçue un soir, sur le boulevard. Elle était outrée, elle s'éloignait, on ne la voyait plus chez la femme adultère. Elle disait à ces dames Barrel, du chocolat, qu'une jeune fille ne pouvait pas aller chez une personne aussi légère.

Elle avait déjà causé deux divorces avec ce petit procédé et, à la suite des histoires que la notairesse avait eues avec son mari à cause d'elle, cette femme coupable avait attrapé des tics nerveux qui la secouaient entièrement au mileu de ses phrases.

Louis Aragon, Les beaux quartiers (1936)

Illustration de Michael Sowa.

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.6 - CHRONIQUES DES PASSIONS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

jeudi 15 décembre 2011

DEUTSCHLAND, EINIG VATERLAND !

GBLGood Bye, Lenin ! – Wolfgang Becker (2003), avec Daniel Brühl (Alexander Kerner), Katrin Sass (Christiane Kerner), Tchoulpan Kharmatova (Lara)…

Berlin-est, été 1990. Alexander Kerner est un jeune homme plein d’avenir et qui attend avec impatience et espoir la réunification de l’Allemagne. Mais Alexander a un problème : sa mère, Christiane, vient de se réveiller du coma dans lequel un infarctus trop tardivement traité l’a laissée pendant huit mois. Il ne lui faut plus aucune émotion violente, et elle ignore tout des événements de novembre 1989.
Le vrai problème est que Christiane a été une fervente militante de la République Démocratique Allemande. Séparée du père de ses enfants qui a fui à l’Ouest en 1978, elle a consacré sa vie à la défense du quotidien des Allemands de l’est et a soutenu avec virulence le régime socialiste d’Erich Honecker.
Pour Daniel, les difficultés commencent : comment maintenir sa mère dans l’illusion d’une R.D.A. encore debout dans une capitale qui court après la réunification de sa Nation ? Comment lui cacher le départ d’Honecker ? Comment lui dissimuler l’occidentalisation de l’ancien Berlin-est ? Bref, comment la maintenir dans un petit décor de théâtre qui ressemble à la R.D.A. qu’elle connaissait ?

Si je n’avais pas visité Berlin si souvent et si je ne m’étais pas dernièrement de nouveau installé devant le très bon documentaire de Patrick Rotman sur l’histoire du mur de Berlin, je ne me serais sans doute jamais intéressé à ce film.
Grand tort de ma part que d'avoir attendu si longtemps! Ce film m’a apporté des émotions variées dont l’ensemble fait que je peux considérer cette œuvre comme une grande réussite.

Il y aurait bien quelques défauts à souligner, mais ils sont vraiment minimes. D’abord je ne suis pas sûr qu’un spectateur vierge de l’histoire allemande des années 1980 prenne conscience de tout l’enjeu du scénario. Heureusement, le film est très facile à suivre et le personnage principal souligne en voix-off les quelques éléments nécessaires à la compréhension des enjeux sociaux et politiques des scènes clefs. Ensuite, le fait que la musique soit signée Yann Tiersen. Depuis Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001), GBL01la musique de Tiersen est associée à des ambiances nostalgiques. Ce n’est pas nier le très grand talent du compositeur que de le rappeler – compositeur qui d’ailleurs utilise sa Comptine d’un autre été : l’après-midi pour illustrer l’une des plus jolies scènes de Good Bye, Lenin ! – et de souligner que le public allemand a apporté le plus grand nombre de spectateurs européens, France mise à part, dans les salles pour voir le film de Jean-Pierre Jeunet. En un mot, on pourrait penser que le réalisateur de Good Bye, Lenin ! a souhaité donner un verni Amélie Poulain à sa plongée nostalgique en R D.A.  Mais après tout, pourquoi pas ?

Outre le jeu très talentueux de la distribution et le scénario aux trouvailles parfois fantasques, Good Bye, Lenin ! offre plusieurs lectures qui ne sont pas dénuées d’intérêt. Il y a bien entendu l’humour des auteurs du film. Point de gravité, ou si peu, dans ce film au propos de base plutôt tragique et au contraire un grand sens de l’humour et de la légèreté qui correspond finalement assez bien au cocktail d’ambiance de la capitale allemande.
Ensuite, l’effet nostalgie (revival dirions nous maintenant) qui marche à tout les coups, pas encore délavé et en définitive assez confortable, et qui tend l’émotion à un point assez subtil, authentique mais pudique, lorsqu’il se double du rapport à la famille : ceux qui veulent tout faire pour préserver intacte la mère, ceux qui estiment qu’il faut aller de l’avant, poussés par le vent du changement.

Enfin, et c’est sans doute ce qui m’a le plus interrogé en voyant ce très bon film, il y a ce rapport politique et GBL02humain à la R.D.A. Le film n’est pas qu’une carte postale aus D.D.R. comme on pourrait en trouver pléthore au musée berlinois consacré à l’ex R.D.A., car s’il présente dès les premières minutes du film les aspects négatifs et même répressifs du régime est-allemand, il semble, 13 ans après la réunification, soutenir la thèse selon laquelle la R.D.A., du point de vue de la vie quotidienne, ce n’était pas si mal si on la met en rapport avec le mode de vie occidental et américanisé. Une sorte d’hommage, osé mais sentimental, à ceux qui ont connu l’autre côté du mur.

Il n’y a qu’à, d’ailleurs, se pencher sur les mutations sociales et l’évolution des mœurs des anciennes démocraties populaires comme la République Tchèque ou la Hongrie depuis la chute de l’U.R.S.S. pour comprendre que Good Bye, Lenin ! est plus qu’un bon film allemand, il est un film prophétique qui, si ce n’est déjà fait, suscitera des avatars en Europe centrale.

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.4 - INTIMATE CLOSE-UP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

samedi 10 décembre 2011

UN MOMENT DE FOLIE

ZWEIGVingt-quatre heures de la vie d'une femme - Stefan Zweig (1929)

"Vous croyez donc, si je vous ai bien compris, que Mme Henriette..., qu'une femme peut, sans l'avoir voulu, être précipitée dans une aventure soudaine? Vous croyez qu'il y a des actes qu'une telle femme aurait elle-même tenus pour impossibles une heure auparavant et dont elle ne saurait être rendue responsable?"

Quelque part en Europe, sur la Riviera, en 1928, la bonne société bourgeoise européenne se retrouve dans un agréable lieu de séjour. Or un matin, Mme Henriette, femme mariée de 33 ans, a disparu. Son mari renonce toutefois à lancer les recherches car en effet Henriette est partie avec un homme, un lovelace dont elle avait fait la connaissance la veille au soir.

Indignés par cette conduite, les membres du cercle amical auquel appartenait Henriette se font les apôtres de la bonne morale, de la bonne conduite et s'étonnent qu'une femme puisse ainsi se laisser enlever par un inconnu. Seul le narrateur ne partage pas ce point de vue... et une anglaise d'âge, qui bientôt se confie à lui: dans les premières années de sa quarantaine, elle a connu une passion de vingt-quatre heures pour un inconnu.

"Cet homme possédait le pouvoir magique d'exprimer plastiquement ses sentiments par le mouvement et par le geste; mais rien, rien sur terre n'aurait pu rendre ce désespoir, cet abandon absolu de sa personne, cette mort vivante, d'une manière aussi saisissante que cette immobilité, cette façon de rester inerte et insensible sous la pluie battante, cette lassitude trop grande pour se lever et faire les quelques pas nécessaires afin de se mettre sous un abri quelconque, cette indifférence suprême à l'égard de sa propre individualité. Aucun sculpteur, aucun poète, ni Michel-Ange, ni Dante, ne m'a jamais fait comprendre le geste de désespoir suprême, la misère suprême de la terre d'une façon aussi émouvante et aussi puissante que ce vivant qui se laissait inonder par l'ouragan, - déjà trop veule, trop fatigué pour se garantir par un seul mouvement."

Si le sujet de départ est attachant, le style de Zweig qui m'avait transporté dans Le voyage dans le passé m'a un peu déçu dans ce roman. L'histoire méritait, peut-être, un développement différent. Ou bien ce récit du rien fait-il partie de ces romans auxquels je n'accroche pas?

A découvrir, certes, mais sans passion.

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.1 - LE MOT PRECIS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

lundi 5 décembre 2011

BOSSOTAJO

POUICPOUICPouic-Pouic, Jean Girault (1963), avec Louis de Funès (Léonard Monestier), Jacqueline Maillan (Cynthia Monestier), Mireille Darc (Patricia Monestier), Philippe Nicaud (Simon Guilbaud), Roger Dumas (Paul Monestier), Guy Tréjean (Antoine Brévin), Maria-Rosa Rodriguez (Régine Mercier dite Palma Diamantino), Christian Marin (Charles), Daniel Ceccaldi (Pedro Caselli)...

Paris, palais Brongniart, un été des années 1960. Léonard Monestier fait de l'argent grâce aux actions qu'il a investi dans la compagnie des aciers. A l'extérieur, sa femme Cynthia s'ennuie à l'attendre tandis que dans la villa de banlieue où ils résident, leur fille Patricia subit les assauts d'un prétendant richissime mais sans tact, Antoine Brévin. Le jour du retour en famille correspond à l'anniversaire de Léonard et Cynthia, un brin fantasque, offre à son époux une concession en territoire sud-américain, près des sources de l'Orenoque, qu'elle s'est laissée vendre par un escroc du nom de Caselli. Furieux, Léonard cherche un moyen de se débarrasser du cadeau empoisonné. C'est alors qu'apparaît Simon, un jeune homme que Patricia vient d'engager pour tenir le rôle de son mari, croyant ainsi éloigner Antoine définitivement. Machiavélique, Léonard engage à son tour Simon pour tenir le rôle de son fils et convaincre Antoine de racheter la concession sur laquelle il prétend avoir découvert du pétrole. Mais c'est compter sans le retour imprévu de Paul, le vrai fils Monestier, flanqué de Palma Diamantino, une danseuse vénézuélienne un peu hystérique, et surtout sans l'esprit confus et lunaire de Cynthia...

Tiré d'une pièce de théâtre des années 1950, ce film enlevé est sans doute le film TRIOqui révèle le mieux tout le talent comique de Louis de Funès. En 1963, il n'a pas encore tourné les films qui le propulseront en tête des acteurs comiques français (Le Corniaud, Le gendarme de Saint-Tropez et Fantomas). Si l'on regarde de près la prestation du comédien dans Pouic-Pouic, on y trouve tout l'éventaille de son grand talent et toute la précision dans la recherche de la mécanique comique qui fait la marque des meilleurs du genre.

Ainsi, on décèle déjà son goût pour tourner en ridicule les puissants, son aptitude à rendre agréable un personnage odieux, et à faire passer toute les invraisemblances d'une intrigue de boulevard qui repose sur le jeu des identités sans qu'on y trouve à redire. Très peu grimacier, très attentif à ajouter çà et là certaines interjections, certains détails qui renforcent le comique sans l'alourdir, Louis de Funès se montre, dans Pouic-Pouic, à jeu égal avec ses partenaires. Même s'il crève déjà l'écran, même si sa puissance comique focalise l'intégralité de l'oeuvre sur sa seule personne, Louis de Funès sait, pour le bien du film, tirer profit de tout ce que les bons comédiens qui composent la distribution font pour donner de l'ampleur à leur personnage, et sait également mettre en relief leur propre talent.

Ainsi donc Jacqueline Maillan,CYNTHIA dont ce n'est pas le premier rôle comique, qui campe une Cynthia capable sans conteste de rivaliser de drôlerie avec Louis de Funès - une gageure! quand on connaît l'écrasante force comique de l'homme; adorable femme rêveuse et un brin fofolle, Jacqueline Maillan est tout simplement parfaite; Mireille Darc, tout en charme et en audace, capable d'en imposer, dans le rôle qu'elle tient, au féroce Monestier sans que cela semble grotesque; jusqu'à Christian Marin, merveilleux majordome, capable de donner avec un égal talent dans la malice ou dans l'apathie la plus ridicule.

Et Pouic-Pouic dans tout ça? Pouic-Pouic est un espiègle poulet, animal domestique de Cynthia Monestier, dont la présence en une villa bourgeoise ne semble déranger personne mais dont les facéties joueront bien des tours à Léonard.

Un film au rythme endiablé comme une samba, aux acteurs parfaits et à l'intrigue solide. Un incontournable! Le film le plus pouic du cinéma français...

Posté par DISJECTA à 08:30 - Ch.4 - INTIMATE CLOSE-UP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,